Le Ramadhan n'est pas seulement une question d'abstinence alimentaire – du lever au coucher du soleil – mais plutôt un voyage spirituel où le musulman cherche à se rapprocher de l'excellence en purifiant son âme et en se débarrassant de ses mauvais penchants. Le Ramadan culmine lors d'une des nuits impaires de la dernière période : c'est la « Nuit du Destin» (Laylat-al-Qadr), une nuit qui «équivaut à mille mois » selon le Saint Coran:''(97 : 1) Voici, Nous avons révélé ceci (le Coran) lors de la Nuit du Pouvoir. (97 : 2) Et que sais-tu de ce qu'est la Nuit du Pouvoir ? (97: 3) La Nuit du Pouvoir vaut mieux que mille mois.(97 : 4) Les anges avec l'Esprit y descendent avec la permission de leur Seigneur avec toutes sortes de décrets.(97 : 5) Toute paix est cette nuit-là jusqu'au lever de l'aube.» C'est un texte inestimable car il est étroitement lié au Coran. Il y a au moins cinq mérites de Laylat al-Qadr : 1 – Le Coran a été révélé la nuit du Destin : « Voici, Nous avons révélé ceci (le Coran) la Nuit du Destin. » (Coran 97 : 1). 2 – C'est mieux que mille mois ou 83 ans et 4 mois : « La Nuit du Destin vaut mieux que mille mois. » (Coran 97 : 3).3 – Dieu efface tous les péchés antérieurs : Le Messager d'Allah a dit : »Quiconque se tient debout (dans la prière nocturne volontaire du) Ramadan par foi et dans l'espoir d'une récompense, ses péchés antérieurs seront pardonnés. Et quiconque passe la nuit de Lailat Al-Qadr en prière par foi et dans l'espoir d'une récompense, ses péchés antérieurs seront pardonnés. «4 – Dieu répond à toutes les invocations cette nuit-là.5 – Dieu libère du feu de l'enfer cette nuit-là autant de personnes qu'Il en a libéré depuis le début du Ramadan. Le Ramadan commémore le moment exact où le Coran a été révélé au prophète Mohammad. Probablement survenue n'importe quelle nuit de la dernière décennie, la « Nuit du Destin » et le grand bénéfice qu'elle offre seraient révélés au croyant qui l'a recherché avec diligence par la prière et l'observance du jeûne, tout comme le Coran l'a révélé au Prophète.Pour Akram Belcaid, le mois de Ramadan est le mois du Coran : (...) le ramadan est aussi important sur le plan religieux parce que, au-delà du jeûne, il est le mois durant lequel a débuté la révélation coranique. En effet, c'est durant la « nuit du Destin » ou « nuit de la Destinée », laylat al-qadr, que le Coran a commencé à être transmis au Prophète. Il est communément admis, selon la tradition, que cette nuit « meilleure que mille mois » et où « descendent [sur terre] les anges ainsi que l'Esprit» (XCVII : al-Qadr, 1-2) se situe dans les nuits impaires des dix derniers jours de ramadan. Traditionnellement, la « nuit du vingt-septième » [jour] revêt beaucoup d'importance. Elle est l'occasion de soirées spéciales, de réunions de dévotion et d'invocations dans les mosquées ou dans d'autres lieux. C'est le moment à partir duquel on peut verser l'aumône propre au ramadan, zakat al-Fitr, qui tient son nom du fait qu'elle se fait lors de ou plus exactement avant l'Aïd el-fitr (cId al-Fitr, « fête de la Rupture [du jeûne]) laquelle équivalait à près de 5 euros par personne en France en 2015. Dans de nombreux pays, c'est l'aboutissement des concours de récitation du Coran, tandis qu'il est de tradition de pratiquer la circoncision des garçons. Enfin, ce vingt-septième jour est souvent celui où les jeunes enfants « s'essaient » au jeûne pour la première fois.'' L'essence du jeûne Le jeûne est lié à la nature de l'être humain telle qu'elle est enseignée dans le Coran. L'être humain, dans le Coran, est constitué d'une entité d'essence matérielle et d'une entité d'essence spirituelle. Telle une statue, faite de matière et de forme, l'être humain est la conjonction des cellules de son corps et des valeurs de son âme. Comme les animaux, le projet de l'entité génétique est de satisfaire ses besoins pour continuer à fonctionner. Dans ses réflexes, il penche inexorablement vers les conditions qui maintiennent sa survie, son bien-être et son confort. Constitué de cellules matérielles, le corps se nourrit d'autres cellules matérielles. Elle se localise dans l'espace et le temps, où elle se déplace et vieillit. C'est différent pour l'âme. La quête de conscience est le projet essentiel de l'âme. De par sa nature, elle est porteuse de valeurs et se nourrit d'éthique. Dans son « association » avec l'entité corporelle, l'âme humaine est comparable à un cavalier sur sa monture. Le cavalier n'est pas la monture. Mais qu'est-ce qu'un cavalier sans monture ? En effet, nos cinq sens sont continuellement sollicités par les besoins naturels de l'entité génétique. Cette demande est pressante et continue. Elle est capable de remplir une existence humaine du risque d'endormir l'âme, de la détourner de son projet. La foi islamique institue cinq moments de répit quotidiens appelés la salât, la prière musulmane. C'est un exercice spirituel avec un rituel codé, dont le but est de rappeler à l'âme son projet spirituel. Le jeûne du mois de Ramadan est un exercice qui s'inscrit dans cette perspective.Le Prophète Mohammad a dit : «Quiconque jeûne pendant le mois de Ramadan avec une foi