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Ghaza, « l'adolescente »
Publié dans El Watan le 28 - 01 - 2009

A la fin de sa vie, Goethe le créateur de Faust, mais repu d'honneurs, avouait : « Je préfère l'injustice au désordre », mais ici à Ghaza et au Liban ce sont tous ceux qui ont renoncé à la liberté qui les menacent, qui font le même pari afin de protéger leur pouvoir, « leurs privilèges » ou leurs désirs d'en acquérir. Le propos du prince Saoud El Fayçal se voulait ironique, moqueur, méprisant même, mais sa remarque a été alors dénoncée par une grande partie de l'opinion arabe et internationale et moquée pour la bêtise et l'arrogance du propos.
En juillet 2006, un « dignitaire » saoudien, le prince Saoud El Fayçal, ministre des Affaires étrangères d'Arabie Saoudite, désignait la résistance libanaise à l'agression israélienne de « réaction d'adolescents ». Son propos se voulait ironique, moqueur, méprisant même, mais sa remarque a été alors dénoncée par une grande partie de l'opinion arabe et internationale et moquée pour la bêtise et l'arrogance du propos.
Le comble, c'est que ce même ministre récidivait, il y a quelque temps, lors d'une réunion des pays du Golfe à Riyad, alors que l'armée israélienne bombardait Ghaza, que la Résistance palestinienne ne faiblissait pas, soutenue par une vague impressionnante de manifestations populaires partout dans le monde, y compris dans son propre pays. « C'est un problème d'adolescence », annonçait-il doctement en parlant de la résistance palestinienne.
J'ai lu dans Le Quotidien d'Oran un texte de Farouk Zahi, qui signalait des propos similaires de l'ambassadeur israélien Daniel Shek. Même légèreté de ton, même arrogance, même ironie ; je le cite : « Le Hamas, une bande de gamins à qui il faudrait enlever la possibilité d'avoir des jouets (armes) entre les mains… les ultimes tirs de roquettes relèvent beaucoup plus de l'enfantillage que d'autre chose. »
En le lisant, je fus saisi par le rapprochement. Car au-delà de l'incroyable stupidité de ces propos, de l'insoutenable légèreté de ton qu'ils laissent transparaître et de la fatuité des personnages que l'on devine derrière les phrases qu'ils prononcent, c'est leur similitude qui est remarquable et qui m'a amené – dépassant mon irritation – à aller, au-delà de la lecture, à leur interprétation. Similitude des contextes tout d'abord. Dans les deux cas, nous sommes devant des tragédies humaines qui s'évaluent par centaines de morts, pour la plupart des civils innocents sans armes et des destructions matérielles importantes, en particulier dans le cas de Ghaza.
Dans les deux cas, le seul tort des victimes a été de réclamer leur droit légitime, celui d'être libres chez eux, « de résister ». Dans les deux cas, leur résistance a entraîné une agression brutale et démesurée de la part des oppresseurs ; l'équilibre des forces armées étant fortement inégal, il transformait le choc entre les deux parties en un massacre des premiers par les seconds. Atténué au Liban par une logistique et une organisation militaire plus soutenue, le massacre atteint des proportions démentielles à Ghaza.
Dans les deux cas, l'opinion internationale, celle des peuples, s'est soulevée contre les agressions barbares d'Israël pendant que la communauté internationale des Etats, y compris une grande partie des Etats arabes, a fermé hypocritement les yeux contre ce qui remettait en cause les fondements même du droit international, le fondement donc de son existence en tant que « communauté internationale ». Mais de toutes ces institutions, l'Onu et ses composantes, l'Union européenne et ses traités, les Usa et ses « feuilles de route » c'est la Ligue arabe, la première concernée, qui faillit à la tâche.
Car à tout prendre, on s'était habitués aux institutions dépendantes de la triade (Usa, Europe et Japon), à leur double langage et à leur soutien à l'Etat d'Israël et ses comportements « hors-la-loi » international. Mais la Ligue arabe, quel intérêt a-t-elle à suivre ce qui mine son existence codifiée par des traités et des conventions de soutien et d'assistance interarabes et pour la constitution desquels elle est faite ? Et pourquoi la réunion de Doha, qui aurait pu sauver les « apparences », a-t-elle été torpillée par le mini sommet des Etats du Golfe à Riyad ?
Et surtout pourquoi la grande et honteuse conférence du Koweït qui accorde d'une manière surréaliste un petit « workshop » à la question de Ghaza en feu sous prétexte que la question de la crise financière internationale était prévue depuis longtemps ? Le propos de ce papier n'est pas d'analyser dans le détail les faits et les positions des Etats arabes dans cette situation, car d'autres l'ont fait avec beaucoup plus de talent et de savoir. J'aimerais juste, par ce court papier, ajouter quelques considérations « intempestives » à l'analyse de ce moment tragique.
