Des spécialistes en conservation de manuscrits ont unanimement souligné, dimanche à Alger, l'importance de trouver les moyens de mettre en valeur et de redonner vie aux manuscrits scientifiques algériens, en procédant à une étude approfondie afin de faire connaître leurs contenus et mettre en lumière les contributions de leurs auteurs parmi les savants algériens dans les différents domaines scientifiques.Supervisée par la ministre de la Culture et des Arts, Mme Malika Bendouda, la Bibliothèque nationale d'Algérie (El Hamma) a organisé, à l'occasion du Mois du Patrimoine (18 avril – 18 mai) et en célébration de la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur (23 avril), une conférence scientifique intitulée « les manuscrits scientifiques algériens », lors de laquelle le directeur de la Bibliothèque nationale, Mounir Behadi a indiqué que cette rencontre vise à « mettre en lumière des modèles de manuscrits scientifiques conservés à la Bibliothèque nationale et à les étudier de manière méthodique ». Cette rencontre a également pour objectif de « soulever des questionnements scientifiques et juridiques sur ces manuscrits, en vue de cerner leurs contenus et d'identifier les moyens de leur vérification, protection et valorisation », a-t-il ajouté. Il a, à cette occasion, appelé, à la « nécessité de distinguer » entre le manuscrit original et sa copie, afin de définir les modalités de son traitement en termes de consultation, de conservation et de protection, précisant que « le manuscrit original requiert une approche scientifique et juridique rigoureuse pour son traitement et sa restauration, contrairement à la copie qui ne fournit pas l'ensemble des données liées à l'original ». Il a, par ailleurs, insisté sur l'importance d'instaurer une « conception juridique claire » définissant avec précision les termes « original » et « copie », estimant que cela permettrait de « faciliter les opérations de circulation et d'accessibilité », et d' »ouvrir la voie à une vision moderne conférant aux manuscrits une valeur au sein d'un marché culturel organisé et régulé ». De son côté, la chercheuse Benyahia Fatouma a présenté une lecture du manuscrit d'un dictionnaire médical intitulé « Al-Minha al-Qoudoussia fi al-Adwiya al-Qamousiya » (163 pages) de l'érudit algérien Ahmed Ben Mohamed Ben Ali Ibn Sahnoun, considéré parmi les pièces rares et précieuses conservées à la Bibliothèque nationale dans le domaine de la médecine et de la pharmacie, qui est « en bon état », malgré qu'il remonte à l'an 1204 de l'hégire. L'intervenante a souligné que ce manuscrit « est classé parmi les œuvres rares à l'échelle mondiale, dont il n'existe pas d'autres exemplaires dans les autres bibliothèques, ce qui lui donne encore plus de valeur scientifique et patrimoniale ». Elle a également affirmé la nécessité de le faire connaitre et de l'étudier en vue d'en valoriser le contenu et de le mettre en avant à l'échelle internationale. Pour sa part, le chercheur en Islamologie, Ahmed Guerig Hassen a évoqué la dynamique de transmission des connaissances et de succession des civilisations, affirmant que l'Algérie a constitué « un espace important » pour cette interaction civilisationnelle. Le chercheur a présenté un exemple de ses recherches en matière de recensement des vieux manuscrits sur le patrimoine astronomique et les calendriers qui étaient utilisés en Algérie durant le 19e siècle et en début du 20 siècle, en se basant sur « l'index des manuscrits sur l'astronomie » au niveau de la bibliothèque nationale et celui « des manuscrits algériens sur l'astronomie » que comptent les bibliothèques mondiales. Pour sa part, le chercheur Abderrahmane Dhouib a salué la valeur du patrimoine scientifique du savant Ahmed Ibn Kassem el Bouni qui a laissé « plus de 200 manuscrits dans divers domaines comme la médecine, l'astronomie et le hadith », précisant que ces œuvres sont publiées dans les plus grandes capitales du monde ».