sincère et dans l'espoir d'obtenir les récompenses d'Allah, alors tous ses péchés passés seront pardonnés.» Signification spirituelle Le Ramadan n'est pas seulement une abstinence alimentaire – du lever au coucher du soleil – mais plutôt un voyage spirituel où le musulman cherche à se rapprocher de l'excellence en purifiant son âme de ses mauvais penchants. Ce mois est aussi le mois de la générosité et du partage ; si l'Islam rappelle les bienfaits de la générosité envers son prochain en général, le mois de Ramadan est l'occasion de se dépasser. Pour Hatim I. Belfkih, le Ramadan a une essence spirituelle importante : « Le vrai sens du jeûne est de freiner ses pulsions négatives, d'amener son ego à rompre avec ses habitudes, d'atténuer l'ardeur de ses désirs pour le préparer à ce qui lui apportera bonheur et félicité, de lui faire accepter ce qui l'aidera à purifier son cœur En effet, derrière le jeûne se cache toute la logique du rapprochement avec Dieu. Il existe une réalité qui n'est un secret pour personne mais qui tend à être cachée par l'habitude. Cette réalité réside dans la présence d'un lien direct entre l'état du corps et la vie du cœur. Le premier le ramène à son origine matérielle, le fait descendre sur terre, l'autre le renvoie à sa source spirituelle, l'élève par le souffle Primordial. La Sagesse Infinie de Dieu a voulu que l'Homme soit la conjugaison de l'esprit et de la matière. L'un ne peut être séparé de l'un ou de l'autre. Mais la recherche d'un équilibre entre les deux n'est pas aisée, car il n'y a pas de symétrie dans la gestion de ces deux entités. En effet, nous vivons dans l'univers sensoriel, il nous est imposé, nous ne pouvons y échapper.» Le Ramadan est une véritable source spirituelle qui nourrit l'âme, accentue la foi et la piété. Ce mois décuple les récompenses divines liées à la pratique religieuse, il rapproche les musulmans et ravive la foi imân. Un Ramadan sans prière ni lecture du Coran n'a aucune valeur en soi : le jeûne est certes une condition, mais la pratique religieuse est indissociable du Ramadan. Le partage, la générosité, l'amour du prochain sont les valeurs intrinsèques du musulman, et ce mois béni est pour lui l'occasion de les mettre en valeur en invitant les pauvres chez lui pour rompre le jeûne, ou donner de son temps pour des œuvres caritatives. Le jeûne est lié à la nature de l'être humain telle qu'elle est enseignée dans le Coran. L'être humain, dans le Coran, est constitué d'une entité d'essence matérielle et d'une entité d'essence spirituelle. L'être humain est la conjonction des cellules de son corps et des valeurs de son âme. En s'abstenant de nourriture, de boisson et de volupté du lever au coucher du soleil, le jeûneur musulman contrecarre les inclinations naturelles de son corps. En freinant les discours et les initiatives superflues, il discipline son esprit. Il réaffirme sa volonté de taqwâ, [xvi] car il voit poindre ses pulsions et se dispose à les appréhender pour bien les canaliser. Certains besoins physiques étant sublimés, contenus et reportés dans le temps, le jeûneur échappe à leur emprise et devient mieux disponible à l'expérience spirituelle. Durant ce mois sacré, le musulman intensifie ses exercices spirituels et la méditation, la récollection, la charité sont ses priorités. Le système islamique instaure cinq moments de répit quotidiens appelés salât, la prière musulmane. C'est un exercice spirituel avec un rituel codé, dont le but est de rappeler à l'âme son projet spirituel. Le jeûne du mois de Ramadan est un exercice qui s'inscrit dans cette perspective. Formation spirituelle intensive En s'abstenant de nourriture, de boisson et de volupté du lever au coucher du soleil, le jeûneur musulman contrecarre les inclinations naturelles de son corps. En limitant les discours et les initiatives superflues, il s'entraîne à discipliner son esprit. Il réaffirme sa volonté, car il voit poindre ses pulsions et se dispose à les appréhender pour les canaliser. Certains besoins physiques étant sublimés, contenus et reportés dans le temps, le jeûneur échappe à leur emprise et devient mieux disponible à l'expérience spirituelle. Durant ce mois sacré, le musulman intensifie ses exercices spirituels. La prière, la méditation, la récollection, la charité sont ses priorités. L'heure du repas, l'iftâr, sonne une victoire dont la saveur est profondément intime. Ni régime ni vacarme nocturne, le jeûne du Ramadan n'est pas une mortification du corps. Il s'agit d'un mois d'entraînement intensif, où l'entité génétique est affaiblie, coupée de ses sources d'énergie, et l'entité spirituelle est revigorée, nourrie par des actes de piété. C'est pourquoi la symbolique coranique cite ar-Rayyân, une des portes du Paradis spécialement réservée aux jeûneurs. Sahl ibn Sa'd rapporte : Le Prophète a dit : «En vérité, il y a une porte au Paradis appelée al-Rayyan, par laquelle seuls ceux qui ont jeûné entreront le Jour de la Résurrection. Personne d'autre n'y entrera avec eux. On dira : Où sont ceux qui ont jeûné pour entrer ? Lorsque le dernier d'entre eux entrera, la porte sera fermée et personne d'autre n'y passera.» Mohamed Chtatou