Le « roi est nu », comme disait Ubu et rien ne pourra plus jamais cacher sa nudité chez nous comme ailleurs dans le monde. Mais le « roi » n'est pas seul et la résistance de Ghaza et la tentative avortée de Doha, et tout le reste ont dévoilé aussi ses compagnons de route. Nous devons ce dévoilement encore à la résistance et au sacrifice de Ghaza. Comment donc comprendre cet « accord physiologique » pour employer un terme de Nietzsche entre Shek l'Israélien et le « cheikh » ou émir El Fayçal le Saoudien.
L'un et l'autre sont censés représenter deux camps opposés, séparés par leurs intérêts stratégiques du long terme et les massacres du moment. Pourtant l'un et l'autre affirment sur un ton suffisant que ceux qui résistent sont « des adolescents ». Cette proposition est à elle seule un véritable conte des horreurs de la « realpolitik ». Dire que les résistants sont des adolescents pendant qu'on les massacre signifie à tout le moins que leur adolescence justifie leur mise à mort.
La logique de cette proposition nous renvoie à une anthropologie de la vie que l'on retrouve dans beaucoup de cultures dans lesquelles la jeunesse et ses forces de renouvellement social sont bridées, affaiblies, détruites même par ceux « établis », qui n'ont de cesse de la contenir pour protéger leur établissement. Establishment est ici plus approprié. C'est à Goethe et son « Strum und Drang » que j'ai fait appel pour enfin comprendre cette fraternité « physiologique » de Shek l'Israélien et du cheikh le Saoudien.
L'un et l'autre savent bien que ceux qui sont massacrés au Liban et à Ghaza ne sont pas uniquement des adolescents, mais ils les perçoivent comme tels ; et le comble, c'est qu' ils ont raison ! Car c'est leur posture, leur engagement de « résistants », cette jeunesse du monde, qui fait d'eux des adolescents et c'est inversement la posture et l'engagement de Shek et du cheikh qui fait d'eux des établis dans les honneurs, le confort et la haine de quiconque veut changer l'ordre ainsi établi. Au-delà de ce qu'ils ont vu, des vieux et des jeunes, des enfants et des femmes, nos deux compères ont bien perçu la réalité et ses dangers : la force de la résistance et par association sa jeunesse et par dérision qui renvoie à la biologie, son adolescence.
Ils portent un regard de vieillard sénile sur cette force qui les défie et confondent ainsi les âges biologiques avec les âges politiques. A la fin de sa vie, Goethe le créateur de Faust, mais repu d'honneurs, avouait : « Je préfère l'injustice au désordre », mais ici à Ghaza et au Liban ce sont tous ceux qui ont renoncé à la liberté qui les menacent, qui font le même pari afin de protéger leur pouvoir, « leurs privilèges » ou leurs désirs d'en acquérir.
Nul étonnement donc à voir, au-delà des pseudo-affrontements diplomatiques qui sont des parodies de controverse, la fraternité réelle de ceux des deux bords qui luttent ensemble contre le changement. Ce sont les dominants, en Israël comme dans le monde arabe, qui aimeraient tant en finir avec cette jeunesse qu'est la résistance et mettre fin ensemble au désordre de cette région, y compris dans l'injustice. Quitte à dépenser des milliards de dollars pour transformer les « résistants » en victimes et métamorphoser le conflit « politique en problème'humanitaire ».
Ils sont nombreux à rêver de cette sortie « honorable » de la question palestinienne et prêts à sacrifier tous leurs engagements passés pour enfin rejoindre la société internationale des dominants, le monde de Davos que Samuel Hutington préparait culturellement pour eux. Il y a eu les Karzaï et autre El Maliki en Afghanistan et en Irak, les Harriri et consorts au Liban, les Moubarak et les petits rois de Jordanie et surtout les gros émirs du Golfe qui, eux, ont vendu, il y a déjà des décades, leur âme à leurs protecteurs anglo-saxons.
D'autres les rejoindront, ils s'y préparent déjà, comme Abou Mazen et la clique qui reste de ce que fut l'OLP, mais dans le même temps, la résistance de l'adolescente Ghaza, comme l'a fait avant elle celle de l'adolescente Algérie dans les années cinquante, a redessiné par son sacrifice toutes les cartes politiques de la région : Israël est nu, y compris dans les sociétés occidentales, son arrière-pays, mais l'UPM aussi dans la foulée ; et le monde arabe n'est plus ce mythe fusionnel que l'on doit aimer ou haïr, comme un frère, une femme ou un proche, mais une réalité régionale, comme une montagne ou un fleuve avec lesquels il faut compter et donc aussi comprendre et analyser.
Post-scriptum : il y a vingt ans, à trois mois près, en octobre 1988 donc, un « dignitaire » algérien, le président de l'Amicale des Algériens en France, désignait le plus grand mouvement de révolte qu'avait connu l'Algérie depuis l'Indépendance en 1962, de « chahut de gamins ». Encore un accord physiologique !


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