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Anwar Haddam à Algerie Network (2/2): Nous prônions le retour au processus démocratique
Publié dans AlgerieNetwork le 20 - 11 - 2011


Entrevue de Mr. Anwar N. Haddam
avec Algérie Network
réalisée par Mr Brahim Younessi :
Deuxième Partie
6) L'interruption du processus électoral qui a évidemment touché l'ensemble du peuple algérien, vous concerne à titre personnel parce que vous avez été élu très largement dès le premier tour dans une circonscription de Tlemcen, si mes souvenirs sont bons. Le Front islamique du salut s'est engagé dans ces élections législatives très tardivement, à peine un mois, voire moins, avant que ne s'ouvre la compétition. Pourquoi le FIS a-t-il attendu aussi longtemps avant de s'y engager et pour quelles raisons y est-il allé à ces élections alors que des « rumeurs » persistantes annonçaient le coup d'Etat si le FIS venait à remporter les législatives ?
Pouvez-vous confirmer ou infirmer que c'est sur l'insistance du pouvoir lui-même notamment « les pressions » des services de sécurité par l'intermédiaire d'Aboubaker Belkaïd (que Dieu lui pardonne), alors ministre chargé des partis politiques, que le FIS a finalement décidé de présenter des candidats pour donner une crédibilité aux élections s'il venait à les perdre évidemment ? Pensiez-vous, vous-mêmes, que le pouvoir militaire pouvait intervenir pour annuler les élections ? Aviez-vous comme dirigeants du FIS soulevé cette éventualité et pensé que ce même pouvoir allait jeter le pays dans la guerre pour s'y maintenir ? N'eut-il pas été plus politique, j'allais dire plus stratégique, de ne pas participer aux élections, quelles qu'elles soient, pour se consacrer à la construction du parti, à la consolidation de son projet ?
R6. Permettez-moi tout d'abord de rendre hommage encore une fois à notre peuple Algérien qui, lors des élections historiques libres et honnêtes de Juin 1990 et de Décembre 1991, a fait preuve de maturité politique et civilisationnelle, et qui aspirait à un changement pacifique dans le cadre du multipartisme en toute honnêteté et responsabilité.
Revenant à votre question. Il faut noter qu'au fait le FIS s'est engagé effectivement dans les élections parlementaires du 26 Décembre 1991 bien avant le début de la campagne électorale. En effet, la liste des candidats à travers le territoire national a été finalisée par les bureaux locaux du parti et soumise aux autorités compétentes dans les délais requis par la loi. Aussi, le contenu du discours de la campagne électorale a été arrêté bien avant le début de celle-ci. Cependant l'annonce officielle de l'engagement du FIS dans ces élections a été délibérément retardé pour une raison tactique que je vais essayer de résumer ici.
Nous savions que certains « décideurs » au sein ou proche du pouvoir, civils et militaires, faisaient tout pour exclure le FIS du processus démocratique; surtout après les élections municipales du 12 Juin 1990. Ils étaient contre les reformes entreprises par le Président Chadli Ben Djedid au lendemain des événements d'Octobre 1988. C'était le ‘Printemps Algérien' qui a eu lieu il y'a déjà plus de 20 ans, où des centaines de milliers de jeunes algériens été alors descendus dans la rue à travers les villes et les villages du pays réclamant la dignité et la justice sociale.
Ce groupe de décideurs hors la loi savaient que l'Algérie avait besoin d'entreprendre un changement. Cependant, ils voulaient un changement partiel du système politique qui leur préserverait leurs privilèges et leurs positions. Donc ils avaient besoin de ces élections, mais dont ils voulaient “contrôler » les résultats. Ils avaient infiltrés presque tous les partis politiques, le FIS compris, afin de s'assurer un changement de façade ! Ils se sont lancés dans cette aventure périlleuse sans prendre en compte ‘la ligne originelle (khat al assile) du FIS' du Dr. Abbassi, Madani, du frère Ali Benhaj, et des défunts Cheikh Mohamed Said et Abdel Kader Hachani. Le khat al assile, dont ils ignoraient sa représentativité et son poids au sein du peuple, avait promis au peuple de s'engager en politique afin d'accomplir des reformes réelles. C'est en ce sens qu'il faut comprendre la tentative de ces décideurs autoproclamés de changer la loi électorale la veille des élections parlementaires, nous poussant vers la grève nationale de Mai 1991, et par ce fait l'arrestation illégale des leaders du parti au lendemain de celle-ci. Il faut rappeler que l'affaire dite de Guemar entrait dans cette stratégie macabre.
Connaissant les manigances des décideurs, nous leur avions fait croire que le FIS ne participerait pas aux élections sans la libération de ses leaders. S'estimant avoir réussi à pousser le FIS à quitter la compétition démocratique, en insistant à garder injustement nos leaders emprisonnés, ces décideurs ont annoncé par le biais de leur Premier Ministre Ghozali que le pouvoir accepterait les résultats des élections quelque soit le taux de participation. Ce n'est qu'après cette annonce de la part du pouvoir que nous avions annoncé officiellement notre décision qui a été prise bien avant, de participer aux élections législatives malgré que nos dirigeants étaient encore en prison.
