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Gouvernement paralysé, partis politiques divisés
Publié dans El Watan le 30 - 05 - 2012

Vent de contestation au RND. Mouvement de redressement au FLN. Dissidence au FNA. Colère au FFS. Début de révolte au MSP. Les prochaines semaines, cette liste va peut-être s'allonger. La saison de la déstabilisation des partis est ouverte. Ce qui se passe au sein de ces formations politiques de manière presque simultanée ne peut être le fruit du hasard. Il est vrai que la contestation est naturelle après chaque échéance électorale.
Les perdants, dans des partis où la vie démocratique n'est pas encore forte, ont parfois tendance à vouloir renverser la table et ce qu'elle porte. Mais cette situation, déjà vécue par certains partis dans le passé, ne peut pas tout expliquer. La tentative d'autonomie du MSP, qui a dénoncé la fraude ayant marqué les législatives du 10 mai 2012, a été vite contrée par des appels au départ de Bouguerra Soltani. Soudainement, Soltani est chargé de tous les maux, de tous les échecs. Des députés qui lèvent des pancartes rouges dénonçant le trafic électoral à l'intérieur de l'APN, comme cela a été entrepris par les députés du MSP, ne peut de toute évidence pas plaire aux tenants du statu quo. Les résultats des législatives, tels que définis par les logiciels du ministère de l'Intérieur, devaient consacrer la Chambre basse du Parlement comme espace permanent d'allégeance.
La législature sortante était un modèle en la matière : un Parlement qui ne demande de comptes à personne, qui ne contrôle pas les dépenses publiques et qui n'enquête pas sur les grosses affaires de corruption et sur «la consolidation» du secteur informel… Moussa Touati, du FNA, a parlé de «complot» contre son parti. Il n'a pas tout à fait tort. Ce parti, qui s'est distingué ces derniers mois par des critiques contre l'action du gouvernement, a déjà connu des tentatives de provocation de crises en son sein. Il en est de même pour le FFS, le plus vieux parti de l'opposition, qui est passé par plusieurs zones de turbulences.
Dans les années 1990, le parti de Hocine Aït Ahmed, qui militait pour la réconciliation nationale, le respect des droits humains et des libertés politiques, était la cible permanente du pouvoir et de ses relais. Le FFS traverse une nouvelle fois un terrain miné. Cela dépasse largement la colère des cadres après la participation aux élections. Tordre le cou à toute possibilité d'alternative pacifique et démocratique au régime en place est un souci constant chez les décideurs algériens. Et dès que des partis trouvent un certain consensus pour organiser la contestation politique, l'alerte est donnée dans les travées des palais du Haut-Alger.
La création d'un Front de protection de la démocratie par une quinzaine de partis pour s'élever contre la fraude a été ridiculisée par les défenseurs habituels du pouvoir. On n'a laissé aucune chance à ce Front de s'installer, s'organiser, faire des propositions. Rien. Ordre a été donné, quelque part, de tirer des boules puantes sur ce regroupement de partis pour le neutraliser. Dévitaliser l'opposition, quels que soient sa forme, sa taille ou son niveau de crédibilité, est un axe stratégique du pouvoir. Un pouvoir qui n'a pas changé ses pratiques. Même les révoltes arabes ne l'ont pas aidé à ouvrir ses fenêtres pour faire entrer l'air et la lumière ! La situation du FLN, devenu subitement la «maison-refuge» pour les architectes de l'archaïsme politique, est curieuse.
Les «redresseurs» exigent de Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général, de quitter son poste. Du jamais vu ! On demande à un chef de parti de «dégager» après une officielle victoire électorale. La logique aurait voulu qu'on le félicite au lieu de s'attaquer à lui. Mais au FLN, on sent bien que cette prouesse électorale est bel et bien artificielle. D'où la fronde actuelle. La colère au RND, un parti né pour se taire, est, elle, symptomatique d'une situation de fin de règne. Le RND est dirigé par Ahmed Ouyahia depuis bientôt treize ans. Voir des militants RND couper la circulation routière pour protester contre une décision du Conseil constitutionnel, comme cela a été vu à Boumerdès, relève presque de la caricature. Jusque-là, les cadres du RND se sont comportés en soldats disciplinés, prêts à ouvrir le feu sur tout ce qui «menace» la tour de contrôle.
Se sont-ils réveillés après une longue nuit de vapeurs parfumées ? Ou le RND, qui est à chaque fois sauvé par la magie des calculs post-scrutin, est-il en fin de parcours ? Devient-il lui-même une embûche à ôter sur le sentier boueux de la mise au pas ? Ahmed Ouyahia, qui n'a jamais compris la valeur mathématique de l'échec, est à la croisée des chemins. Va-t-il réclamer une autonomie ? Ou acceptera-t-il, encore une fois, de porter la pierre chaude ?
Il reste que la volonté de maintenir le verrouillage politique dans le pays n'a jamais été aussi forte. Un pouvoir sans projet politique, sans vision du futur et en rupture avec la société réelle est capable de tout, y compris de scier la branche sur laquelle il est assis. Il suffit d'un petit vent pour que tout bascule.


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