L'Agence nationale pour la gestion intégrée des ressources en eau, par l'intermédiaire de sa branche régionale, l'Agence du bassin hydrographique d'Alger-Hodna-Soummam, a organisé mardi, au centre culturel Mohamed Khedioui, à Blida, une journée de sensibilisation, à l'intention des agriculteurs sur l'importance d'adopter des technologies d'irrigation modernes et d'encourager la réutilisation de l'eau, en plus de présenter des solutions innovantes qui permettraient d'améliorer l'exploitation des ressources en eau et d'accroître la productivité de la production agricole. Plusieurs experts dans le domaine sont intervenus dans cette journée à laquelle ont participé des représentants du secteur de l'agriculture et de l'hydraulique pour expliquer l'importance de l'utilisation des eaux usées traité dans le secteur agricole. Selon El Mahdi Oggad, directeur de l'Agence du Bassin Hydrographique d'Alger-Hodna-Soummam, l'objectif de cette journée est d'inviter des agriculteurs afin de les sensibiliser, notamment à la rationalisation de l'utilisation de l'eau en agriculture. «Cette rationalisation passera par le recours à des méthodes d'irrigation économiques, en évitant les méthodes traditionnelles très consommatrices d'eau», a indiqué le responsable en expliquant qu'il existe plus de 200 stations d'épuration d'eau usées, et bien que leur utilisation soit encore à ses débuts, l'objectif est de réutiliser au moins 60 % de l'eau traitée en agriculture. «Ce pourcentage est relatif, mais il se situe généralement entre 20 et 24%, et varie d'une région à l'autre en fonction de la quantité et de la qualité de l'eau produite», a tenu à préciser le responsable de l'Agence du bassin hydrographique d'Alger qui, pour lui, cette démarche s'inscrit dans la stratégie nationale de construction de plusieurs usines de dessalement d'eau de mer, et cela signifie l'immense travail accompli par l'Etat dans ce domaine, en termes d'exploitation des ressources en eau douce dessalées dans ces stations et destinées à la production d'eau potable. Mais selon Imane Belkhir, ingénieur représentante de l'Office national d'assainissement (ONA), la majorité des agriculteurs refusent d'utiliser cette eau épurée par peur qu'elle pollue la production agricole. «Il y a beaucoup d'hésitations et de craintes quant à l'utilisation d'eau polluée traitée. C'est pourquoi nous travaillons maintenant avec des matières organiques. Ces matières organiques dissoutes dans cette eau contiennent des engrais naturels. Certains agriculteurs ayant utilisé cette eau ont obtenu d'excellents résultats. Ils ont obtenu des résultats fantastiques. Au contraire, leur production agricole est très importante. Cette eau est un cadeau. La réutilisation des eaux usées est un point sur lequel j'insiste», a confié la représentante de l'ONA avant de déclarer que Blida ne dispose pas de station d'épuration d'eau usées qui permettra de réutiliser cette eau dans l'irrigation agricole. Selon elle, Blida dispose de stations de retraitement des eaux usées dont une à Beni Mered a Bouinan et d'autres stations monobloc à Chréa qui permettent l'irrigation des jardins publics et autres espaces verts. Wissam Ben Amrouch, ingénieur en systèmes de gestion environnementale, explique que la réutilisation des eaux usées traitées issues des stations d'épuration est une priorité. «La production d'eaux usées traitées est importante et nous pouvons les réutiliser. Nous pourrions remplacer l'eau potable par ces eaux usées traitées. Il s'agit d'une stratégie visant à soutenir les agriculteurs utilisant cette eau traitée composée d'engrais naturels», a indiqué Wissam Ben Amrouch qui avoue que Blida n'utilise que 12% du volume d'eau traitée des stations d'épuration des eaux usées et le reste est rejeté dans la nature sans pourtant mettre en danger l'environnement. Pour Djamel Miloudi, agriculteur et membre de la filière des agrumes de la wilaya de Blida, les eaux usées épurées constituent une alternative pour l'irrigation de l'agriculture en Algérie. «Durant les dix dernières années, l'agriculteur a souffert du manque d'eau et la production a diminué provoquant une hausse des prix. Donc, l'utilisation des eaux usées épurées est une aubaine pour l'agriculteur afin d'éviter l'utilisation des eaux souterraines et l'utilisation des pesticides pour préserver la production. Nous allons vers une agriculture biologique où les pesticides sont contre-indicés», a lancé Djamel Miloudi avant de regretter l'absence des agriculteurs dans cette journée d'information et de sensibilisation qui lui a été dédiée. Lors de cette journée, les intervenants ont appelé à la multiplication des stations d'épuration des eaux usées à travers l'ensemble du territoire national pour préserver les eaux de la nappe phréatique et ceux des barrages. Les responsables de la direction de l'Hydraulique de la wilaya de Blida qui ont présenté la situation des ressources en eau dans la wilaya, ont tiré la sonnette d'alarme expliquant que la wilaya de Blida se trouve à la tête de la liste des wilayas ayant exploitées plus les eaux de la nappe phréatique en autorisant la création de plus de 2.600 forages d'eau.