Car, comme l'a bien expliqué le défunt Cheikh Mohamed Said, membre du Conseil Consultatif du FIS, dans une interview donnée le 13 Décembre 1991 à Radio Alger en Arabe [Réf.: BBC Monitoring SWB 16 Déc. 1991]:
« Quand le FIS été formé en tant que parti politique, il a choisi la compétition honnête, pour administrer le pays, par le biais du choix du peuple…Le FIS veut le changement global et graduel à travers les urnes et à travers le choix libre du peuple sans censure ou aliénation de sa volonté. »
Donc, la décision de participer aux élections de Décembre 1991 a été une décision interne du FIS. Notre approche était de participer au processus politique, et de procéder, dans le cadre du système politique en place, à des reformes que nous avions présenté au peuple et sur la base desquels il nous a donné sa confiance en tant que nouveau parti de la majorité. Aujourd'hui, après la tragédie nationale causée par le coup d'état de Janvier 1992, nous pensons que le système ne peut plus être reformé ; ce système politique fermé doit être changé. Notre pays a besoin d'un changement global du système politique vers un système meilleur qui sera représentatif du peuple algérien dans sa diversité.
7) On pouvait comprendre l'empressement à vouloir répondre aux attentes de notre peuple qui appelait au nettoiement des « Ecuries d'Augias » mais le devoir du FIS dont le projet devait être approfondi était de calmer les impatiences et de se préparer par la formation d'un personnel politique de bon niveau et la constitution d'une équipe d'expert à assurer l'alternance au pouvoir dans de meilleures conditions ? Qu'est-ce qui motivait cette précipitation à un moment où le chaos gagnait la société ?
R7. A ceux qui nous accuse aujourd'hui de nous être précipité, nous leur rappelons qu'en 1988, l'Etat été au bord de la faillite à cause des politiques suivies par le pouvoir en place à Alger depuis l'indépendance de 1962 ; 80% des entreprises de l'état (le secteur privé été pratiquement inexistant) étaient dans la zone rouge. Après 25 ans de régime de parti unique imposé, les Algériens ont réalisé que le passage d'une société vers une autre plus juste et productive est d'une importance capitale, et aucune réforme, dans n'importe lequel des secteurs de la vie, ne peut réussir sans la participation du peuple par le biais de ses représentants démocratiquement élus.
D'ailleurs, 20 après le coup d'état, et malgré la rente pétrolière, et toute l'aide accordée aux putschistes par la communauté internationale, ces putschistes « sauveurs de la démocratie » en Algérie n'ont fait qu'empirer la situation socio-politico-économique du pays ; l'Algérie est classée aujourd'hui par le FMI parmi les derniers pays quant au processus de développement économico-social. Il est temps que les putschistes et leurs alliés laissent le peuple choisir librement ses représentants et son autorité politique.
Dans l'introduction de l'Avant-projet du programme du FIS, (publié à Alger le 7 Mars, 1989) on peut lire:
« Au moment où le régime en Algérie est incapable de gérer correctement la crise multidimensionnelle qui secoue le pays dans sa profondeur, le peuple algérien se penche sur les meilleures solutions conduisant à s'engager dans un processus de renouvellement inscrit dans un cours résolument Civilisationnelle, menant à une confrontation pluraliste et démocratique, pour établir une société musulmane authentique et ouverte.
La concrétisation des idéaux de justice, de liberté et de démocratie, ne peut se passer d'une organisation qui prend en considération les revendications et les besoins (matériels, morales, et spirituals) dans le but d'embellir les solutions selon les exigences de la renaissance et les impératifs de l'époque. La naissance du Front Islamique du Salut réponds à ce besoin ».
Quant à la partie de votre question faisant allusion que le FIS n'était pas prêt pour gouverner, je ne pense pas que le FIS a besoin aujourd'hui de prouver qu'il avait pu attirer en son sein un personnel politique de haut niveau ainsi qu'une excellente équipe d'experts qui lui avait permis de déjouer tous les complots visant à empêcher le peuple d'exprimer en toute liberté son choix, et qui serait capable de répondre à ses aspiration et défendre ses intérêts stratégiques. D'ailleurs, ces ‘décideurs' hors la loi, ayant perdu la bataille politique face au FIS, ont recouru à la force et à la terreur pour garder le pouvoir.
