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Un faux dissident, un vrai plumitif dressé contre le peuple algérien
Boualem Sansal
Publié dans La Nouvelle République le 11 - 04 - 2026


Un homme du système, pas un transfuge
Contrairement à la légende patiemment construite autour de sa personne, Boualem Sansal n'a jamais été un opposant au pouvoir algérien. Avant d'être érigé en dissident et en conscience critique par les instances de consécration littéraire parisiennes, il fut d'abord, et longtemps, un homme du système. Il en a été un rouage. Pendant des décennies, il a occupé des fonctions au sein de l'appareil d'Etat. Il n'était ni marginal, ni persécuté, ni réduit au silence. Autrement dit, Sansal n'a pas affronté le système, il l'a servi. Et ce point est décisif. Car on ne peut pas, sans falsifier la réalité, présenter comme dissident celui qui a participé durablement à l'organisation du pouvoir.
Plus encore, durant toute sa carrière au sein de l'Etat, aucune critique structurelle du système ne lui est connue. Ni dénonciation de l'oligarchie. Ni analyse des mécanismes de prédation. Ni mise en cause des appareils de domination. Le silence est total. Et ce silence ne relève pas de la prudence. Il révèle une position : on ne critique pas ce que l'on contribue à faire fonctionner. Les structures économiques, qu'il a pourtant longtemps servi avec fidélité, restent dans l'ombre de ses récits littéraires. Les rapports de force politiques sont également dilués, voire oubliés.
Ce n'est qu'après sa sortie du système et son enrôlement par l'axe Paris – Tel-Aviv que Sansal endosse progressivement le rôle d'écrivain critique. Cependant, Sansal ne devient pas critique du pouvoir. Il devient critique des dominés, c'est-à-dire du prolétariat algérien qu'il méprise. Ce qu'il n'a jamais dit des dirigeants, il le dit – souvent avec virulence – du peuple algérien. Ce qu'il n'a jamais analysé des structures, il le transforme en jugement moral sur la société algérienne noircie à dessein. Ce qu'il n'a jamais dénoncé chez les élites, il le projette sur les masses populaires algériennes.
Une critique retournée contre le peuple algérien
Ainsi s'opère un renversement : sa critique se détourne du sommet pour frapper la base : le peuple. C'est là le cœur de son œuvre, un réquisitoire anti-peuple griffonné au vitriol avec une constance méthodique. Dans son œuvre, Sansal laisse hors champ le système qu'il a servi, les structures de domination qu'il a côtoyées et les élites auxquelles il a appartenu. Sa critique se fixe ailleurs, de manière constante : sur la société algérienne elle-même, son peuple, sa culture, sa religion. Il ne s'attaque pas au système ; il en détourne la critique pour la retourner contre ceux qui le subissent. Il la dirige contre eux.
Ce déplacement n'est pas accidentel. Il installe une constante dans son œuvre : la mise en accusation du peuple algérien. Ses mœurs sont ridiculisées. Sa culture est dévalorisée. Sa religion, l'islam, stigmatisée. Et surtout elle est désignée comme cause universelle du mal. En effet, l'islam n'est jamais appréhendé comme un fait social et historique traversé de contradictions, mais essentialisé : source des blocages, matrice des violences, obstacle à toute émancipation. Mais qu'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas d'une critique de l'islam mais d'une fixation obsessionnelle sur les musulmans. Toute son œuvre gravite autour de cette même matrice : l'islam comme explication totale, les musulmans comme responsables de tout. Ce n'est pas une analyse. C'est une pathologie discursive. En tout cas, il en a fait son fonds de commerce.
Ainsi, au lieu d'expliquer la société algérienne, Sansal la juge. Au lieu d'analyser des structures, il moralise les conduites. Ce n'est plus une critique. C'est un procès instruit, à la manière des fascistes : essentialisation de la question sociale, interprétation des comportements à travers le seul prisme religieux : l'islam.
Il faut alors poser une question simple : quel risque a pris Boualem Sansal pour se prévaloir du statut d'opposant persécuté par le pouvoir algérien ? Pendant près de trente ans, cet ancien haut fonctionnaire a publié et circulé sans entrave, vivant en Algérie sans être inquiété. Ses livres étaient disponibles dans les librairies algériennes. Ses tièdes prises de position connues. Ses critiques publiques consensuelles. Il n'a subi ni arrestation, ni interdiction officielle, ni marginalisation structurelle. Ce constat suffit à dissiper le mythe de l'opposant politique, du dissident littéraire fabriqué par les instances culturelles et médiatiques françaises. On ne peut pas être à la fois intégré au système, silencieux sur ses mécanismes, libre dans son expression, et se prétendre dissident. Cela ne relève pas de l'analyse, mais de la fiction.
