Soixante-neuf ans se sont écoulés depuis le martyre des huit valeureux enfants de Ksar El Boukhari, tombés pour la liberté de l'Algérie en ce jour du 9 février 1957. Leur sacrifice demeure profondément ancré dans la mémoire collective de la ville, non seulement comme un épisode douloureux de la Révolution, mais aussi comme un symbole de courage, de dignité et de fidélité à la patrie. Les martyrs : Yahiaoui Mokhtar né en 1922, instituteur, Benameur Yagoub, né en 1917, directeur d'école, Trabelsi Ahmed, né en 1922, commerçant, Benyellès Mohamed, né en 1904, notable, Ould Turki Benyoucef, né en 1916, maçon, Benkara Djillali, né en 1905, fellah, Benameur Ahmed, né en 1925, fellah, Benameur Yagoub ben Seghier, né en 1917, fellah, avaient pour mission la collecte, le transport et la remise d'armes aux combattants de la Révolution. Une mission périlleuse, accomplie dans l'ombre, sous la menace permanente des barrages militaires et des agents de l'administration coloniale. Interceptés lors de leur retour vers Ksar El Boukhari, ils furent arrêtés, emprisonnés puis transférés vers la tristement célèbre cour de Lodi, avant d'être remis au chef de la gendarmerie coloniale de Berrouaghia, Roger Fleury, figure emblématique de la répression et de la torture. Le centre où ils furent détenus était redouté : un lieu d'où l'on ne ressortait que rarement vivant. Placés dans ce que l'on appelait le «caveau de la mort», les huit martyrs subirent des tortures d'une extrême cruauté jusqu'à l'aube. Le 9 février 1957, ils furent exécutés par balle dans la région d'El Maqtaa, à Mongorno, près de Berrouaghia. Leurs corps, déposés à l'hôpital de la ville, portaient les marques visibles de la barbarie : crânes fracassés, dents et ongles arrachés, corps brûlés. Des témoignages concordants viendront plus tard confirmer l'ampleur de ces crimes. Le lendemain, lors de leur inhumation au cimetière des Chorfa de Berrouaghia, le même bourreau tenta de fermer la ville pour empêcher la population d'assister aux funérailles. En vain. Le peuple répondit présent, nombreux et digne. Selon le témoignage du moudjahid Belkacem Fergani, qui participa à l'enterrement, les huit martyrs furent ensevelis dans une fosse commune le 10 février 1957, dans un silence chargé de colère et de promesses. L'horreur de ces crimes dépassa même les frontières : le 5 avril 1957, le quotidien français « Le Monde » titrait sans détour : « Corps mutilés et méconnaissables », un aveu glaçant qui témoigne de la violence systématique de l'appareil colonial. Mais l'histoire n'en resta pas là. Le 15 septembre 1960, neuf moudjahidine, conduits par le jeune Commandant Si Mohamed Bousmaha alias Moha El Berrouaghi, alors âgé de seulement 21 ans, menèrent une opération audacieuse. Déguisés en militaires français, ils pénétrèrent dans la brasserie que fréquentait Roger Fleury, près de la salle de cinéma de Berrouaghia, et mirent fin à ses crimes. Un acte de résistance devenu légendaire, gravé dans la mémoire populaire comme une forme de justice historique. Aujourd'hui, à Ksar El Boukhari, le souvenir de ces huit martyrs reste vivant. Il se transmet de génération en génération, non par esprit de vengeance, mais par devoir de vérité et de fidélité à l'histoire. Leur combat rappelle que la liberté a un prix, et que la mémoire est une responsabilité collective. Gloire et éternité à nos chouhada.