En 2030, l'Algérie comptera 6 millions de personnes âgées et leur prise en charge repose essentiellement sur la famille. Qui sont les seniors en Algérie, quels sont les facteurs de risque et les facteurs de protection ? Comment leur assurer dignité, bien-être et valeur ? Ces questionnements et d'autres ont fait l'objet de débats et de communications présentées par des scientifiques nationaux et ceux de la diaspora algérienne lors d'un Congrès international organisé les 22 et 23 avril à l'Etablissement hospitalier spécialisé en transplantation d'organes et tissus de Blida (TOT) par le service MPR du CHU Blida. Selon le Pr Zouhir Boukara, chef de service MPR au CHU de Blida, en choisissant le thème central « Gériatrie et MPR » c'est pour répondre à une réalité démographique et clinique incontournable; le vieillissement accéléré de la population algérienne et méditerranéenne impose aux disciplines de se réinventer, de se fédérer et d'affirmer le rôle avec davantage d'ambition. «Le sujet âgé fragile avec ses polypathologie, ses syndromes de déconditionnement, ses troubles de l'équilibre, ses risques de chute, ses séquelles d'AVC ou de fracture, et précisément le patient pour qui la MPR a été pensée dans son essence même : une médecine globale fonctionnelle centrée sur la personne tournée vers le maintien de l'autonomie et la préservation de la qualité de vie», a indiqué le Pr Boukara avant de souligner que le ministère de la Santé compte élaborer un plan national sur la prise en charge des personnes âgées en matière de médecine. Selon lui, la médecine physique et de réadaptation se trouve au cœur de la prise en charge des maladies, tous les spécialistes en médecine envoient leur malades à la Médecine Physique et de Réadaptation (MPR). «Les pays nordiques ont mis cette spécialité comme une priorité allouant un budget colossal, car un malade atteint d'un AVC peut perdre le fonctionnement d'un bras, d'un pied ou même une partie entière de son corps, nécessite sûrement une réadaptation physique qui peut être soutenue par des équipements technologiques», a indiqué le Pr Boukara qui, selon lui, l'Algérie compte 35 centres de MPR mais avec une prise en charge traditionnelle. Abordant le thème « Soins de réadaptation et sujets âgés », Dr Khelifi, représentante du bureau de l'OMS Algérie, regrette que la plaidoirie faite au ministère de la Santé concernant l'élabo- ration d'un plan national pour les personnes âgées, «n'a pas eu d'échos», estimant qu'un état des lieux doit être fait pour les personnes âgées mais aussi pour la réadaptation. «C'est dans tout l'environnement, ce n'est pas que des données chiffrées», a fait remarquer la représentante de l'OMS en estimant que la route est longue. Intervenant avec une communication sous le thème « Déclin fonctionnel aigu; urgence gériatrique méconnue en MPR, le Dr Mourad Kacher, médecin gériatre exerçant depuis plus de trente années en France, estime que beaucoup de médecins algériens en France spécialisés en gériatrie, sont prêts pour instaurer cette spécialité de gériatrie en Algérie. Dans sa communication intitulée « Gériatrie, MPR et technologie : état des lieux et perspectives », le Dr Djellal, président de l'Association internationale de Gériatrie et Pr à la faculté de médecine en France, estime que l'introduction des équipements technologiques dans la médecine physique et de réadaptation est une nécessité donnant l'exemple de l'utilisation d'un bracelet électronique qui permettra de retrouver facilement une personne égarée atteint d'Alzheimer. Reconnaissance institutionnelle de la MPR gériatrique face au vieillissement accéléré de la population algérienne, les participants recommandent l'inscription formelle de la réadaptation gériatrique comme priorité nationale de santé publique, avec création d'unités MPR dédiées aux sujets âgés au sein des CHU, des EHS et des EPH de wilaya. Adoption des standards OMS en matière de soins de réadaptation aux personnes âgées conformément aux orientations du Bureau OMS Algérie présentées lors de ces journées, il est recommandé d'aligner les protocoles nationaux de réadaptation sur les lignes directrices OMS relatives aux soins centrés sur la personne âgée, en intégrant les dimensions fonctionnelle, psychosociale et environnementale. Les participants ont également recommandé la mise en place d'un programme national de prévention des chutes. Au regard de l'impact majeur des chutes sur la morbi-mortalité du sujet âgé, il est recommandé de développer un programme national multidisciplinaire de prévention des chutes, intégrant l'analyse biomécanique de la marche, l'évaluation des facteurs prédictifs et des protocoles de rééducation standardisés, en s'appuyant sur les modèles expérimentaux présentés lors de ces journées. Pour ce qui est de l'organisation des soins et parcours gériatrique, les scientifiques préconisent la création de filières gériatriques intégrées et d'établir des filières de soins gériatriques coordonnées articulant la médecine interne, la gériatrie, la neurologie, l'orthopédie et la MPR, afin d'assurer une continuité thérapeutique depuis l'hospitalisation aiguë jusqu'à la réintégration à domicile, avec le médecin MPR en position de pivot interdisciplinaire. Les participants recommandent la formation des équipes soignantes à la reconnaissance précoce du déclin fonctionnel aigu comme urgence gériatrique, trop souvent méconnue en MPR, et l'élaboration de protocoles d'intervention rapide permettant de limiter le déconditionnement iatrogène. Pour ce qui est de la lutte contre le déconditionnement par la réadaptation cardiaque, il est recommandé d'intégrer systématiquement la réadaptation cardiaque dans la prise en charge du sujet âgé déconditionnée, en la reconnaissant comme levier thérapeutique majeur pour rompre le cercle vicieux de l'immobilisme, conformément aux données présentées lors de ces journées. enfin les participants ont élaboré huit recommandations dont la Neurosciences, neuroplasticité et neuro-réadaptation et surtout le renforcement de la coopération scientifique internationale et de la diaspora.