Certes, Boualem Sansal a été arrêté et incarcéré en Algérie en novembre 2024, mais ce n'est pas pour ses écrits littéraires. Pendant près de trente ans, il a publié librement sans jamais être inquiété. Son arrestation relève de ses prises de position politiques sécessionnistes, en particulier de déclarations affirmant que des villes de l'ouest algérien, comme Oran ou Tlemcen, appartiendraient au Maroc, reprenant ainsi des thèses remettant en cause l'intégrité territoriale de l'Algérie. C'est ce positionnement – et non son œuvre – qui est en cause.
Fabrication d'une dissidence littéraire au service d'une utilité politique
Reste alors à comprendre pourquoi Sansal est-il présenté comme un opposant, un écrivain dissident ? Parce que tout simplement sa critique est orientée. Elle ne vise pas les structures de domination, les élites dirigeantes, les logiques de pouvoir. Elle vise la société algérienne elle-même. Et cette orientation le rend particulièrement utile. Utile pour déplacer la critique. Utile pour dépolitiser les rapports de domination. Utile pour transformer un problème politique en problème culturel, cultuel, sociétal. Un tel discours ne menace aucun pouvoir.
Cette utilité trouve sa traduction concrète dans sa consécration. Dans l'espace littéraire francophone dominé par les instances parisiennes, Sansal apparaît comme un écrivain unanimement célébré : médias, éditeurs et plateaux le consacrent. Cette unanimité devrait pourtant alerter. Les œuvres qui dérangent ne rencontrent jamais un tel consensus. Cette consécration procède d'un système centré sur Paris, capitale de la légitimation francophone, où Sansal apparaît comme un écrivain de fabrication française, façonné par ses circuits éditoriaux et médiatiques.
Ainsi, Boualem Sansal n'est pas un opposant au pouvoir algérien. Il en est un ancien fidèle serviteur devenu procureur de son propre peuple. Son parcours ne raconte pas une rupture. Il révèle une continuité : du service de l'Etat à la disqualification de la société algérienne. Et si son œuvre rencontre un tel écho, c'est précisément pour cela. Car dans un monde où les structures doivent rester invisibles, rien n'est plus précieux qu'un écrivain qui accuse les dominés à la place des dominants, qui fustige et stigmatise les prolétaires à la place des bourgeois.
Chez Sansal, l'Algérie n'est plus une société structurée par des rapports de pouvoir : elle devient un peuple défaillant, prisonnier, selon lui, de mœurs archaïques et barbares, englué dans une religion obscurantiste. L'Algérien n'est plus un sujet historique, mais un objet de critique, une cible de stigmatisation. Ses croyances sont moquées, ses pratiques ridiculisées, sa culture disqualifiée.
Dans l'œuvre de Sansal, le déplacement du curseur n'est pas neutre. Il produit un renversement : la domination devient un décor, en revanche le peuple devient le problème. Dès lors, ce peuple algérien « arriéré » serait, selon lui, incapable de se hisser à la hauteur de l'histoire, sinon par son arrimage à la France et son adhésion au modèle occidental.
Ainsi se construit une grille simple : si la société algérienne échoue, c'est qu'elle est malade. Et si elle est malade, c'est qu'elle est culturellement déficiente et cultuellement débile.
A suivre….
Khider Mesloub
Ce raisonnement s'inscrit dans une longue tradition : celle du regard colonial, qui a façonné la vision de Boualem Sansal au point de le rendre aveugle aux siens, qu'il continue de percevoir à travers les lunettes de ses maîtres.
Boualem Sansal ne se contente pas de critiquer la société algérienne contemporaine et de stigmatiser l'islam : il élabore une entreprise de déformation historique et idéologique au service des attentes du système néocolonial occidental.
Cette logique néocoloniale atteint son point le plus cynique dans son rapport à l'histoire de l'Algérie, notamment dans le traitement de sa séquence relative à la guerre de libération.
Réécrire l'histoire de la guerre de libération pour délégitimer la lutte anticoloniale
Dans ses écrits, Boualem Sansal ne se cantonne pas à commenter la réalité. Il la travestit. La guerre de libération nationale n'est plus un moment d'émancipation anticoloniale, mais une séquence de dérive autoritaire et une entreprise quasi théocratique accomplie sous l'étendard de l'islamisme, assimilable aux formes contemporaines du salafisme, au prix d'anachronismes grossiers et de falsifications manifestes. Le FLN est comparé à des mouvements obscurantistes actuels. Cette relecture ne relève pas d'une simple erreur d'interprétation : elle participe d'un glissement stratégique qui consiste à absoudre les structures de domination coloniales et capitalistes en imputant aux sociétés dominées leurs propres malheurs.