8) Comme beaucoup d'autres, vous avez soutenu la lutte armée. Vous parliez même de résistance. Vous pensiez donc qu'il fallait répondre par les mêmes moyens à la violence du pouvoir. Pensiez-vous vraiment que vous alliez faire tomber le Régime par le moyen des armes ? Ou alors vous avez utilisé la contre-violence pour obliger le pouvoir à négocier et à revenir aux élections en organisant comme vous le réclamiez un second tour ? Pourtant, le pouvoir militaire démontrait, à chaque fois, sa volonté et sa détermination de clore « définitivement » le dossier du FIS, ce qui fut fait. Vous n'en continuiez pas moins à revendiquer la tenue de ce second tour qui n'a jamais eu lieu ? Vous n'aviez pas d'autres stratégies ? Par exemple, constituer avec vos partenaires de cette époque qui ont eu des sièges, je veux parler du FFS et du FLN, une Assemblée nationale à parité avec les élus du premier tour. Le journal de la République algérienne démocratique et populaire avait publié les noms des candidats définitivement élus. Aux yeux des capitales étrangères qui comptent, cette Assemblée nationale disposait de toute la légitimité pour légiférer et former un gouvernement. Aviez-vous pensé à ce type de riposte ? Et pourquoi ne l'aviez-vous pas mise en œuvre ? Il est vrai que vous aviez mis en place une « Délégation parlementaire du FIS à l'étranger » dont vous étiez le président mais, il me semble, que les chancelleries occidentales notamment ne distinguaient pas bien son rôle dès lors que la lutte armée prenait le pas sur l'action politique. N'avez-vous pas, a posteriori, le sentiment que vous avez raté quelque chose à ce moment là et que vous vous êtes fermés beaucoup de portes par un discours qui ne passait pas ?
R 8. Au contraire mon ami, si la démarche de la Délégation Parlementaire n'était pas efficace, les putschistes n'auraient pas eu recours au faut et usage de faut pour mobiliser les institutions internationales comme Interpole contre nous, et n'auraient pas dépensé des centaines de milliers de Dollars en lobbying auprès des chancelleries occidentales afin de nous faire taire.
La mission de la Délégation Parlementaire du FIS à l'étranger, telle qu'elle a été définie par le Bureau National Exécutif, a été principalement :
1- d'exprimer à l'opinion internationale les souffrances du peuple Algérien, suite à l'arrêt du processus électoral, du 11 Janvier 1992, et ses aspirations à l'exercice de sa souveraineté, à la liberté, et à la justice sociale.
2- De dévoiler la véritable nature du pouvoir en place issu de l'arrêt du processus électoral.
3 -D'œuvrer pour l'élaboration d'une solution politique juste et durable à la crise Algérienne.
Ainsi, cette Délégation Parlementaire exprimait la volonté de la direction du nouveau parti de majorité en Algérie, notamment le FIS, d'engager un dialogue avec les partenaires de l'Algérie et de leur faire comprendre les aspirations du peuple Algérien pour la reconstruction de son état souverain, démocratique et social dans les cadre des principes de l'Islam. Que sa lutte pour une véritable autodétermination ne s'inscrivait pas en opposition à leurs intérêts nationaux légitimes. Au contraire, c'est les peuples souverains qui constituent le véritable facteur de stabilité, et non les dictateurs.
Il est vrai que j'ai soutenu le droit du peuple de se défendre contre les putschistes. Cependant notre Délégation Parlementaire n'a jamais pensée « qu'il fallait répondre par les mêmes moyens à la violence du pouvoir », pour reprendre votre expression. Car la violence du pouvoir est au fait du terrorisme par excellence ! Comment auraient pu des représentants élus du peuple appeler au terrorisme contre leur propre peuple ?
La position sur l'usage de la force dans le conflit algérien des années 1990, que j'ai exprimé à plusieurs reprise au nom du FIS se résume comme suit:
« Le FIS, basé sur son interprétation de l'Islam, a toujours exprimé son outrage à l'assassinat de civils, en particulier les femmes et les enfants.
Le FIS condamne également l'assassinat des membres des familles des « Forces Spéciales » et cela malgré les actes horribles commis par ces «forces de terreur ». Le FIS s'oppose à, et condamne toute attaque contre des individus, femmes ou hommes, qui exercent leur droit d'expression d'une manière pacifique, tels que les politiciens, écrivains, ou journalistes, qui ne dirigent pas ou ne prennent pas part directement aux opérations dites de sécurité contre notre peuple.
La lutte de notre peuple se passe en Algérie et est limitée d l'intérieur de ses frontières, et est une lutte contre la junte qui a confisqué le choix du peuple et qui s'est imposé par la force des armes. »
Toutes mes déclarations publiques ou privées, prouvent que tout en soutenant politiquement et fermement, au nom du FIS, le droit du peuple de défendre ses institutions usurpées par les putschistes, j'ai toujours condamné avec la même fermeté le terrorisme et l'usage de la violence à des fins politiques, et j'ai toujours prôné la solution politique à la crise que traverse l'Algérie. Il ne s'agissait donc pas de vouloir faire tombé le régime par la force comme vous dites, car nous sommes contre l'utilisation de la force pour rester au pouvoir ou d'y accéder.
Pour nous, nous avions défendu le droit du peuple de se défendre contre un pouvoir qui a usurpé son droit à l'autodétermination et son droit de choisir librement l'autorité politique de son pays. Nous prônions alors le retour au processus démocratique interrompu illégalement et inconstitutionnellement par ces « décideurs » hors la loi. Il s'agissait pour le parti de la nouvelle majorité que représentait le FIS de défendre le droit du peuple à sa souveraineté.
En Algérie, les hors la loi étaient et restent toujours les putschistes et non pas les élus du peuple.
