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Schizophrénie: la difficulté de la prise en charge face à la complexité de la pathologie (conférenciers)
Publié dans Algérie Presse Service le 16 - 06 - 2019

La prise en charge de la schizophrénie fait face en Algérie à diverses contraintes, notamment en nombre de praticiens spécialisés et en structures, d'autant plus accentuées par la nature complexe de la pathologie, ont relevé, samedi à Alger, des intervenants lors d'une conférence dédiée à la prévention de celle-ci.
Tout en précisant que la tendance universelle de l'évolution de la schizophrénie est de 1 % de la population globale, le Pr Mohamed Chakkali, sous-directeur de la Promotion de la Santé mentale au ministère de la Santé, a révélé, qu'en Algérie, seulement 1 millier de psychiatres et autant de psychologues sont chargés du suivi de prés de 42.000 malades, à l'échelle nationale.
Par ailleurs, un "déficit" est ressenti en termes de lits, le nombre de 5000 actuellement disponibles au niveau des structures de soins étant en-deçà des besoins, a-t-il déploré, soulignant l'importance de la formation spécialisée, face à une maladie nécessitant une "continuité et un rééquilibrage" en soins, aussi bien en hospitalisation qu'en ambulatoire. A ce propos, le même responsable a plaidé pour "une normalisation" du recours à l'électrochoc, tout en insistant sur la notion du respect des droits de l'homme, dans la mesure où il est établi que celle-ci est souvent bafouée dans les services de santé mentale, de par le monde.
Le Pr Chakkali a également évoqué le problème de non application des textes réglementaires et a appelé à la mise en place de "passerelles" entre les secteurs public et privé ainsi qu'à la sensibilisation de la société quant à une "meilleure connaissance" de la maladie. Celle-ci, a-t-il expliqué, étant entourée de "tabous" et faisant l'objet de "discriminations". En outre, il a recommandé la "consolidation de la multi-sectorialité", la schizophrénie interpellant plusieurs secteurs concernés comme ceux de l'Education nationale, de la Solidarité nationale, ainsi que l'application des textes réglementaires inhérents à la prise en charge de cette maladie.
Autant d'axes qui ont été intégrés dans le Plan national de Promotion de la Santé mentale, a-t-il assuré, mais dont la mise en œuvre nécessite un "long chemin" à parcourir, d'autant plus que l'origine de la schizophrénie demeure inconnue et est multiforme. "C'est une maladie très lourde et très invalidante et la seule ou le malade n'a pas envie de se soigner, ce qui rend la tâche très difficile", conclut le Pr Chakkali.
Pour le Professeur en psychiatrie, Farid Kacha, la complexité de la maladie réside dans "la difficulté d'identification" de ses symptômes par le praticien, dés lors que le malade fait face à un "désordre de la perception de la réalité", explicite-t-il, notant l'impératif de lui administrer un "traitement" pour rééquilibrer celui-ci. A ce sujet, il évoquera l'importance pour les parents "d'être proches de leurs enfants dés leur jeune âge afin de détecter" les symptômes révélateurs de troubles mentaux, faisant savoir que les médicaments destinés à la schizophrénie ne font pas partie de ceux pour lesquels les toxicomanes observent une addiction.
La schizophrénie face à la précarité sociale
Présidente de l'Association des parents et amis des malades mentaux (APAMM), Mme Salima Khireddine, a axé son intervention sur la dimension sociale de la maladie, dont la prise en charge est contrariée par la précarité de nombreuses familles, a-t-elle relevé, qualifiant de "dérisoire" l'aide financière octroyée aux malades. Rappelant que tout patient majeur peut bénéficier de 4000 DA, l'intervenante a fait état de nombreuses familles en charge de plus d'un (01) malade mental, évoquant le cas d'enfants issus des mariages consanguins, souvent à l'origine des troubles mentaux, citant l'exemple d'une famille comptant sept (07) enfants tous atteints de schizophrénie, de trisomie, de surdité, de mutisme et autres troubles psychiques.
L'association, qui a vu le jour en 2000 et activant à Alger, s'attèle comme elle le peut, sans subvention étatique aucune et au gré de la générosité de tiers, à aller vers les malades, dont beaucoup ne sont pas déclarés en raison du « "tabou et de la honte" qui entourent toute pathologie mentale, indique Mme Khireddine, faisant savoir que son association compte plus de 500 adhérents.
Aussi, plaide-t-elle pour une "sensibilisation" des parents et des patients eux-mêmes pour appréhender plus correctement la maladie et pour que les parents des concernés acceptent de soigner leur progéniture en souffrance, car, argumente-t-elle, "plus les soins tardent, plus sera lourde la prise en charge médicale". Ceci, poursuit-elle, d'autant plus que celle-ci est "économiquement très coûteuse", sachant que la durée minimum d'une hospitalisation se situe souvent entre 4 et 5 mois au moment des crises.
Se réjouissant de la décision, prise en 2002, de créer des centres intermédiaires dédiés à la santé mentale, à travers le territoire national, elle déplorera néanmoins que seul celui d'Alger, sis à Bouchaoui, est "concrètement fonctionnel", faisant savoir que l'établissement prend en charge les malades sur le plan psychothérapique, "une fois stabilisés" en milieu hospitalier.
Cette rencontre, première du genre, a réuni notamment des spécialistes algériens et étrangers, aux côtés de malades et leurs parents, et a permis aux participants de mieux s'imprégner des caractéristiques et des modalités de prise en charge de la maladie, s'agissant notamment des nouveautés thérapeutiques introduites à l'échelle mondiale.
La schizophrénie est un trouble mental sévère et chronique appartenant à la classe des troubles psychotiques qui apparaît généralement au début de l'âge adulte (entre environ 15 et 20 ans), à la même proportion chez les femmes et les hommes. Ses symptômes s'organisent autour de trois axes que sont la désorganisation ou la dissociation, le délire paranoïde ainsi que les symptômes déficitaires ou négatifs (repli sur soi, désinvestissement, diminution des capacités de penser, de parler, d'agir, etc).


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