Actuellement, un débat houleux se déroule sur la rentabilité du gisement de fer de Gara Djebilet que le président de la République Abdelmadjid Tebboune a inauguré, le 1 février 2026. Le tronçon de chemin de fer Gara Djebilet – Béchar dont il convient de saluer la réalisation pour désenclaver la région. Cette brève contribution se veut une analyse objective, loin de toute polémique stérile, en posant la question : « Quels objectifs pour la rentabilité du gisement de fer de Gara Djebilet ? Elément chimique utilisé depuis la préhistoire, le fer composé de 5% de la croûte terrestre, les alliages contenant du fer étant utiles dans l'alimentation, les médicaments mais surtout pour la fonte et tous les produits de la sidérurgie, environ 98% étant destiné à l'acier, dont 70% de matières premières brutes et 30% à partir de la ferraille. Sous réserve de descendre à l'aval, l'exploitation du fer de Gara Djebilet un des plus grands gisements au niveau mondial est un projet dynamisant et structurant pour l'économie. Le gisement du fer de Gara Djebilet est classé le 2e au niveau mondial, en termes de réserves, avec 3,5 milliards de tonnes, dont 1,7 exploitable avec une teneur élevée de 58,67%, derrière l'Australie 5,1 milliards de tonnes, devant le Brésil (3,4 milliards de tonnes), la Russie (2,9 milliards de tonnes) et la Chine (2 milliards de tonnes). La découverte du gisement de Gara Djebilet date depuis les années 1950 avec les études du Bureau de recherche minière en Algérie en 1953, le Bureau d'investissement en Afrique en 1959, le Service d'études et recherches minières en 1961 jusqu'aux premières tentatives de développement à titre expérimental du site avec l'entrée en scène de la Sonarem après la nationalisation des mines. La mine de fer de Gara Djebilet est composée de trois zones d'exploitation : Gara Djebilet-Ouest, Gara Djebilet-Centre et Gara Djebilet-Est. La rentabilité du projet est tributaire de plusieurs facteurs interdépendants -Du coût de l'investissement durant toutes les phases : le 9 mai 2022, le ministre des Mines (source APS) avait annoncé officiellement que la réalisation du projet de Gara Djebilet nécessitera plusieurs installations, ayant un coût variant entre 1 et 1,5 milliard de dollars par an sur une période allant de 8 à 10 ans donnant entre 12 et 15 milliards de dollars dont le retour en capital se fera entre 7/8 ans donc vers 2033/2034. Cela n'est pas propre à ce projet, après le début d'exploitation en T0 la rentabilité d'une PMI/PME sous réserve de la levée des contraintes bureaucratiques, se situe entre 3⁄4 ans et pour les projets capitalistiques entre 7/8 ans – aux importants coûts de la maintenance dans une région aride, soumise tantôt aux pluies diluviennes , tantôt aux importants vents de sable, en espérant ne pas renouveler l'expérience de la route Est-Ouest où des malfaçons ont occasionné d'importants surcoûts. – Du coût de l'énergie, notamment du gaz naturel, du pourcentage d'utilisation des énergies renouvelables prévu pour ce projet et de la disponibilité de quantités suffisantes d'eau dans la région, l'eau étant en majorité saumâtre donc du cout du dessalement. -Du coût des infrastructures ferroviaires de la ligne ferroviaire reliant Bechar à Tindouf (950 km) qui a été inauguré le 1 février 2026 ainsi que la modernisation de la ligne Bechar – Oran (double voie), d'une longueur de 648 km, soit au total Tindouf – Bechar – Oran de 1598 km, beaucoup plus si on doit aller à Jijel et Annaba, afin d'acheminer le minerai de fer vers les sites de transformation et d'exploitation au Nord du pays. – Facteur déterminant de la rentabilité de ce projet, du coût de la déphosphoration dont la teneur du minerai en phosphore et en arsenic dans le fer pour le porter de 0,8% à 0,03%. -Des coûts pour protéger l'environnement et d'une formation pointue, l'université de Bechar devant être associée. – Et de retirer la part du partenaire pour le partage du profit -Tenant compte de tous ces facteurs, il s'agit en définitif de biens calculer en référence à l'évolution du vecteur prix au niveau international, le prix fluctuant entre 2022 à février 2026 entre 95/110 dollars la tonne : est ce que le prix final couvre les différents coûts et est-il concurrentiel par rapport au prix international entre 2026/2030 ? – Aussi, certes l'objectif d'exporter à un prix compétitif, supposant un partenariat gagnant-gagnant, et de descendre à l'aval de la filière pour la production de produits à forte valeur ajoutée, la filière sidérurgique étant contrôlée par cinq à six firmes internationales, il s'agira de miser sur l'intégration à l'économie nationale (actuellement, l'Algérie importe en devises environ 2 milliards de dollars par an de produits sidérurgiques) où il est prévu un complexe sidérurgique dans la wilaya de Bechar, via un investissement d'un milliard de dollars spécialisé dans la production des rails et des profilés en acier où cette usine compte plusieurs unités de traitement et de transformation du fer, de fabrication de wagons pour le transport du minerai de fer de Gara-Djebilet vers Bechar et les complexes sidérurgiques du nord du pays (Oran, Jijel et Annaba). En conclusion : mon expérience personnelle en tant qu'officier d'administration de la Route de l'unité africaine entre 1971/1973, axe Ghardaïa – In Salah via El Goléa. La construction d'une route ou d'une ligne de chemin de fer est un action complexe et stratégique et répond plus à la rentabilité sociale qu'à une pure rentabilité financière, les USA nous ayant montré que cela a été un moyen important de leur développement. Concernant l'exploitation du fer de Gara Djebilet, sous réserve d'une maîtrise des coûts durant toute la chaine de production/distribution, de sa valorisation à l'aval, de l'utilisation d'une énergie mixte combinant majoritairement énergies renouvelables et accessoirement le gaz naturel, d'utiliser des techniques économisant l'eau, ce projet constitue l'un des plus importants projets structurants sur lesquels mise l'Algérie pour impulser une nouvelle dynamique à son économie, (intégration économique et économie de devises) de créer des milliers d'emplois et surtout indirects et de dynamiser les exportations hors hydrocarbures de produits à forte valeur ajoutée en direction de l'Afrique et de l'Europe, son espace économique naturel. Professeur des universités, Expert international