Quant à la partie de votre question où vous vous demandiez pourquoi n'y a-t-il pas eu une institution représentant tous les élus du peuple de tous les partis ; permettez moi de préciser ici que la Délégation Parlementaire à l'Etranger avait pour vocation d'être ouverte à tous les élus du peuple quelque soit leur partis d'affiliation. Malheureusement chaque parti avait sa propre stratégie… je dirais de survie… un pied dans l'opposition et un autre …dans l'ombre, attendant que le rapport de force entre les putschistes et le peuple s'éclaircisse ! Enfin, cela est du passée…
9) Vous avez participé à la réunion qui a eu lieu à Rome en janvier 1994 sous l'égide d'une association catholique proche du Vatican. Cette réunion rassemblait un bon nombre de partis engagés dans l'opposition au pouvoir comme le FFS, le FLN, le MDA ou le PT qui ont conclu un « Contrat » dit national dont vous avez été l'un des signataires pour le FIS. Ne pensez-vous pas que cette « alliance » était venue un peu tard face un pouvoir qui avait su convaincre, par l'intermédiaire notamment d'une société civile qui lui était acquise, qu'il luttait contre un « terrorisme islamiste » susceptible de menacer l'Occident ? La bataille politique, et partant la bataille de la communication, n'était pas déjà perdue pour vous ? En aviez-vous conscience à ce moment là d'autant que les divisions dans vos rangs n'étaient un secret pour personne ?
R9. Beaucoup de non sens a été dit et écrit au sujet des rencontres historiques de Rome de Novembre 1994 et de janvier 1995 qui ont abouti à la signature, par les principaux partis politiques vainqueurs des élections parlementaires de Janvier 1992, d'une ‘Plateforme pour une Solution Politique et Pacifique à la Crise Algérienne'. Ce contrat national est l'une des réalisations les importantes et des plus en vue de la Délégation Parlementaire du FIS. Peu de gens connaissent qu'au fait ces rencontres nous ont prie presque une année de préparation, et de consultation entre les membres et conseillés de la Délégation Parlementaire, avant de soumettre l'avant-projet au Bureau National Exécutif du parti à l'intérieur du pays qui a approuvé notre proposé par écrit, de la part du défunt Abdel Rezzag Redjam Allah Yarhamou. Il faut noter que les 2 responsables du parti emprisonnés, Dr. Abbassi Madani et Akh Ali Benhaj, ont eux aussi approuvé par écrit la tenu de ces rencontres.
Aussi, malgré le fait que les autres partis élus aux élections de Décembre 1991 ont choisi de ne pas faire partie de la Délégation Parlementaire, nous avions toujours pensé que toute recherche pour une solution à la crise Algérienne devrait être inclusive de tous les courants de l'opposition dans leur diversité. C'est ainsi que lors des préparations, j'avais insisté auprès de St. Egidio, l'hôte des rencontres de Rome, d'inviter toutes les parties concernées sans exclusion aucune, y compris les putschistes.
Ce contrat national a adressée le véritable problème que vit notre peuple : l'intrusion de l'armée et les forces de sécurité en politique.
Aussi, malgré la manipulation par les putschistes des partis politiques, le FIS inclus, nous les représentants des principaux partis politiques algériens avions réussi à proposer ensemble une solution concrète à la crise ; solution qui dans ses fondements reste toujours d'actualité même plus de 15 années après.
Enfin tout cela est du passé. Je voudrais bien si vous le permettez que l'on revienne au présent, et que l'on parle du futur.
Car 20 ans après le coup d'état de Janvier 1992, la situation de notre pays s'est énormément aggravée. Notre peuple vit une faillite sociale qui est devenue intolérable. Comme nous l'avions noté dans notre dernier Mémorandum, les putschistes de janvier 1992 ont essuyé un grand échec dans la construction d'un état dans lequel le citoyen jouira de la liberté et dont l'économie sera solide, crédible, et compétitif dans le système économique mondial. Ceci à cause de l'absence de pouvoir politique émanant du peuple et reflétant sa diversité, Aussi, notre priorité aujourd'hui au sein du MLJS est de contribuer aux efforts nationaux pour le changement du système politique de notre pays l'Algérie. En effet, 50 ans après son indépendance, notre peuple a le droit de se doter d'un système politique qui lui permettra enfin d'atteindre l'objectif de la guerre de libération du 1er Novembre 1954 qui lui a coûté un dixième de ses enfants…
10) Depuis quelques années déjà, vous ne vous situez plus dans le Front islamique du salut. Vous avez créé un nouveau parti : le Mouvement pour la Liberté et la Justice Sociale. Pour quelles raisons vous avez abandonné le FIS ? Il me semble qu'il est important que les Algériens auxquels vous faites des propositions sachent pourquoi vous n'êtes plus FIS après l'avoir tant servi et avoir tant sacrifié durant de longues années ? Vous n'êtes pas le seul dirigeant du FIS à l'avoir quitté et avoir créé une nouvelle structure politique. Certains de vos proches qui ont fait un long parcours avec vous se situent également ailleurs. Qu'est-ce qui différencient par exemple votre Mouvement, le MLJS, et le Mouvement Rachad ?
