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Un cinquième, à condition...
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 28 - 01 - 2019


Un ami, me croyant dans la béatitude du pouvoir ou ayant un facile accès à sa magique messagerie, m'avait demandé en me précisant niaisement: « Vous les journalistes, dites à Bouteflika de se présenter encore pour un autre mandat à condition qu'il apporte cependant une révolution déferlante dans la pratique de ce pouvoir ». Il s'enthousiasmait pour me dire : « Dites-lui de gommer radicalement et dans son entièreté le gouvernement actuel. Dites-lui de nous nommer des ministres jeunes et surtout neufs. Des ministres qui ne lisent pas des discours, toujours des discours et encore des discours, lesquels, à défaut d'être pleins de vides et vides de vérité, ne sont que des idées brouillées cherchant à séduire et à plaire. Des ministres qui ne font pas de la fonction une carrière longue et chanceuse, mais une mission honnête et une charge morale ». Pourtant cet ami ne cultive pas l'amour du système, encore moins de pouvoir s'inscrire dans l'opposition qu'il fustige à boulets de canon. Pour lui, tout est dans la complaisance, dans la compromission. Il ne voit la politique qu'à travers ceux qui la pratiquent, m'affirmait-il, et ainsi, il en a gros sur le cœur. Ce ministre, qui, pris en otage par ses secondaires, n'arrive plus à se décanter pour extirper les causes des effets d'un phénomène migratoire, n'est plus apte à régenter les prochaines élections, tenait-il à m'indiquer, me prenant pour un puissant décideur. Cet autre, parlant de l'emploi au lieu de constater et réduire le chômage, faisait de son fils ado un investisseur potentiel. Dites-lui que tous ces ministres dont les uns ou les autres arrivent mal à battre leur nudité en essayant de la faire suppléer par une élégance qui n'est pas la leur. Ils n'ont aucun résultat au moment où ils défilent leur bilan, dont les seuls applaudisseurs sont ceux-là mêmes qui les ont conçus. Le peuple n'en a rien vu ou presque. C'est vrai, dites-le lui, que l'Etat a consenti beaucoup d'efforts dans le logement, les écoles, les routes, les minarets, les bancs publics, les infrastructures quoi ! Mais ceux en charge de faire vivre ces réalisations ont ‘'criardement'' manqué de leur insuffler l'âme qui leur manque. Le logement est mal fait, mal distribué. L'eau ne coule pas dans tous les robinets, la neige dévoile le mauvais asphalte, la pluie dérange les ponts, l'économie tousse au moindre frisson pétrolier, le choléra tue, l'agriculture est dans une aigrie-culture, la bureaucratie a pris d'autres formes inintelligentes, le permis à point ne pointe pas encore son nez. Parole, parole ! Alors, le cinquième mandat, me disait-il, passera si vite, pas aussi longuement qu'ils nous ont fait subir ces ministres comme diabète généralisé et hypertension collective. Dites-lui que nous avons la phobie jusqu'au cou de les voir et revoir en boucle de journée dans les télés, les réseaux sociaux, mais jamais dans la rue, les cafés, le marché ou à côté de chez nous, enfin là où nous sommes, là où nous existons, où nous mourrons. Ainsi, nous voulons des ministres à nous, qui partagent nos paliers d'immeubles, empruntent les mêmes embouteillages, qui connaissent le boulanger du quartier pas les grands minotiers, l'épicier du coin pas les gros importateurs, qui voyagent à Timgad, Touggourt, Tébessa, Tiaret, Sétif, Tlemcen pas Paris, Rome, Genève ou Barcelone. De jeunes ministres, tous neufs qui pensent à nous pas à leur p'tits enfants où à leur proche agonie. L'autre condition, s'il le permet, dites-le lui, c'est de dissoudre, supprimer, broyer l'Assemblée nationale et à jamais radier, écraser ses mauvais élus actuels. Repenser la fonction élective, oui comme dans le parti unique, par noms et prénoms, non pas par des lots en gros et des listes concomitantes. Ceci dit, avant de reformuler tout le paysage des partis et leur mode de fonctionnement. Mon ami boumediéniste dans le sang, ancien progressiste, déplore la situation actuelle, là où la postérité ou bien la providence, croit-il, a rangé Bouteflika au crépuscule de son parcours. Lui, l'ami de Boumediene, lui qui avait connu tous les grands du dernier siècle et côtoyé ses sommités, se trouve hélas entouré de tels faciès, de tels mal-habiletés. Wallah, c'est une honte en face de l'histoire. Dites-lui, en baroud d'honneur, en ultime salve chevaleresque, par serment de moudjahid, par devoir sacrificiel et à la mémoire des chouhada, de sauver la dignité nationale en congédiant tout ce personnel politique frappé de ménopause et d'infertilité. Rien ne l'empêcherait de réviser la Constitution en enracinant le pays profondément dans la vraie démocratie, souhaitait mon ami, par l'instauration d'un régime pluriel, diversifié et équilibré où la plénitude de la souveraineté reviendra au peuple, seul héros. Vu et transmis en lui précisant que ceci sera fait en toute évidence après le 18 avril prochain, cinquième ou pas.

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