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Le monument du cinéma algérien a laissé un souvenir indélébile
Il y a onze ans disparaissait Sid Ali Kouiret
Publié dans La Nouvelle République le 07 - 04 - 2026

Il y a onze ans disparaissait Sid Ali Kouiret, laissant derrière lui une empreinte profonde dans l'histoire culturelle algérienne.
C Acteur instinctif, figure populaire et voix singulière du théâtre comme du cinéma, il demeure aujourd'hui encore une présence familière dans la mémoire collective. Plus qu'un comédien, il incarnait une manière d'être à l'écran : directe, habitée, profondément humaine.
Né le 3 janvier 1933 à Alger, Sid Ali Kouiret grandit dans un environnement difficile. Son enfance est marquée par une précarité qui le pousse très tôt à quitter les bancs de l'école. Livré à lui-même dans les rues de la capitale, il apprend à survivre, enchaînant les petits métiers : cireur de chaussures, aide auprès des pêcheurs du port, ou encore chanteur improvisé reprenant des airs populaires, notamment ceux de Farid El Atrache.
Cette jeunesse rude forge un caractère et une sensibilité qui marqueront toute sa carrière. Autodidacte, il ne passera par aucune école de théâtre. Pourtant, c'est dans cette vie cabossée qu'il puise une vérité brute, celle qui fera plus tard la force de son jeu.
La rencontre décisive avec le théâtre
Le tournant survient au début des années 1950. Une rencontre avec Mustapha Kateb change le cours de son existence. Attiré par curiosité dans une répétition, il découvre le théâtre presque par hasard, mais s'y engage immédiatement avec passion. Très vite, il rejoint une troupe amateur, puis participe à des tournées à l'étranger, notamment à Berlin et à Paris.
En 1954, il prend part au Festival mondial de la jeunesse à Bucarest, avant de franchir une étape décisive en devenant comédien professionnel au sein de la troupe dirigée par Mahieddine Bachetarzi. Le théâtre devient alors plus qu'un métier : un engagement.
L'art au service de la lutte
À la fin des années 1950, en pleine guerre de libération, Sid Ali Kouiret s'engage dans la troupe artistique du FLN, mise en place pour porter la voix de l'Algérie en lutte à l'international. Installée à Tunis, cette troupe regroupe comédiens, musiciens et danseurs qui sillonnent plusieurs pays, de l'Union soviétique au Moyen-Orient.
Sur scène, il ne s'agit plus seulement de jouer, mais de témoigner, de transmettre, de mobiliser. L'art devient un outil politique, une forme de résistance culturelle. Cette expérience marquera durablement Kouiret, consolidant son rapport viscéral à son métier.
Une carrière cinématographique marquante
Après l'indépendance, il intègre le Théâtre National Algérien, tout en amorçant une carrière au cinéma. Dès les années 1960, il enchaîne les rôles, mais c'est véritablement avec L'Opium et le Bâton d'Ahmed Rachedi qu'il s'impose auprès du grand public.
Sa filmographie s'enrichit rapidement, mêlant productions algériennes et collaborations internationales. On le retrouve notamment dans Décembre de Mohammed Lakhdar-Hamina, mais aussi dans des œuvres marquantes du cinéma arabe comme Le Retour de l'Enfant Prodigue et L'Emigré du cinéaste égyptien Youssef Chahine.
En 1985, son talent est récompensé au Festival de Damas pour son rôle dans L'Empire des Rêves. Une distinction qui consacre un acteur déjà reconnu pour sa justesse et son intensité.
Un acteur habité, entre instinct et vérité
Sid Ali Kouiret n'était pas un acteur au sens académique du terme. Il revendiquait une approche intuitive de son art, refusant les artifices au profit d'une incarnation totale. « Je n'interprète pas, j'habite mes rôles », aimait-il dire. Une phrase qui résume à elle seule sa philosophie.
Sur scène comme à l'écran, il imposait une présence immédiate, faite de spontanéité et d'énergie. Son jeu, parfois imprévisible, reposait sur une vérité émotionnelle rare. Il pouvait être tour à tour drôle, grave, excessif ou tendre, sans jamais perdre en authenticité.
Même après son départ du Théâtre National Algérien à la fin des années 1980, il continue d'apparaître sur scène et à la télévision, notamment dans des adaptations théâtrales et des séries populaires comme La Famille Ramdam. Il reste actif jusqu'aux années 2000, participant à plusieurs films qui témoignent de sa longévité artistique.
Une figure populaire ancrée dans la mémoire
Avec près de quarante films et téléfilms à son actif, Sid Ali Kouiret a traversé plusieurs générations de spectateurs. Il incarne une figure familière, celle d'un acteur proche du peuple, capable de refléter ses contradictions, ses espoirs et ses colères. Son charisme, son franc-parler et son énergie ont contribué à forger une image durable dans l'imaginaire collectif. Il n'était pas seulement un acteur reconnu : il était aussi une personnalité profondément ancrée dans son époque, en résonance avec les réalités sociales et culturelles de son pays.
Une disparition, mais une présence intacte
Le 5 avril 2015, Sid Ali Kouiret s'éteint à Alger, à l'âge de 82 ans, des suites de complications liées notamment au diabète. Le lendemain, il est inhumé au cimetière de Sidi Embarek, au milieu d'une foule nombreuse.
Onze ans plus tard, son absence n'a rien effacé. Ses rôles continuent de vivre, ses répliques résonnent encore, et son visage reste associé à une certaine idée du cinéma algérien : libre, engagé, profondément humain.
Sid Ali Kouiret appartient désormais à cette génération d'artistes dont l'héritage dépasse les œuvres. Il reste une mémoire vivante, un repère, et sans doute l'une des incarnations les plus sincères de l'acteur populaire algérien.


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