R10. Je préfère présenter à vos lecteurs notre Mouvement pour la Liberté et la Justice Sociale (MLJS), libre à eux d'apprécier ses similarités et ses différences avec les autres mouvements algériens que je respecte tous.
Comme je l'ai indiqué dans ma réponse à votre 5eme question de cette entrevue, nous les politiciens d'al Bina al Hadari avions rejoint le FIS sur la base de l'avant-projet du programme du parti tel que présenté au peuple et qui répondait à nos aspirations en tant que courant algérien réformiste. Nous sommes toujours fideles à nos aspirations de servir notre peuple en continuant de participer aux efforts nationaux pour la réalisation du but de la révolution de Novembre 1954, à savoir : obtenir l'indépendance nationale par 1- la restauration de l'Etat algérien, souverain, démocratique et social, dans le cadre des principes de l'Islam. 2- le respect des libertés fondamentales, sans discrimination ethnique ou religieuse.
Etant donné le verrouillage politique que vit notre pays, et l'absence de toute possibilité dans un tel climat de procéder à des reformes internes dans le fonctionnement du FIS et les prises de position en son sein, nous, les membres du Comité National Exécutif, avions présenté notre démission en Aout 2004 ; libre à chacun de nous selon ses moyens propres et convictions de continuer les efforts entrepris au sein du FIS pour le rétablissement de la souveraineté populaire. Cette démission collective ne nous a pas empêché, du moins de ma part, de garder de bonnes relations avec le Président du FIS, Dr. Abbassi Madani, et son Vice Président, le Frère Ali Ben Haj. Apres cela, moi-même avec un groupe d'algériens réformistes, comprenant entre autre des anciens élus et membres du FIS, dont la quasi-totalité des membres sont à l'intérieur du pays, nous avions fondé le MLJS, dont l'existence a été rendu publique par un communiqué de presse publié le 11 Janvier 2007. Notre priorité alors était de contribuer aux efforts nationaux pour faire réussir une réelle et véritable réconciliation nationale. Dans ce communiqué nous avions déclaré que:
« Vue l'absence totale des conditions nécessaires pour effectuer toute activité politique pluraliste partisane libre consécutive au blocus imposé à notre peuple, nous déclarons la formation{ non pas d'un parti politique, mais seulement celle} d'un groupe de travail du nom de "Mouvement pour la liberté et la justice sociale" pour contribuer, de l'intérieur du pays, en toute responsabilité, à réactiver le processus de réconciliation nationale pour unir le peuple et oublier les rancœurs , tourner la page et faire sortir le pays de sa crise, pour réaliser ce pourquoi nous avons milité depuis longtemps, la paix, la stabilité, les libertés, la justice sociale et le développement. »
Je rappelle ici que, tout en ayant encouragé l'idée de réconciliation lancée par le Chef de l'état (une initiative qui, il faut reconnaitre, a annulé les procès injustes et illégaux contre des milliers d'opposants au coup d'Etat du 11 janvier 1992 ), nous avions toujours considéré et nous le réaffirmons ici, en tant que représentants du peuple issus des élections historiques de Décembre 1992, qu'une authentique réconciliation devra être celle conçue par tout le peuple algérien, seul et unique source de légitimité. Ceci impose, avec des garanties juridiques et sécuritaires, l'association effective du peuple à tout dialogue sincère par la participation de toutes les forces vives du pays qui le représentent, particulièrement celles qui ont été injustement écartées dans la conception du projet présidentiel.
Pour revenir au sujet du MLJS, une fois les conditions requises pour une action politique propre seront réunies dans notre pays, ce groupe de travail pourra se convertir en parti politique.
Je peux assurer vos lecteurs en toute confidence que les cadres de ce future parti ont une vision claire sur la façon de surmonter les problèmes rencontrés par notre peuple, de panser les blessures causées par la tragédie nationale, et de préparer les conditions appropriées pour un dialogue national, ouvert et sérieux entre toutes les forces vives du pays sur notre devenir commun. Un dialogue effectif qui permettra de regagner la confiance perdue entre gouvernants et gouvernés, de promouvoir la justice sociale, de soutenir le développement, et d'assurer la liberté, la paix, la sécurité, et le bien-être des citoyens afin de leur permettre d'envisager un avenir meilleur.
Nous, en tant que citoyens Algériens réformistes, sommes déterminés, avec l'aide d'Allah et par cette institution politique nouvelle, de contribuer aux efforts nationaux entrepris pour faire sortir l'Algérie de sa crise multidimensionnelle et améliorer les conditions du citoyen, et pour réhabiliter notre pays et l'élever au rang des nations respectables.
Ainsi, nous déclarons notre intention de contribuer, par le biais du nouveau parti politique, à la protection des intérêts stratégiques de notre pays, de son indépendance, ainsi que sa sécurité nationale, alimentaire et militaire. Nous soulignons ici que, dans notre action politique, nous sommes engagés au respect et à la promotion du pluralisme politique et la diversité de notre société.
