Alger a vibré au rythme du chaâbi dans la nuit de lundi à mardi, à l'occasion de l'ouverture officielle de la 15e édition du Festival culturel national de la chanson chaâbi, organisé du 9 au 12 mars.La cérémonie inaugurale s'est tenue au Palais de la culture Moufdi-Zakaria, en présence de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda. Cette édition rend hommage à deux figures marquantes de ce patrimoine musical : Cheikh Mohamed Bourahla et Cheikh Belkacem Khalfa. La soirée d'ouverture s'est déroulée en présence aussi de plusieurs personnalités institutionnelles et culturelles, parmi lesquelles Amar Abba, conseiller du président de la République chargé des affaires diplomatiques, ainsi que Kamel Sidi Saïd, conseiller en charge de la direction générale de la communication. Mohamed Boukhari, président du Conseil national économique, social et environnemental, était également présent, tout comme le directeur général des services législatifs du Conseil de la nation, représentant le président de cette institution. De nombreuses figures du monde artistique et culturel ont également pris part à cette soirée. Dans son discours inaugural, la ministre Malika Bendouda a souligné la place particulière qu'occupe la chanson chaâbi dans le patrimoine musical algérien. Elle l'a décrit comme l'une des richesses les plus précieuses de la culture nationale, un véritable « trésor » qui accompagne depuis des générations les émotions et les récits du peuple algérien. Selon elle, cette musique constitue une sorte de mémoire collective où se mêlent poésie, histoire et sensibilité populaire. La ministre a également insisté sur la dimension philosophique de ce répertoire musical. Pour elle, le chaâbi reflète une manière de vivre et de penser, profondément ancrée dans la mémoire des anciennes médinas. Il est le fruit du talent de grands maîtres qui ont façonné ce style au fil du temps, transmettant à travers leurs œuvres sagesse, consolation et regard lucide sur les épreuves de la vie. Elle a rappelé que cet art a contribué à préserver la langue, l'identité et les valeurs spirituelles des Algériens. Les formes musicales comme la nouba ou l'istikhbar, associées à la poésie du melhoun, témoignent, toujours selon Mme Bendouda, de l'histoire et des sentiments d'un peuple exprimés avec sincérité et spontanéité. Il est essentiel de maintenir cette tradition vivante et de ne pas la cantonner aux musées, a encore affirmé la ministre qui a plaidé pour une transmission active, capable d'encourager la créativité tout en respectant l'authenticité du genre. S'adressant aux candidats participant à la compétition de cette édition, la ministre a évoqué la responsabilité qui leur incombe. Maîtriser les modes musicaux et mémoriser les grandes pièces poétiques du répertoire constitue, selon elle, la plus belle preuve de fidélité envers les générations qui ont préservé ce patrimoine parfois dans des contextes difficiles. Elle a encouragé les jeunes artistes à faire de leurs interprétations un lien entre tradition et innovation. Le commissaire du festival, Abdelkader Bendaâmache a, pour sa part, rappelé que cette manifestation culturelle accorde une place centrale à la jeunesse. L'un de ses principaux objectifs est de découvrir de nouveaux talents capables d'assurer la continuité de la chanson chaâbi. Il a indiqué que cette édition reste fidèle à deux principes fondamentaux : la connaissance et la transmission, mais aussi l'équilibre entre authenticité et ouverture. Le responsable a également évoqué les actions menées autour du festival pour approfondir la connaissance de ce patrimoine. Des ouvrages et recueils ont été réalisés à destination des candidats et des passionnés de ce genre musical. Par ailleurs, un espace dédié rend hommage à plusieurs grands maîtres du chaâbi ayant marqué le siècle dernier. La soirée d'ouverture a attiré un public nombreux, composé d'amateurs fidèles de cette musique populaire. Les spectateurs ont pu savourer des interprétations de qçaid issues du vaste répertoire du melhoun, révélant toute la richesse et la profondeur de la chanson chaâbi en Algérie. L'accompagnement musical était assuré par un orchestre dirigé par Abdelhadi Boukoura. Le spectacle inaugural a débuté par une création artistique mêlant théâtre, musique et poésie. À travers différentes scènes, cette performance a retracé l'évolution de la chanson chaâbi et rendu hommage aux artistes qui ont contribué à sa notoriété. La compétition officielle a ensuite été lancée avec la prestation des premiers candidats : Hassaïni Mohamed Lamine (Médéa), Touhami Zakaria (Annaba), Slimane Ferial (Blida), Bellidi Omar (Béjaïa) et Ghernaout Ibrahim (Médéa). Chacun a interprété des pièces emblématiques du répertoire chaâbi ainsi que des poèmes du melhoun, illustrant la vitalité de cet héritage musical. Les participants ont été honorés lors de cette soirée afin d'encourager leur engagement dans la préservation de cet art. Au total, seize candidats issus de différentes wilayas du pays participent à cette 15e édition. Le jury est présidé par l'artiste El Hadi El Anka et réunit également Zerrouk Mokdad, Fayçal Hedroug, Mohamed Hamaidia et Khaled Yassine Chehlal. L'événement a également été marqué par l'inauguration d'une exposition photographique consacrée aux grandes figures du chaâbi, couvrant plusieurs générations d'artistes. Un salon du livre, organisé en collaboration avec l'Entreprise nationale des arts graphiques (ENAG), complète le programme culturel. Les visiteurs ont aussi pu découvrir un film documentaire présentant les ateliers de formation dont ont bénéficié les candidats, encadrés par des chercheurs et spécialistes de ce patrimoine. La première soirée du festival s'est achevée avec la prestation remarquée de l'artiste Sid-Ali Lekkam, qui a interprété plusieurs classiques du chaâbi devant un public enthousiaste. Créé en 2006, le Festival culturel national de la chanson chaâbi poursuit un objectif clair : préserver ce pan essentiel du patrimoine musical algérien en formant et en accompagnant une nouvelle génération d'artistes capables d'en porter l'héritage.