L'astronome musulman Abderrahmane Al Sufi (903-986) a été le premier à établir une carte du ciel avec des dessins indiquant le positionnement exact des étoiles, "demeurée valable jusqu'à aujourd'hui", a indiqué lundi un chercheur français lors du 9e festival d'astronomie populaire de Constantine, ouvert vendredi. Patrick Fuentes de la Société astronomique de France a souligné au cours d'une communication sur le livre de ce savant intitulé "le Catalogue des étoiles fixes", "la précision avec laquelle Al Sufi, a pu, pour la première fois au monde, établir une carte avec dessins, situant le positionnement des étoiles avec une exactitude telle que cette carte demeure toujours valable aujourd'hui". Avec les fabuleux moyens technologiques disponibles aujourd'hui, "l'on n'a pas pu faire mieux que cette carte du 10e siècle établie avec des moyens de mesure rudimentaires", dira le conférencier, signalant à ce propos que les moyens de mesure utilisés par Al Suffi pour obtenir des calculs d'une si admirable précision, se résumaient à la coudée, le doigt, la stature d'un homme ou la longueur d'une lance. Illustrant ses propos avec une projection de diapositives des dessins élaborés par Al Sufi, le conférencier soulignera que les astronomes avant ce savant, née à Rai en Perse et qui a vécu à Baghdad, "se contentaient de décrire avec des mots le positionnement des étoiles sans jamais penser à établir de cartes". "C'est à partir de la carte d'Al sufi que les fameux Astrolabes, développés lors de la civilisation arabo-musulmanes, ont pu être construits" dira le conférencier, précisant que les travaux de cet astronome ont apporté un "plus conséquent" aux travaux de Ptolémée. Al Sufi a également découvert et décrit la nébuleuse d'Andromède qui n'a pu être observée en Europe qu'après l'invention du télescope, soit quelque 6 siècles après lui, précisera le conférencier qui n'a pas manqué de souligner les connaissances "étonnement vastes" de cet astronome musulman qui a pu cataloguer et décrire quelque 1.022 étoiles pour lesquelles il a trouvé des noms et même plusieurs noms pour chacune. Les présents à la conférence parmi lesquels de nombreux membres d'associations et d'organismes d'astronomie du monde arabe, ont proposé à ce que la nébuleuse d'Andromède soit nommée du Nom d'Al Sufi puisque il fut le premier à la découvrir. M. Fuentes, faisant part de son accord avec cette proposition, a promis de mettre à contribution le poids de la Société Astronomique de France pour appuyer cette demande auprès de l'Union Internationale d'Astronomie, "seul organisme dans le monde habilité à donner des noms officiels aux corps célestes". "Ce savant qui a pu aboutir à des résultats aussi incroyables avec des moyens rudimentaires, demeure malheureusement peu connu et insuffisamment valorisé dans le monde arabe et musulman", dira le conférencier déplorant que beaucoup de ses œuvres aient été perdues. Selon le conférencier qui s'est basé sur des citations contenues dans le "Catalogue des étoiles fixes", Al Sufi " a dû écrire quelque 5 livres mais seules des traces de ce dernier ouvrage ont pu être retrouvées sous forme de très mauvaises copies pour la plupart". Le chercheur s'est basé sur une copie de la bibliothèque de Saint Petersburg qu'il estime être la plus proche de l'original."La plupart de toutes les autres copies connues ont été altérées par les scribes qui les ont tellement recopiées que les positions des étoiles s'y trouvent faussées", a déploré le conférencier, en souhaitant de voir des initiatives naître afin d'amener les familles qui détiennent des manuscrits à les remettre aux bibliothèques et autres structures compétentes, afin d'en faire profiter la recherche. L'exemple de l'association Sirius de Bejaia qui est arrivée à retrouver chez une famille un manuscrit d El Challati dont elle fait publier un article sur le contenu, est à suivre en la matière, dira M. Fuentes, signalant que la Société Astronomique de France (la plus ancienne association d'astronomie au monde) a trouvé cet article si intéressant, qu'elle l'a publié à titre d'encouragement dans sa revue Astronomie.