Elles sont une soixantaine de familles à vivre dans des conditions extrêmement difficiles dans l'ancienne caserne de la Protection civile d'Arzew. Des femmes et des enfants sont ainsi confrontés, chaque jour, à la menace d'une mort subite sous les pierres de cette vielle structure. «Nous habitons dans cette caserne depuis 1986. Comme vous le constatez vous-même, cet endroit ne répond nullement aux besoins vitaux d'une vie humaine. Nous vivons sous stress permanent du fait de la possibilité de l'effondrement d'un plafond ou d'un mur. Pas plus tard qu'hier, ma petite fillette a échappé de justesse à une mort certaine à la suite d'un écroulement d'une partie du plafond du toit alors qu'elle dormait», dira le chef de la famille Meski Lakhdar composée de huit membres. Idem pour la famille de Ghazli qui explique par la voie de son chef de famille, M. M'Barak: «Notre situation est complètement désespérée. C'est injuste que des enfants innocents soient ainsi confrontés à l'amertume et à la dureté d'une vie qu'ils n'ont pas choisie. Même les animaux ne méritent pas l'indécence de la vie que nous menons. Pendant l'hiver, les eaux pluviales s'infiltrent et inondent toute la caserne». Cette souffrance est partagée aussi par la famille Sebaâ, dont le pilier de la famille a passé les meilleures années de sa jeunesse au service de la Protection civile. «Notre situation devient de plus en plus dramatique et nécessite un geste urgent et surtout humain, de la part des instances habilitées. Il est inconcevable que notre misère dure des années encore. Cela fait déjà plus de 22 ans que vivons dans ce contexte de sinistre, et aucune autorité n'a jugé nécessaire de nous reloger ou de nous placer dans un lieu de transit répondant aux conditions minimales nécessaires à une vie humaine», dira Benzerga, le chef de la famille Sebaâ avant d'ajouter: «J'ai passé 35 ans de ma vie à sauver et à secouer des milliers de vies humaines, et maintenant je ne trouve personne pour nous sauver de cette misère. Vous savez pendant toutes ces années de service, je n'ai pu bénéficier d'un logement de fonction, en dépit des dossiers multiples de demandes d'octroi de logement que j'ai déposés au niveau des différents services». Quant à son épouse, elle dira: «Nous sommes des semblants de vivants… Nous dormons comme des animaux entassés dans des superficies de 1 à 1,5 de m2. Les enfants grandissent d'une année à une autre et dorment toujours dans la même pièce. Plus grave encore, nous utilisons des sanitaires fabriqués en tôle fragile qui risque de s'écrouler à tout moment. Chaque fois que nous dormons, nous craignons de ne pas nous réveiller le lendemain. La menace de mort nous traque. Pendant la saison estivale, nous effectuons des travaux de réhabilitation pour diminuer l'ampleur des risques d'effondrements pendant la saison hivernale». Pour ce qui est de la famille Zaâtout, composée de six membres, leur mère dira: «En ce qui nous concerne, nous habitons dans cette caserne depuis 14 ans pendant lesquelles nous avons enduré les différentes formes de la misère et de mal vie. Ni eau potable, ni canalisation pour les eaux usées, encore moins d'hygiène… Nos vivons dans un contexte insalubre infecte fertile à l'émergence de toute sorte de maladies. D'ailleurs, la quasi-totalité de nos enfants souffrent de problèmes de santé, notamment, les maladies d'allergie et infectieuses». Les familles vivant dans cette caserne d'interroge sur les raisons d'une telle indifférence affichées par les instances habilitées vis-à-vis de leur situation. «Nous ne leur demandons rien. Tout ce que nous voulons, c'est qu'ils nous sauvent du danger d'une mort certaine», nous dit-on. Afin de connaître la version de la tutelle directe vis-à-vis de ce problème, nous nous sommes rendus au siège de la daïra d'Arzew. Là aucun responsable n'a accepté de nous recevoir et répondre à nos questions.