Difficile de qualifier, par un seul concept, la situation actuelle dans le monde arabe plus particulièrement. L'absence de tradition d'émeutes, et surtout de la durée de celles-ci, rend plus complexes à la fois les aspirations et les réponses qui pourraient les apaiser. En tout cas, la solution définitive ne réside pas dans la répression. Les manifestants savent, à peu près, ce qu'ils veulent, mais pas les forces de sécurité car tout est politisé et ce n'est pas leur rôle que de chercher des solutions. Comment qualifier ce qui se passe dans le monde arabe ? S'agirait-il de rétablir l'ordre public ou d'instaurer ou de réinstaurer la paix ? Il serait vraiment nécessaire de séparer entre émeutes pacifiques, perturbation de l'ordre public et insurrection. Dans quel cas sommes-nous ? Ce sont bien des questions qu'on se pose tout le temps. Les démarches sont différentes et, pour le moment, des analyses ne se sont pas frottées à cette thématique. Le problème des émeutes est qu'au début les pouvoirs en place les considèrent sous une approche exclusivement technique. Les émeutiers sont appelés, par les pouvoirs en place, des saboteurs. Ben Ali, par exemple, les avait qualifiés de terroristes et de criminels. A ce moment, les disperser et les pourchasser relèvent des opérations de rétablissement de l'ordre public. On voit, finalement, que plus les réponses tardent plus les revendications se politisent. Quand on parle de paix, cela veut dire qu'il s'agissait de guerre. Celle-ci doit-elle se faire exclusivement entre ceux qui se combattent sur le terrain «militaire» ou devrait-elle se faire dans le champ politique? La violence, même réduite par rapport à la décennie passée, subsiste encore sans que pour le moment ne soient relevés des éléments qui nous en annoncent la fin prochaine, tandis que les retombées de toute élection montrent que les fractures politiques ne sont pas encore soudées. La paix devrait-elle relever de l'emploi des moyens de forces ? Quelles forces ? Et quelle paix devrait-elle relever de la démarche de réconciliation si tant est que, dans les deux cas, on pourrait user du même concept à savoir la paix ? Même concept, même contenu de celui-ci ? Dans quel cas pourrait-il s'agir d'un rétablissement d'un ordre public gravement et constamment perturbé et dans quel cas s'agirait-il réellement de l'instauration de la paix ? Deux autres questions mériteraient d'être posées. Quels acteurs sont-ils concernés par le rétablissement de l'ordre public et quels acteurs sont-ils concernés par l'instauration de la paix ?