L'affaire Boualem Sansal prend aujourd'hui un tour pour le moins révélateur. L'écrivain, récemment libéré après une année de détention en Algérie, multiplie désormais les déclarations hostiles contre les autorités de son pays natal et annonce vouloir demander des comptes au gouvernement algérien devant une hypothétique « justice internationale». Cette posture offensive surprend d'autant plus que son affaire s'est finalement conclue par un geste de clémence. Condamné en 2025 à cinq ans de prison pour « atteinte à l'unité nationale », l'écrivain a été gracié quelques mois plus tard par le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Cette décision présidentielle a mis un terme à la procédure judiciaire et lui a permis de retrouver la liberté. Dans le même temps, son éditeur historique, les éditions Gallimard, s'était fortement mobilisé pour sa libération. Son président, Antoine Gallimard, avait entrepris de nombreuses démarches diplomatiques et juridiques afin d'obtenir sa sortie de prison. Pendant près de trente ans, la prestigieuse maison d'édition avait accompagné et soutenu l'auteur. Le plumitif des coups de poignard dans le dos Or c'est précisément cet éditeur que Boualem Sansal s'apprête aujourd'hui à quitter pour rejoindre Grasset, filiale du groupe Hachette Livre, désormais contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré. Selon plusieurs informations de presse, ce reniement ne serait pas étranger à des considérations financières. Le romancier aurait été séduit par les conditions particulièrement avantageuses proposées par son nouvel éditeur, certains évoquant un contrat pouvant atteindre un million d'euros. Dans le monde de l'édition, cette décision a provoqué une vive émotion. Certains observateurs n'ont pas hésité à parler d'« un coup de poignard dans le dos » pour qualifier le départ de l'écrivain de la maison Gallimard. Ce double geste – dénoncer le pouvoir algérien après avoir bénéficié d'une grâce présidentielle et abandonner l'éditeur auquel il doit sa carrière – dévoile un renversement de situation pour le moins déroutant. Car la grâce présidentielle accordée par Tebboune constituait déjà un acte politique fort. Elle mettait un terme à une affaire judiciaire sensible et ouvrait la voie à l'apaisement. Plutôt que de reconnaître ce geste de clémence, l'écrivain choisit aujourd'hui de relancer la confrontation en annonçant vouloir poursuivre l'Etat algérien devant une « justice internationale » dont la compétence reste, au demeurant, hautement incertaine. La déclaration de guerre contre l'Algérie C'est une nouvelle déclaration de guerre contre l'Algérie que vient de lancer Boualem Sansal. Après avoir voulu morceler les frontières du pays, il s'attaque désormais à l'Etat algérien lui-même. Ainsi se révèle la félonie de Sansal : l'écrivain qui se pose en victime apparaît en réalité comme celui qui torpille l'Etat algérien qui lui a accordé la grâce et l'éditeur qui s'est mobilisé pour sa libération. De ce point de vue, l'itinéraire récent de Boualem Sansal ressemble moins à celui d'un dissident qu'à celui d'un mercenaire plumitif qui, sitôt libéré, règle ses comptes avec ceux-là mêmes auxquels il doit sa liberté. Sophocle a écrit : « Le temps seul est capable de montrer l'honnête homme, tandis qu'il suffit d'un jour pour dévoiler un félon. » Dans le cas de Sansal, la félonie semble avoir toujours guidé sa conduite, sans le moindre répit ni la moindre vergogne. La félonie sans frontières de Sansal Dans ce contexte, les réactions suscitées en Algérie par l'attitude récente de Sansal restent marquées par une forte hostilité. Dès son arrestation, une partie de l'opinion publique algérienne avait vivement dénoncé ses déclarations sur les frontières du pays, jugées attentatoires à l'intégrité nationale. Les développements récents de l'affaire – notamment les accusations portées contre l'Etat algérien après la grâce présidentielle qui lui a permis de retrouver la liberté – ravivent ces critiques. Dans de nombreux commentaires exprimés dans les débats publics, certains Algériens n'hésitent pas à présenter Boualem Sansal comme un renégat, voire comme un traître à la nation. Pour ces voix critiques, Sansal apparaît comme un mercenaire plumitif qui refuse de désarmer. L'écrivain a non seulement contesté publiquement les fondements territoriaux de l'Etat algérien, mais il piétine désormais la grâce qui lui a permis d'échapper à l'exécution complète de sa peine. Ce nouveau rebondissement révèle l'ampleur du fossé qui s'est creusé entre l'auteur et une opinion publique algérienne excédée par ses incessantes attaques. Ainsi s'ouvre un nouveau feuilleton Sansal, qui n'en finit pas d'élargir les frontières de sa félonie. Tout se passe comme si Sansal exécutait un scénario écrit par ses maîtres, déterminés à poursuivre leur entreprise de démolition de l'Algérie. Gracié par l'Etat algérien et soutenu par son éditeur historique, Boualem Sansal apparaît désormais, aux yeux de nombreux Algériens et Français, comme le félon d'une grâce présidentielle reniée et le renégat cupide qui a trahi sa maison d'édition.