11) Vous vous manifestez souvent par des textes comme en février dernier avec votre « Appel pour un consensus national sur les fondements d'un système politique nouveau en Algérie » et celui, plus récent, qui date du 10 juillet, que vous appelez « Mémorandum du Mouvement pour la Liberté et la justice ». Pourquoi deux textes de cette ampleur en moins de six mois d'intervalle ? Est-ce parce que le premier qui recoupe d'ailleurs le second n'a pas eu d'écho ou parce que vous estimez que la situation politique a changé en Algérie à tel point que l'analyse doit en être revue et rectifiée? Ou alors vous livrez vos réflexions au moment où le pouvoir a lancé un « débat pour les réformes politiques » ? Avez-vous été sollicité de quelque manière que ce soit à participer à ce « débat » ?
R11. Non, nous n'avions pas été sollicités à participer à ce « débat ». Cela ne nous empêche pas, en tant que citoyens Algériens concernés par l'intérêt de la société et l'avenir du pays, d'œuvrer pour l'accomplissement d'un véritable débat national inclusif de tous les courants nationaux politiques ou idéologiques. Dans le Mémorandum du MLJS pour une ‘Plate-forme Nationale pour un Changement Global et Graduel du Système Politique en Algérie', nous avions résumé notre vision concernant le changement en Algérie.
Ainsi, pour nous au MLJS, notre peuple mérite, 50 ans après son indépendance, de se doter d'un système politique qui lui permettra de compléter son indépendance et d'atteindre enfin l'objectif pour lequel il s'est engager dans sa guerre historique de libération. Je dis bien ‘sa' guerre de libération et non pas celle de l'Armée de Libération Nationale comme certains « experts » veulent aujourd'hui nous le faire croire ! Cependant nous prônons un changement, certes global, mais d'une manière graduel afin d'éviter de causer de nouvelles souffrances à notre peuple.
Dans ce mémorandum, nous avions aussi clarifié un certain nombre de points que nous proposons pour le débat national pour adoption comme partie intégrante de la Plate-forme.
Ainsi, nous clarifions notre point de vue sur les éléments constitutifs de l'identité nationale, en insistant sur le droit des citoyens de s'organiser en associations à caractère culturel ou religieux afin de promouvoir ces éléments, sans pour autant en monopoliser l'expression.
Nous avions abordé aussi la question de la relation de l'Etat et les partis politiques avec la Religion. Nous avions basé notre approche à cette question d'une part sur un principe de la jurisprudence musulmane (qanun fiqhi) qui stipule que personne n'a le droit de monopoliser l'expression de la vérité religieuse. D'autre part sur celui qui au nom de la liberté, permettrait aux différents partis de présenter des programmes politiques s'inspirant de leur propre interprétation de la religion ; libre au peuple de choisir en toute liberté entre les différents programmes.
Nous abordons aussi, dans le mémorandum, la question du processus démocratique qui vise à établir un système de gouvernance démocratique.
Finalement, nous avions adressé la question des droits de la citoyenneté. Nous proposons a ce sujet l'élaboration d'une ‘Charte de la Citoyenneté'…
12) Avant d'aborder avec vous certaines questions de doctrines, en tout cas conceptuelles, pourriez étayer votre proposition d'annuler l'actuelle constitution pour revenir provisoirement à la constitution du 23 février 1989 en attendant, dites-vous, qu'une Assemblée constituante élue élabore une nouvelle constitution ?
R 12. En effet, le MLJS propose aussi dans le Mémorandum, comme contribution au débat national, que certaines mesures devraient être prises afin de parvenir effectivement à un changement global, mais de manière graduel.
Ainsi, entre autres, il y est proposé des mesures permettant d'assurer une coupure réelle avec le système politique en place, et avec toutes les mesures prises inconstitutionnellement après le coup d'état de Janvier 1992. L'une d'elles concerne la constitution qui a été changée de manière inconstitutionnelle. Ainsi, le MLJS propose l'annulation pure et simple de la constitution actuelle, et de la remplacer par celle de Février 1989 durant la période transitoire, jusqu'à l'élaboration d'une nouvelle constitution par Une Assemblée Nationale Constituante dûment élue. Il est vrai que toutes les constitutions ont été imposées par le pouvoir depuis l'indépendance. Cependant, à notre avis, la Constitution de Février 1989 est la plus appropriée, car c'est dans son cadre que le peuple, dans sa grande majorité, a entamé les seules élections libres et multipartites que l'Algérie a connu. Cela permettra à notre peuple d'éviter le vide constitutionnel durant la période transitoire…
13 ) Vous avez appelé le parti que vous avez créé « Mouvement pour la Liberté et la Justice Sociale ». Quel sens philosophique et juridique donnez-vous à ce concept de liberté ? La liberté est certes naturelle à l'homme mais que signifie-t-elle dans votre conception ? D'autre part, vous parlez de système républicain et de République. Comment définissez-vous cette République dans un pays sociologiquement musulman ? Vous citez, à cet égard, l'article 1 de la Déclaration de Novembre qui ne dit pas sous quelle forme l'Etat algérien serait restauré, il devait être démocratique et social, dans le cadre des principes de l'islam. C'est parce que cette dernière référence avait laissé penser à certains qu'elle pouvait signifier la restauration du « califat » ou de la « monarchie » que le « Congrès de la Soummam » a amputé ce but « des principes de l'islam » et changé le mot « restauration » par celui de « renaissance d'un Etat algérien sous la forme d'une république démocratique et sociale et non la restauration d'une monarchie ou d'une théocraties révolues ». C'est seulement en août 1956 que la forme républicaine est affirmée, et cette forme républicaine a été affirmée non plus dans le cadre des principes de l'islam mais dans un cadre laïc. Quelle est votre appréciation à ce sujet ? Et considérez-vous la Plateforme de la Soummam comme un texte fondateur de la République algérienne telle que vous la prônez vous-même aujourd'hui ?