Avec son livre Le Village de l'Allemand, Sansal ne se contente pas de proposer une fiction. Il opère un glissement. La guerre de libération n'est plus un processus historique inscrit dans la violence coloniale. Elle devient le lieu d'une contamination morale. Le colonisé algérien cesse d'être une victime. Il devient coupable. L'introduction d'un ancien nazi au cœur du récit n'est pas un simple artifice littéraire. Elle produit un effet précis : brouiller la distinction entre domination et résistance, délégitimer la lutte anticoloniale, installer un doute moral sur l'histoire algérienne.
La société algérienne de l'époque de la guerre de libération est décrite comme dominée par le rigorisme islamique. Cette affirmation ne relève pas de l'interprétation, mais d'une construction caricaturale destinée à accréditer une thèse implicite : l'incapacité supposée du monde arabo-musulman, donc de l'Algérie, à accéder à la modernité. Même les courants islamistes contemporains n'ont jamais exercé un tel contrôle social en Algérie. Mais pour Sansal, la réalité importe peu. Il faut noircir, exagérer, caricaturer l'histoire de l'Algérie. Car c'est plus vendeur.
Mais cette entreprise ne relève pas seulement d'un biais idéologique : elle procède d'une réorientation stratégique. En réorientant la critique vers les sociétés dominées elles-mêmes, Sansal contribue à absoudre les structures historiques de domination – coloniales, impériales, capitalistes – dont il détourne l'analyse. L'histoire devient alors un argument à charge contre le peuple qui l'a subie. Ce renversement transforme une critique potentiellement subversive en dispositif de légitimation de l'ordre dominant.
Ce positionnement s'inscrit pleinement dans un marché intellectuel occidental friand de discours confirmant ses propres représentations sur les sociétés arabes et musulmanes. En occupant la place attendue de l'« indigène critique », Sansal fournit une parole interne qui vient valider, de l'intérieur, les catégories d'analyse dominantes. Dès lors, son œuvre cesse d'être une critique pour devenir une fonction : celle de détourner l'analyse des rapports de domination réels vers une dénonciation culturalisée des dominés eux-mêmes.
Ainsi, loin de déconstruire les mécanismes de pouvoir, Boualem Sansal participe à leur reproduction. Il transforme l'histoire algérienne en réquisitoire contre son propre peuple, convertit une critique politique en accusation civilisationnelle, et contribue à exonérer les véritables structures de domination. L'écrivain devient alors moins un opposant qu'un auxiliaire objectif de l'ordre établi, national et international.
Ce type de discours ne surgit pas dans le vide. Il répond à une demande idéologique. Dans certains espaces médiatiques occidentaux, il existe une attente : entendre un Algérien dire que son peuple est arriéré, entendre un musulman dénoncer les musulmans, entendre un ancien colonisé disqualifier son propre passé. Boualem Sansal remplit parfaitement cette fonction.
Son œuvre est lisible. Compréhensible. Et surtout : compatible. Compatible avec les stéréotypes dominants. Avec les récits postcoloniaux inversés. Avec une vision culturaliste du monde. Ce n'est pas un hasard s'il est célébré. C'est une logique.
Ainsi, au terme de ce parcours, une constante s'impose : Boualem Sansal ne s'attaque jamais aux structures de domination, mais toujours à ceux qui les subissent. Sa critique ne vise pas le pouvoir, mais le peuple algérien. Ce ne sont pas les mécanismes qui organisent la société algérienne qu'il met en cause, mais les mœurs, les croyances et les pratiques de ceux qui y vivent.
Chez lui, l'Algérien n'est plus un sujet historique, mais un objet de reproche. Sa culture est disqualifiée, ses comportements tournés en dérision, sa religion érigée en cause de tous les maux. Loin d'éclairer la réalité sociale algérienne, l'œuvre de Sansal la simplifie, la caricature et la condamne. Ainsi, ce qui se présente comme une critique n'est en réalité qu'un réquisitoire. Non contre le pouvoir, mais contre le peuple algérien lui-même.
Ainsi, Boualem Sansal incarne moins une figure de dissidence qu'une fonction idéologique : celle d'un idéologue qui déplace la critique, en Algérie, du système vers le peuple algérien, et à l'échelle internationale, du capitalisme et du sionisme vers les musulmans et l'islam.


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