La coupe d'Afrique des Nations féminine 2026 devait se tenir du 17 mars au 3 avril 2026 au Maroc. Une compétition clé : au-delà du titre continental, elle conditionne les qualifications africaines pour la Coupe du Monde féminine 2027 au Brésil. Or, à quelques semaines de l'échéance, un report est évoqué. Motif invoqué : un calendrier surchargé et des contraintes organisationnelles. La Fédération royale marocaine de football, dirigée par Fouzi Lekjaa, aurait sollicité ce report, mettant en avant la nécessité de finaliser justifiant « un souci logistique et de terrains en lien avec la poursuite du championnat local et l'organisation d'un tournoi amical en mars, où plusieurs sélections étrangères sont attendues ». Mais comment expliquer qu'un pays qui s'est imposé ces dernières années comme une puissance organisatrice – CAN masculine U23 en 2023, Coupe du Monde des clubs 2022-2023, et surtout co-attribution du Mondial 2030 – découvre si tardivement que son agenda est saturé ? La question mérite d'être posée. Le précédent de 2022 : un capital confiance dilapidé ? Il faut rappeler que le Maroc a accueilli la CAN féminine 2022 (disputée en juillet 2022), édition marquée par un record d'affluence et une finale historique face à l'Afrique du Sud. À l'époque, Rabat avait été salué pour son organisation et sa mise en scène. Le football féminin africain semblait entrer dans une nouvelle dimension. Mais depuis, la dynamique s'est brouillée. Le flou autour de l'édition 2026 – évoquée tantôt comme « CAN 2025 », tantôt repositionnée dans le calendrier – nourrit l'impression d'une planification défaillante à la CAF. À force de renommer, déplacer et réajuster, l'instance continentale entretient une confusion qui affaiblit la crédibilité de la compétition. Une CAF sans plan B ? Des rumeurs ont circulé sur un éventuel intérêt potentiel de l'Afrique du Sud pour reprendre l'organisation. Officiellement, rien de tel : Patrice Motsepe a réaffirmé que le Maroc restait l'hôte désigné. Traduction politique : pas de plan B affiché, pas de sanction, pas de remise en question publique. Ce silence interroge. La CAF peut-elle se permettre d'être dépendante d'un seul pays, aussi influent soit-il dans ses arcanes ? Depuis plusieurs cycles électoraux, Rabat a consolidé son poids diplomatique au sein de l'instance. Alliances stratégiques, investissements dans les infrastructures, rôle croissant dans les commissions : le Maroc n'est plus un simple membre, mais un acteur central. Lorsque l'organisateur demande un report, la CAF suit, par conviction, ou par contrainte ? Les grandes oubliées : les joueuses Pendant que les décideurs ajustent les calendriers, les sélections s'entraînent. L'équipe d'Algérie, actuellement en stage en Egypte pour des matchs amicaux de préparation, se retrouve dans l'incertitude. Les plans de charge, les cycles de préparation, la gestion des contrats et des assurances : tout est impacté. Plus grave encore, la CAN féminine est le seul tournoi qualificatif africain pour la Coupe du Monde 2027. Tout report affecte mécaniquement la préparation des représentantes du continent sur la scène mondiale. À l'heure où la FIFA multiplie les discours sur la croissance du football féminin, l'Afrique donne le spectacle d'une gouvernance hésitante. Ce décalage entre ambition affichée et réalité organisationnelle est un signal inquiétant. Au-delà du Maroc, une question de gouvernance La question n'est pas de désigner un coupable unique. Elle est plus structurelle : comment une compétition continentale majeure peut-elle se retrouver fragilisée à quelques semaines de son lancement ? Où sont les mécanismes de contrôle, les échéances contractuelles, les garanties exigées de l'hôte ? Si le Maroc n'est pas prêt, pourquoi l'avoir confirmé ? S'il est prêt, pourquoi parler de report ? Et si la CAF maîtrise la situation, pourquoi cette communication parcellaire ? En résumé Le football féminin africain méritait mieux qu'un flou institutionnel. Il méritait une planification rigoureuse, une transparence assumée et, surtout, une hiérarchisation claire des priorités. À force de tergiverser, la CAF risque de transformer une compétition vitrine en symbole d'improvisation. Et dans ce jeu-là, ce ne sont ni les fédérations ni les dirigeants qui paient le prix le plus lourd. Ce sont les joueuses.