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Alors que le pays célèbre la Révolution du Jasmin : Des «gilets rouges» font leur apparition en Tunisie
Publié dans El Watan le 18 - 12 - 2018

C'est la crise socioéconomique qui frappe le plus en Tunisie en ce moment. Les Tunisiens peinent beaucoup sous la pression de l'inflation qui use leur pouvoir d'achat.
Cette crise suscite des protestations de la part de la population et certaines sphères politiques essaient de l'exploiter pour leur compte, à l'image des «gilets rouges».
Cela fait plus de trois semaines que les Tunisiens entendent parler du mouvement des «gilets rouges» chez eux, annoncés actifs sans être vus sur le terrain. 50 000 gilets ont même été saisis par les services de la Douane de Sfax. Il y a certainement anguille sous roche.
L'approche de la commémoration de la révolution a coïncidé d'une part avec la crise sociale et, d'autre part, avec le lancement du mouvement des «gilets rouges».
Si la crise sociale sévit depuis des mois, c'est dans une conférence de presse, tenue vendredi dernier à Tunis, que le mouvement des «gilets rouges» a été annoncé officiellement après avoir fait la une des médias durant trois semaines, sans aucune trace sur le terrain. C'est vraiment très loin de la spontanéité du mouvement des «gilets jaunes» en France.
Anguille sous roche
Lors de la conférence de presse, un certain Nejib Dziri, chroniqueur par intermittence sur Nessma TV, s'est présenté comme coordinateur de ce mouvement et a dressé une liste de 22 revendications, notamment économiques, (baisse du tarif de l'électricité, gaz, essence, etc.) mais, aussi, pour le retour au régime présidentiel. Dziri a annoncé disposer de 53 coordinations locales et de 9 coordinations régionales. Pourtant, on ne voit aucun mouvement sur le terrain.
«Dziri est loin d'être un meneur d'hommes sur le terrain», commente le député Mustapha Ben Ahmed, président du bloc nationaliste, proche du chef du gouvernement.
La tension sociale est là et les risques de dérapage sont perceptibles. Selon des sources de Mosaïque FM, les autorités tunisiennes auraient réussi à identifier des individus suspectés de préparer et de financer, grâce à des sommes colossales, des troubles sociaux et des émeutes, prévus pour le mois de janvier prochain, dans plusieurs régions du pays.
Selon ces mêmes sources, ces individus seraient connus pour leurs liens avec le monde de la corruption et de l'argent sale, ajoutant qu'il est attendu que les autorités donnent, dans les jours qui viennent, plus de précisions sur ces projets et leurs auteurs. Les «gilets rouges» seraient visés par des suspicions de la part des autorités.
Manipulations
A la suite de la conférence de presse, toute la classe politique, notamment l'opposition, s'est exprimée par rapport à ce «mouvement», qui ne s'est pas encore manifesté sur le terrain. Ainsi, la centrale syndicale, UGTT, a pris ses distances avec ce mouvement. Le secrétaire général, Noureddine Taboubi, a dit que «la Tunisie a ses propres traditions syndicales et ne veut s'identifier à personne».
Le leader syndicaliste a alerté sur les «possibles dérives en raison de la tension sociale dominante». Il a conseillé au gouvernement de «trouver un compromis sur les augmentations de salaires de la Fonction publique, car la situation risque d'échapper à tout contrôle».
Par contre, le secrétaire général du Parti républicain (un député), Issam Chebbi, a appelé les citoyens à «descendre dans la rue pour protester contre les politiques impopulaires du gouvernement». L'ex-député de la Constituante n'a pas expressément soutenu les «gilets rouges».
Il a néanmoins relayé leur slogan de descendre dans la rue. Du côté du parti Afek Tounes (4 députés), lui aussi dans l'opposition, son secrétaire général, Yassine Brahim, a évité de s'exprimer sur les «gilets rouges», se limitant à leur reprocher «le caractère très politique de leurs slogans, pour un mouvement supposé social».
C'était en réponse à la question d'un journaliste. La Tunisie peine à réaliser les aspirations nées un 14 janvier 2011.


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