À l'occasion du 193e anniversaire de la seconde Moubayaa de l'Emir Abdelkader, la Bibliothèque nationale d'Algérie ouvre ses portes à un événement mémoriel d'envergure. Du 1er au 7 février 2026, une exposition documentaire exceptionnelle met en lumière un moment décisif de l'histoire nationale : l'acte par lequel l'Emir s'est imposé comme chef légitime d'un pouvoir algérien organisé, face à l'entreprise coloniale. Un serment fondateur dans un contexte de rupture Le 4 février 1833 marque une date clé dans le processus de structuration de la résistance algérienne. Cette seconde allégeance, connue sous le nom de Moubayaa, dépasse le simple cadre symbolique. Elle intervient dans un contexte de bouleversements profonds, où la conquête française impose de nouvelles réalités politiques et militaires. À travers cet acte collectif, l'Emir Abdelkader est reconnu comme l'autorité capable d'unifier les tribus, d'organiser la défense et de poser les bases d'un projet politique cohérent. Pour de nombreux historiens, cette Moubayaa consacre bien plus qu'un commandement militaire. Elle affirme l'émergence d'un Etat en devenir, fondé sur une légitimité à la fois spirituelle, morale et territoriale. Des figures majeures de l'historiographie, telles que Churchill, Kaddache ou Belkhodja, soulignent la portée institutionnelle de cette reconnaissance, qui inscrit la résistance dans une logique de gouvernance durable. Un salon documentaire au cœur de la mémoire nationale C'est pour restituer toute la profondeur de cet événement que la Bibliothèque nationale, sous l'égide du ministère de la Culture et des Arts, organise un salon documentaire dédié à la seconde Moubayaa. Installée au siège de l'institution depuis dimanche dernier, la manifestation propose un parcours riche permettant au public de saisir les multiples dimensions de cette période fondatrice. L'exposition ne se limite pas à une narration chronologique. Elle replace l'allégeance de 1833 dans son environnement politique, religieux et social, offrant ainsi une lecture contextualisée des choix opérés par l'Emir et ses partisans. Des archives qui témoignent d'un pouvoir structuré Au cœur de ce salon figurent des ouvrages anciens et contemporains, des manuscrits rares et des correspondances en langue arabe attribuées à l'Emir Abdelkader. Journaux et revues de l'époque complètent documents, donnant accès aux regards contemporains sur la résistance algérienne. À ces sources écrites s'ajoutent des documents sonores, visuels, numériques et iconographiques, qui enrichissent la compréhension de cette séquence historique. Les manuscrits et correspondances révèlent l'existence d'une administration organisée, attentive aux affaires civiles, religieuses et militaires. Ils témoignent d'une vision politique structurée, loin d'une simple réaction armée à la colonisation. Les travaux historiographiques exposés, qu'ils soient classiques ou plus récents, interrogent la nature même de l'Etat algérien au début du XIXe siècle. Ils abordent ses institutions, ses mécanismes de gouvernance et les fondements idéologiques d'une résistance profondément enracinée dans la foi et la cohésion sociale. Iconographie et héritage d'un homme d'Etat Une place importante est également accordée à l'iconographie de l'Emir Abdelkader. Gravures et dessins d'époque participent à la construction d'une image devenue emblématique. La sobriété des traits, la retenue du regard et la dignité de la posture traduisent une autorité maîtrisée et une profonde spiritualité. Enfin, des photographies d'archives liées au transfert de ses cendres et à son cortège funèbre à Damas viennent clore le parcours. Chargées d'émotion et de symboles, elles rappellent que l'exil n'a jamais effacé la centralité de l'Emir Abdelkader dans la conscience nationale, ni son statut de figure fondatrice de l'Etat algérien moderne.