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L'Algérie acteur important de l'approvisionnement en énergie de l'Europe
Face aux tensions géostratégiques
Publié dans La Nouvelle République le 29 - 03 - 2026

Pour l'ensemble de l'Union européenne, l'Algérie pour 2025 a représenté entre 21/22% de ses sources d'approvisionnement en gaz naturel, représentant pour l'Algérie selon la Banque d'Algérie environ 80% de ses exportations d'hydrocarbures. Aussi, les récentes visites des 25 et 26 décembre 2026 de la Première ministre italienne en Algérie et du ministre des Affaires étrangères espagnol s'inscrivent dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et une pression croissante sur les marchés gaziers et pétroliers qui connaissent une très forte volatilité,en fonction des tensions au Moyen-Orient avec le risque d'une récession de l'économie mondiale couplée à une forte inflation.
L'Italie reste un pays très dépendant des importations pour son approvisionnement en énergie : en 2024, 75% de l'énergie consommée dans le pays était importée, l 'Algérie restant un fournisseur majeur, couvrant 32,8 % des importations italiennes de gaz en 2025 à travers le Transmed via Italie qui fonctionne en sous capacité maximum de 23 milliards de mètres cubes gazeux.
Quant à l'Espagne dépendante entre 68/70% des sources d'énergie est approvisionnée par le Medgaz fonctionnant en pleine capacité environ 10,5 milliards de lettres cubes gazeux où en 2025, l'Algérie a consolidé sa position de premier fournisseur de gaz de l'Espagne, couvrant environ 34 % de ses importations. Ces deux conduites donnent à Alger un avantage dans la crise actuelle : celui de pouvoir livrer l'Europe sans passer par les routes les plus vulnérables du commerce mondial. Cela renforce la position du pays auprès de ses partenaires, en particulier l'Italie et l'UE, lui permettant de jouer un rôle de stabilisateur du marché européen en maintenant des flux constants malgré la crise. Mais l'accroissement des volumes de gaz, l'Algérie étant surtout un pays gazier et très accessoirement pétrolier, (entre 10/12 milliards de barils de réserves) ne peut se faire qu' une seule condition posée par l'Algérie qui a toujours respecté ses engagements internationaux en dans le domaine de ses contrats énergétiques : nous sommes disposés à accroître le volume des exportations du gaz en s'orientant vers le biogaz , énergie d'avenir mais venez investir en Algérie. Et c'est dans ce cadre que s'inscrit la stratégie énergétique en direction de l'Europe horizon 2026/203082035 autour de six axes directeurs qui ne peut se réaliser que dans un cadre de partenariat gagnant – gagnant avec de grandes firmes internationales.
Premier axe : l'augmentation des volumes de gaz à l'exportation vers l'Europe, en coopération avec des entreprises européennes et en exploitant de nouveaux champs gaziers. Une des voies pour augmenter les exportations de gaz consiste à réduire davantage les émissions de méthane et le torchage, ce qui rendrait plus de gaz disponible pour le commerce. Plusieurs projets qui doivent approvisionner l'Europe permettront de développer les exportations du gaz par canalisation et par méthaniers via le GNL : le projet du gazoduc trans-saharien NIGAL, d'une longueur de 4 128 kilomètres et d'une capacité annuelle de trente milliards de mètres cubes ; le projet de Galsi, via la Sardaigne et la Corse, gelé depuis 2012 et qui annonçait alors une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux pour un investissement de 3 milliards de dollars devant être relié à la Corse (cf. conférence du Pr A.Mebtoul à la CCI de Corse et son déplacement en Sardaigne pour défendre ce projet repris par la télévision France 3). Le gazoduc Medgaz reliant l'Algérie à l'Espagne a connu une augmentation en passant de 8 milliards de m3 à 10,5 milliards m3, tandis que les quantités de gaz acheminées vers l'Italie, via le Transmed, ont atteint 23,5 milliards de m3 contre 21,5 milliards m3 en 2021.
Deuxième axe : les énergies renouvelables. L'Algérie dispose d'abondantes sources d'énergies renouvelables, solaires (plus de 3 000 heures de soleil par an) et éoliennes, qui lui permettent de devenir un leader mondial dans la production de l'énergie propre, pour la consommation locale (le ministère de l'Energie prévoyant horizon 2030/2040, environ 40% de la couverture du marché intérieur étant fin 2022 entre 1/2%) mais aussi pour l'exportation vers l'Europe. Rappelons qu'entre 2002 et 2023, dans plusieurs déclarations, le ministère de l'Energie s'est engagé à promouvoir les énergies renouvelables, ce qui consiste à installer une puissance d'origine renouvelable de l'ordre de 22 000 MW à l'horizon 2030, dont 12 000 MW pour le marché national algérien, et avec une possibilité d'exportation allant jusqu'à 10 000MW. L'Europe et l'Algérie travaillent déjà ensemble sur le développement des énergies renouvelables avec le projet commun «Taka Nadhifa» ainsi que des projets d'interconnexions électriques. Cependant, il reste à mobiliser un financement européen important du Fonds européen pour le développement durable, en coopération avec les banques de développement comme la Banque européenne d'investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.
