Dans un contexte marqué par des mutations sociales profondes et des interrogations renouvelées sur l'identité et le vivre-ensemble, la question du patrimoine en Algérie ne relève plus d'un simple attachement au passé, mais s'impose désormais comme une nécessité intellectuelle et stratégique. C'est dans cette perspective que s'inscrit l'organisation par l'Université de Tissemsilt, d'un colloque international dans sa troisième édition, dédié à la figure du savant Ahmed Ben Yahia El Wancharissi. Placée sous le thème : « La cohésion sociale et ses référents dans le patrimoine algérien : Al-Wancharissi comme modèle, vers une gestion de la diversité et des différences au sein de la société algérienne et islamique », cette rencontre scientifique ambitionne de dépasser la lecture classique du patrimoine pour l'inscrire dans une dynamique contemporaine, tournée vers l'action et la réflexion appliquée. L'enjeu aujourd'hui ne réside plus uniquement dans la connaissance de l'œuvre d'Al-Wancharissi, mais dans la capacité à mobiliser sa pensée pour répondre aux défis actuels, notamment ceux liés à la cohésion sociale, à la gestion du pluralisme et à l'équilibre entre référent religieux et exigences de l'Etat moderne. À travers cette initiative, les organisateurs entendent ouvrir un dialogue fécond entre l'héritage jurisprudentiel classique et les approches modernes issues de la sociologie et de la philosophie politique. Les notions de contrat social, de vivre-ensemble et de gestion des divergences occupent ainsi une place centrale dans les réflexions, dans l'objectif de bâtir une base intellectuelle conciliant authenticité et modernité. Les axes du colloque traduisent clairement cette orientation. Ils portent notamment sur les fondements théoriques, le rôle de la fatwa dans l'organisation de la société, les contributions de l'école malikite à la construction de la référence nationale, ainsi que sur les mécanismes permettant de mobiliser le patrimoine face aux phénomènes de fragmentation sociale. Au cœur des débats, une interrogation essentielle se dessine : comment s'inspirer du passé sans en être prisonnier ? Une problématique qui reflète une volonté affirmée de dépasser l'opposition entre rupture avec le patrimoine et repli sur celui-ci. Ce rendez-vous scientifique connaîtra la participation de nombreux chercheurs, issus d'Algérie et de l'étranger, notamment d'universités européennes ayant porté un intérêt particulier au patrimoine juridique maghrébin. Une dimension internationale qui confère à l'événement une portée élargie et renforce les perspectives de production d'un savoir utile et applicable. L'importance de ce colloque tient également au contexte dans lequel il intervient. La société algérienne, en quête de cohésion et de stabilité, a aujourd'hui besoin de référents capables de réconcilier unité et diversité, constance et ouverture. Au-delà de la réflexion théorique, les organisateurs ambitionnent de traduire les conclusions du colloque en recommandations concrètes, susceptibles d'alimenter l'élaboration de politiques culturelles et sociales plus équilibrées. Dans ce cadre, le président du colloque international, le professeur Kerdane Miloud, doyen de la Faculté des lettres et des langues, a indiqué que le comité d'organisation a entamé la réception des contributions scientifiques. Il a également précisé que les travaux se tiendront les 11 et 12 mai prochain à l'Université de Tissemsilt, en coordination avec le Haut Conseil islamique et le laboratoire des études critiques et littéraires contemporaines, sous le patronage du Ministre des Affaires religieuses et des Wakfs. Enfin, il convient de rappeler que l'œuvre majeure d'El-Wancharissi, «Al-Mi'yâr al-Mu'rib», traite de problématiques concrètes liées à la vie quotidienne des individus.