Après plus de 15 jours de guerre entre les USA via Israël et l'Iran, tous les observateurs s'accordent à la conclusion que l'Iran n'est pas le Venezuela et les US ont minimisé la résistance iranienne, espérant un soulèvement intérieur d'une opposition presque inexistante, les opposant extérieurs ayant un impact très marginal. Et surtout les USA ont minimi ser sa position stratégique à travers le contrôle du détroit d'Ormuz qui détermine partiellement le cours des hydrocarbures au niveau mondial (entre 30/40%), prix revu à la hausse, qui le 14 mars 2026, a dépassé 100 dollars le baril, avec la frappe de drone sur les pays pétroliers voisins avec un impact sur toute l'économie mondiale. Par ailleurs, cette résistance est le fait que les stratèges américains ont, par ailleurs, oublié un facteur fondamental : la structure de l'Etat iranien et l'élément religieux musulman qui façonne la société iranienne (la Oumma) qui consolide le sentiment de patriotisme contre toute intervention étrangère. 1. Situation géographique de l'Iran et rôle des gardiens de la révolution En 2025, la population de l'Iran est estimée à environ 92,4 millions d'habitants, caractérisée par un vieillissement progressif, avec un âge médian d'environ 34 à 35 ans. La structure d'âge est dominée par la population active (15-64 ans, ~69%), tandis que la proportion des moins de 15 ans (22-23%) diminue face à l'augmentation des plus de 65 ans (~7-9%). En 2025, le taux de scolarisation avoisine 98%, la scolarisation étant gratuite et l'Iran possédant une élite bien formée. La superficie est de 1 648 000 km 2, avec comme capitale Téhéran, et les villes principales sont Mashhad, Ispahan, Tabriz, Karaj. L'Iran est bordé au nord par la mer Caspienne, au sud-est par le golfe d'Oman et au sud par le golfe Persique. Elle partage des frontières avec le Turkménistan au nord-est, l'Afghanistan à l'est, le Pakistan au sud-est, l'Irak à l'ouest, la Turquie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan au nord-ouest. Elle contrôle un axe stratégique le détroit d'Ormuz situé au sud-est de Bandar Abbas avec des pays frontaliers qui sont au nord l'Iran, et au Sud-est les Emirats arabes unis, depuis Jazirah al Hammra , suivis du sultanat d'Oman d' une largeur d'une trentaine de milles marins (55 km) avec un tracé de deux couloirs de navigation de deux milles (3,5 km) de large chacun, l'un montant, l'autre descendant, les couloirs de navigation étant séparés par un couloir tampon de deux miles. Avec Gibraltar, le Bosphore, Malacca et le canal de Suez, il est un des grands détroits de la planète. Situé sur une ancienne route commerciale entre l'Asie, la Méditerranée et l'Europe permettant le passage du Golfe Persique au Golfe d'Oman, puis à la mer d'Arabie et à l'océan Indien. La fermeture du détroit de d'Ormuz, affecterait le transit du gaz et du pétrole car « porte de sortie » du pétrole de la région du Golfe qui compte 5 des 10 plus gros producteurs du pétrole au monde localisé au Moyen-Orient comme mis en relief précédemment, où transitent plus de 30% des produits pétroliers dont plus de 20% du GNL. Le détroit d'Ormuz constitue une des principales voies de navigation connectant les pays pétroliers du Moyen- Orient avec les marchés asiatiques, européen et nord-américain, et l'idée de canalisations pour le contourner exigerait un investissement colossal. L'économie iranienne est principalement contrôlée par le Guide suprême et sous sa coupe les Gardiens de la Révolution (Pasdaran) d'un effectif de plus de 150.000 qui contrôlent plus de 60% de l'économie iranien, détenant un quasi-monopole dans les secteurs stratégiques, leur influence s'étendant aux infrastructures, à l'énergie, aux télécoms et à la finance, via un réseau de sociétés publiques et privée, ce système s'appuyant sur des fondations religieuses (bonyads). Les réserves de pétrole de l'Iran expliquant d'ailleurs la convoitise US – et par ricochet, pour faire pressions sur la Chine dont une grande partie des exportations iraniennes est destinée à ce pays souvent à des prix préférentiels comme d'ailleurs la Russie en direction de l'Inde et de la Chine. Les réserves de l'Iran sont d'environ 180/190 milliards de barils, le deuxièmes après l'Arabie saoudite au Moyen-Orient, et les réserves de gaz sont d'environ 32.000 milliards de mètres cubes gazeux le premier réservoir au Moyen-Orient derrière la Russie environ 35.000 milliards de mètres cubes gazeux et devant le Qatar 20.000 milliards de mètres cubes gazeux Selon le volume exporté et les fluctuations des prix, les hydrocarbures en Iran représentent 85 à 90% des recettes d'exportation, 40 à 50% des ressources budgétaires de l'Etat iranien et 15 à 20% du PIB. La plupart des sites de production iraniens sont concentrés et vulnérables, car principalement situés à proximité de l'Irak ou en off-shore dans le Golfe arabo-persique. Or, deux régions d'Iran (Lorestan et Khouzistan pour le pétrole, South Pars pour le gaz) recèlent 90% de son pétrole et 63% de son gaz. 2. Des indicateurs macro-conomiques et macro-financiers sous pression L'économie iranienne est caractérisée par la prédominance du secteur public. La croissance économique de l'Iran devrait légèrement ralentir à 3,1 % en 2025, après 3,7 % en 2024. Le produit initier brut de l'Iran