Comme moi, vous avez remarqué que tous nos textes fondamentaux parlent de démocratie, d'Etat démocratique sans dire ce que l'on désigne par ce concept, ce qu'il renferme ? Comment définissez-vous quant à vous la démocratie, en dehors évidemment de son acception habituelle ? Et peut-il y avoir une version islamique de la démocratie ? Parlez de choura, par exemple, serait-il un détournement de la démocratie ?
R 13. Je vais essayer de répondre point par point a votre question:
La liberté est pour nous au MLJS, le fondement du système politique s'inspirant des valeurs et des objectifs de l'Islam, du moins tel que nous les avions compris dans notre école al Bina al Hadari. Nous tenons notre conception de la liberté de notre leader spirituel, le défunt Cheikh Ibn Badis. Il a écrit un important article à ce sujet et que nous politiciens avions adopté comme texte de référence pour notre action politique. Ce texte a pour titre : ‘ Les Fondements du mode de gouvernement en Islam' ‘, ou ‘Ussul al Wilaya fil Islam', publié en Janvier 1938 dans sa Revue al Chihab. Deux années auparavant, il a publié dans la même revue en Janvier 1936, un très bel essai titré ‘Fête de la Liberté', où il a écrit : « …Le droit de l'être humain à la liberté est similaire à son droit à la vie,…Allah a envoyé au fait les prophètes pour enseigner aux êtres humains comment vivre comme des personnes libres…et comment organiser leur vie et leur liberté afin qu'ils se respectent mutuellement …et utilisent au maximum cette liberté pour leur bien être… ».
Ainsi, la liberté pour moi est l'essence même de la vie ; elle nous permet d'apprécier la grandeur de notre Créateur, Allah Subhanahu wa Ta'ala !
Vous dites aussi, au sujet de la référence : ‘dans le cadre des principes de l'Islam', dans la déclaration du 1ier Novembre 1954, qu'elle avait laissé penser à certains qu'elle pouvait signifier la restauration du califat ou de la monarchie, et que le « Congrès de la Soummam » a amputé ce but « des principes de l'islam » et changé le mot « restauration » par celui de « renaissance d'un Etat algérien sous la forme d'une république démocratique et sociale et non la restauration d'une monarchie ou d'une théocraties révolues ». Je ne pense pas que c'est la réelle justification, car dans la culture politique des algériens, il n'a jamais été question d'instaurer une théocratie…Les écrits des membres de l'Association des Ulama Algériens sont claires a ce sujet.
Ainsi, avec tout le respect et considération que je dois à nos ainés les organisateurs du Congrès de la Soummam, ils n'avaient pas à se substituer au peuple et définir en son absence la nature et l'idéologie du système politique (Républicain, Monarchie, ou autre) de son future Etat. Cela aurait dû être décidé par une assemblée nationale constituante dûment élue…
De notre part, au MLJS, nous soutiendrons au sein de l'Assemblé nationale Constituante la forme républicaine de l'Etat Algérien, où l'autorité politique émane du choix du peuple, selon un processus démocratique que nous avions décrit dans notre dernier mémorandum.
Ainsi, le MLJS sciemment considère la Déclaration du 1ier Novembre 1954 comme étant le texte fondateur par excellence de l'état Algérien modern. C'est sur la base de ce texte historique inclusif que le peuple algérien a répondu dans sa quasi-totalité à l'appel de révolutionnaires qui étaient, il faut le rappeler, de jeunes inexpérimentées et inconnues. Ces jeunes avaient cependant fait appel à des sages, à l'instar de Cheikh Abdellatif Sultani, Allah yarhamou, qui connaissaient l'histoire et la culture du peuple Algérien. Ainsi ils ont élaboré ce texte historique qui a su faire appel à l'âme profonde de ce peuple glorieux.
L'Histoire est très importante pour comprendre le présent et œuvrer pour un futur meilleur. Cependant, l'écriture de l'Histoire demande un minimum de liberté afin qu'elle soit écrite de manière contradictoire par tous ses acteurs. Ainsi, œuvrons tout d'abord pour une veritable autodétermination de notre peuple, afin qu'il puisse s'exprimer en toute liberté, et dans sa diversité, sur son Histoire, et surtout sur la nature de l'Etat moderne qu'il voudra bâtir.