Troisième axe : de coopération : l'hydrogène vert, bleu et souvent oublié le blanc. Un éventuel partenariat UE-Algérie sur l'hydrogène permettrait de développer la production, la consommation et le commerce d'hydrogène renouvelable et de dérivés. L'Algérie se propose, selon le ministère de l'Energie, d'investir de 20 à 25 milliards de dollars à l'horizon 2040 autour de l'hydrogène renouvelable, divisée en trois grands phases : le démarrage via des projets pilotes (2023 à 2030), l'expansion et la création de marchés (2030 à 2040) et l'industrialisation et la compétitivité du marché (2040 à 2050). À horizon 2040, l'Algérie prévoit de produire et d'exporter 30 à 40 TWh d'hydrogène gazeux et liquide, avec un mix à la fois composé d'hydrogène bleu, produit à partir de gaz, et d'hydrogène vert fabriqué par électrolyse grâce aux importantes ressources solaires du pays, avec pour objectif de fournir à l'Europe 10 % de ses besoins en hydrogène vert, d'ici à 2040.
Quatrième axe : l'Algérie ambitionne de construire des mini-centrales nucléaires à des fins pacifistes en accord avec l'AIE pour faire face à une demande d'électricité galopante, l'Institut de génie nucléaire, créé, devant former les ingénieurs et les techniciens en partenariat, qui seront chargés de faire fonctionner cette centrale. Les réserves prouvées de l'Algérie en uranium avoisinent les 29 000 tonnes, de quoi faire fonctionner deux centrales nucléaires d'une capacité de 1000 Mégawatts chacune pour une durée de 60 ans, selon les données du ministère de l'Energie. La ressource humaine étant la clé à l'instar de la production de toutes les formes d'énergie et afin d'éviter cet exode des cerveaux massif que connaît l'Algérie.
Cinquième axe : c'est l'option du pétrole/gaz de schiste où l'Algérie possède le 3e réservoir mondial, (selon des études internationales), introduite dans la loi des hydrocarbures, dossier que j'ai l'honneur de diriger pour le compte du gouvernement et remis en janvier 2015. En Algérie, devant éviter des positions tranchées pour ou contre, les USA étant devenu le premier producteur grâce à cette ressource mais devant protéger l'environnement.
L'adhésion des populations locales par un dialogue productif est nécessaire car on ne saurait minimiser les risques de pollution des nappes phréatiques au Sud du pays, l'Algérie étant un pays semi-aride, le problème de l'eau étant un enjeu stratégique au niveau méditerranéen et africain. Selon l'étude réalisée sous ma direction, les nouvelles techniques peu consommatrices d'eau et évitant l'injection de produits chimiques dans les puits devraient être opérationnelles à car, actuellement, avec la fracturation hydraulique classique il faudrait pour environ un milliard de mètres cubes gazeux, environ 1 million de mètres cubes d'eau douce, devant tenir compte de la durée de vie courte des puits (cinq ans maximum) et devant perforer des centaines pour avoir un milliard de mètres cubes gazeux. (Dossier sous la direction du Pr A. Mebtoul « Gaz de schiste, opportunités et risques assisté des cadres dirigeants de Sonatrach (2015) – 8 volumes, 780 pages».
Sixième axe : la consommation intérieure présentant ente 45/50% de la production de hydrocarbures , je préconise une transition urgente des subventions généralisées vers des aides ciblées à travers une chambre nationale de compensation pour assurer la justice sociale par des aides directes aux régions et aux catégories sociales défavorisées. La révision des prix du gaz naturel pour les industriels afin de réduire le gaspillage et d'encourager la compétitivité l'actuel système étant source de gaspillage et d'injustice sociale la révision des prix du gaz naturel pour les industriels afin de réduire le gaspillage et d'encourager la compétitivité, étant entendu que la nouvelle politique est intimement liée à une nouvelle politique salariale.
La dualité des prix étant interdite dans le commerce international, et ce pour éviter les litiges internationaux notamment avec le commissariat européen de la concurrence ou d'autres pays où récemment le ministère du Commerce des Etats-Unis a annoncé le 24 mars 2026 l'imposition de droits compensatoires définitifs de 72,94 % sur toutes les importations de fer à béton algérien, invoquant un soutien gouvernemental jugé « inéquitable » aux producteurs locaux avec un dumping du prix du gaz octroyé notamment à l'entreprise turc Tosyali -Algérie . La mesure s'applique à l'ensemble des produits, qu'il s'agisse de barres droites ou de bobines de différentes tailles, à l'exception des bobines ordinaires non déformées.
En conclusion : l'Energie étant au cœur de la sécurité des Etats, comme le montre récemment le conflit au Moyen-Orient et des stratégies d'adaptations sont nécessaires, car le monde devant connaître une profonde mutation, notamment avec les impacts du réchauffement climatiques sur les espaces euro-méditerranéen et africain. La coopération entre l'Algérie et l'Europe, en espérant que le cadre de cette coopération à l'avenir soit le grand Maghreb via l'Afrique devra être axée sur la nécessaire transition énergétique (nouveau modèle de consommation) et numérique. Ce bouleversement mondial influe sur les méthodes de gestion des Etats, par ailleurs exposés aux nouveaux dangers systémiques des cyberattaques.
Abderrahmane Mebtoul
Professeur des Universités


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