membre du Brics+ en 2025 est estimé par le FMI à à environ 356,5 milliards de dollars, une baisse par rapport aux années précédentes 2023/2024, mais pour une analyse objective ce mont est converti en dollars qui a connu une hausse par rapport à la monnaie iranienne en chute libre, donc devant le corriger par rapport au volume physique produit. Ainsi, le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat (PPA), en Iran est estimé par Trading Economics à environ 16.437 dollars US fin 2025. Etant selon certaines estimations, l'un des plus importants de la région, ce montant global voile en réalité les disparités sociales du fait qu' en 2025, que le niveau de vie a stagné. Devant pondérer par le système de subventions ciblées, avec une forte inflation, le salaire réel moyen tourne autour de 250 USD, peinant à couvrir des besoins de base. Le taux de chômage officiel en Iran se situe autour de 7 à 9 % fin 2024, début 2025, selon le gouvernement, mais selon Trading Economics et Macrotrends, le taux réel est estimé bien plus élevé, dépassant souvent 20% à 40% en raison du chômage informel. En 2024, selon le FMI, le commerce extérieur de l'Iran a montré une résilience, avec des exportations totales (biens et services) atteignant environ 100 milliards USD, tandis que les importations de biens se situaient autour de 68,5 milliards USD. Les exportations de pétrole et le gaz ont dépassé les 82% des revenus suivis des produits chimiques et matières premières et les importations sont principalement des machines non électriques (17%), fer/acier (14%), produits chimiques (11%) et véhicules. En 2025, les réserves de change de la Banque centrale d'Iran sont estimées à environ 33,8 milliards de dollars USD, selon le FMI, étant sous pression en raison de la baisse des revenus pétroliers. La dette publique de l'Iran en 2025 a atteint environ 34 % à 35 % du PIB, et le pays fait face à une augmentation drastique de la charge de sa dette, avec une hausse attendue de 253 % pour 2026, dépassant les dépenses d'investissement. Face à un énorme déficit budgétaire, le régime recourt massivement à la vente d'obligations où en 2024, les ventes ont atteint un niveau record de plus de 380 000 milliards de tomans, cela ne faisant que repousser la date butoir, plus les intérêts, arrivent à échéance, le gouvernement dans un cercle vicieux d'emprunts supplémentaires pour rembourser ses dettes passées. Et comme l'emprunt ne suffit pas, le gouvernement iranien a eu recours à la planche à billets pour combler le déficit par la « monétisation », c'est-à-dire la planche à billets. Comme impact direct sur le niveau de vie des populations, nous assistons à une baisse du potentiel économique, la poussé de la sphère e informelle, le développement du chômage qui frappe surtout les diplômés, avec une inflation alimentaire atteignant près de 58% (une inflation moyenne en 2025 selon le FMI avoisinant 45%) et une dépréciation du rial où environ 735 dollars, on peut désormais détenir l'équivalent de milliards en rials, un chiffre impressionnant qui illustre la gravité de l'inflation : début février 2026, un dollar américain égal 2 661 953.625,00 rial iranien contre en avril 2024 41 848, 865 IRR, un plus bas niveau historique et en six ans, le rial iranien ayant perdu plus de dix fois sa valeur face au dollar, renchérissant d'autant le coût des produits de première nécessité importés. En conclusion, le plus grand gagnant de cette guerre, ce sont certes les compagnies américaines, le plus grand producteur plus de 13 millions barils/jour et la Russie 11 millions barils/jour, qui devrait augmenter ses exportations, notamment en direction de l'Asie à travers tant les GNL que les canalisations, la Chine et l'Inde étant les pays les plus pénalisés, et de l'Europe et surtout le gaz traditionnel dont ses canalisations opérationnelles, South Stream, North Stream 1 et North Stream 2 d'une capacité totale de ces trois canalisations de plus de 150 milliards de mètres cubes gazeux n'ayant pas besoin du détroit d'Ormuz et très accessoirement certains pays d'Afrique. Dans le contexte géopolitique régional futur, les relations futures de l'Iran et ses relais le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen, (tensions en Mer rouge), avec ses principaux voisins, en particulier l'Arabie saoudite, Israël, l'Egypte, Oman, les Emirats arabes unis, l'Irak et la Syrie façonneront l'espace Moyen-Orient et donc la stabilité régionale et mondiale. Sous réserve de la fin de la guerre, pour les USA l'objectif n'étant pas une fin du régime mais sa mutation favorable à ses intérêts, avec l'entrée les compagnies américaines en Iran, comme cela se passe au Venezuela, supposant la levée des sanctions et d'une bonne gouvernance, l'Iran, une grande civilisation. La Perse, disposant d'importantes potentialités humaines et de richesses naturelles colossales, peut devenir un acteur clef de la stabilisation de la région. Ce qui est sûr, c'est gue cette guerre, Iran-USA, qui ne devrait pas dépasser quelques mois, sauf scénario contraire qui paralyserait toute l'économie mondiale, ainsi que le conflit israélo-palestinien, aura un impact sur la reconfiguration géostratégique au Moyen- Orient et sur la nature de l'Etat-national iranien. Professeur des universités Expert international