14) Pour terminer, vous parlez dans votre dernier mémorandum d'une nouvelle vision de la situation. Pourriez-vous nous en tracer les quelques lignes principales ? En même temps, vous appelez à un modèle alternatif dont vous ne donnez pas le contenu ? Pourriez nous en dire un mot ?
R 14. En effet, afin que le changement tant souhaité du système polique en Algérie nous mène vers un système meilleur, sans causer a notre peuple de nouvelles souffrances, il nous faut ; à nous tous algériennes et algériens, avoir une nouvelle vision de la situation et pour son traitement. Une vision capable de comprendre clairement les exigences du présent et ses enjeux.
Le monde change continuellement. L'économie politique des relations internationales nous enseigne que la compréhension des affaires internationales est extrêmement difficile, voire impossible sans un sens évident de la façon dont la politique et l'économie sont liées. Pour cela, il nous faut avoir une nouvelle vision nous permettant de comprendre les véritables enjeux des uns et des autres sur la scène internationale…ainsi que leurs véritables motivations.
Il faut aussi comprendre que la nature et l'étendue de la participation d'un pays dans dans l'économie mondiale, et sa capacité de défendre les intérêts stratégiques de son peuple, sont fortement affectées par des décisions politiques prises au sein de ses frontières. Pour cela nous appelons, loin de toute démagogie, à un changement du système politique accompli par les algériens sans aucune ingérence étrangère ; un changement global et graduel, avec la participation de tous ceux qui croient réellement au changement, militaires ou civiles, de l'intérieure du pouvoir ou de l'extérieure.
Pour réussir un tel changement, il nous faut comprendre les changements qu'a subit notre société et accepter sa diversité.
Il nous faut prendre conscience que les sociétés changent… toutes les sociétés. Nous avions un exemple malheureux dans le tragique événement que vient de vivre la Norvège le 22 Juillet dernier, où plus de 75 jeunes innocents sont tombés victimes d'une attaque terroriste horrible de la part d'un certain Anders B. Breivik qui n'a pas su accepter le changement qu'a connu sa propre société norvégienne. Notre société algérienne a aussi changé… il faut s'y accommoder… C'est pour cela que nous appelons pour un nouveau système politique qui soit représentatif de la société dans sa diversité.
Réponses aux questions de Shayma Marion Renaud :
15- Lors de l'article parut dans algérie Network et intitulé' Mémorandum du Mouvement pour la Liberté et la justice', vous parlez de la mise en place d'une "Plate-forme Nationale pour le Changement Pacifique du Système Politique».
Après l'échec de la CNCD et la difficulté de partis d'opposition tels que le FFS à renouer avec le peuple, comment pensez vous mettre en place une telle initiative à l'heure où la jeunesse algérienne n'a plus confiance en ses politiques?
R15. En effet, la jeunesse algérienne, et le peuple algérien en général, n'a plus confiance en la classe politique « officielle » cooptée par le pouvoir. Je ne pense pas cependant que le FFS en fait partie; ses récents problèmes internes sont du en grande partie aux manigances du pouvoir visant à maintenir le vide politique totale dans le pays.
Ayant pris en considération le verrouillage politique dans le pays, le MLJS dans ce Mémorandum, appelle les associations de jeunes et les partis et personnalité politiques : 1- de dépasser nos différences idéologiques et politiques, 2- de coordonner nos efforts, et 3- de rentrer en communication direct avec notre peuple en organisant ensemble, en premier lieu dans des salles de conférence à travers le pays et avec une couverture médiatique internationale appropriée, un débat national populaire, ouvert et élargi, pour élaborer une plate-forme national délimitant les mesures à entreprendre, et définissant le but du changement du système politique, ainsi que ses fondements.
16- Vous évoquez l'ouverture à tous les partis et mentionnez le cadre des principes islamiques, de plus vous rappelez votre statu d'ancien député -élu mouvance FIS (mouvement dont vous avez été l'un des représentants de l'instance exécutive à l'étranger), quelle est, à l'heure actuelle votre positionnement vis à vis d'Ali Belhadj, qui représente aux yeux de nombreux algériens d'obédience islamique, la seule vraie opposition au pouvoir en place?
R16. Ali Benhaj est un frère pour moi. La sincérité du frère Ali Benhaj ainsi que sa dévotion pour l'Islam, notre peuple et notre pays, lui ont value une place de choix dans le cœur d'un grand nombre d'Algériens. Qu'Allah le protège. Comme je l'ai indiqué plus haut, malgré que j'ai quitté la direction du FIS, j'ai gardé de bonnes relations avec lui. Ali Benhaj est une personnalité nationale ; c'est l'une des importantes voies opposantes au pouvoir. Cependant, un changement réel et effectif du système politique demande la coordination entre institutions structurées et organisées, avec des processus de décision bien définies…leurs assurant une immunité maximale de toute infiltration ou manipulation des DRS et autres services hostiles à tout changement effectif en Algérie…
lire aussi la première partie de l'entretien :
Anwar Haddam (1/2); Le Mouvement al- Bina al –Hadari œuvre pour une société algérienne :


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