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Education : une guerre infinie
Publié dans El Watan le 24 - 09 - 2017

A quelle aune faut-il entendre les mises en cause récurrentes du ministère de l'Education nationale et de son actuelle titulaire Nouria Benghabrit ? Il convient de rappeler que Mme Benghabrit est, depuis l'indépendance, la seconde femme après Mme Zhor Ounissi à occuper le poste et sans doute la première, depuis le magistère de Mostefa Lacheraf, dont l'itinéraire – universitaire, chercheure, directrice du plus important Centre des recherches en sciences sociales en Algérie – ne bénéficie pas d'une onction religieuse.
Sur la quinzaine de ministres qui se sont succédé à la tête de ce ministère emblématique pour des mandats plus ou moins longs, quatre d'entre eux au moins – Dr Taleb, Mohamed-Chérif Kharroubi, Zhor Ounissi, Mohamed El Mili – se rattachent explicitement par les liens du sang ou de l'appartenance à l'Association des Oulémas musulmans d'Algérie (AOMA) fondée en 1931.
Premier ministre de l'Education dans le premier gouvernement algérien constitué par Ahmed Ben Bella, Abderrahmane Benhamida est aussi, avant son parcours militant au sein du FLN, un ancien étudiant de l'Institut islamique alors que Ali Benmohamed, promu sous l'autorité du président Bendjedid ne faisait pas mystère de ses attaches idéologiques.
Les médersas oulémistes auraient-elles ainsi imposé une manière de droit de préemption sur le système éducatif national ?
On peut alors penser que c'est l'amplification par certains médias et par les réseaux sociaux des critiques faisant feu de tout bois et souvent infondées – cf. la récente Une d'El Khabar sur le référendum du 1er juillet 1962 – qui balisent l'interpellation de la ministre et de son administration.
1- Des enjeux de long cours
Pour celui qui prend la peine d'y regarder de plus près, l'actuelle séquence ne devrait prendre tout son sens et révéler la réalité de ses enjeux que rapportée au long cours, celui de l'histoire du mouvement national et plus singulièrement de la guerre d'indépendance nationale. Pour qui revisite l'itinéraire du cheikh Abdelhamid Ben badis, la question de l'instruction et de l'éducation est clairement posée comme primordiale et beaucoup ignorent que son premier engagement personnel aura été la création, en 1930, de l'association «Ettarbya Oua Etta'lim»(1) qui fut la matrice notamment de «Ma'had Ben Badis» et de «Dar Ettalaba».(2)
En juillet 1931, lors de l'assemblée générale ordinaire de l'AOMA, est adopté un amendement des statuts qui autorisait l'ouverture de sections en dehors de Constantine et pas moins de quarante-trois relais de l'association avaient vu le jour et activé, sous la houlette de cheikh Ahmed Bouchemal, sur l'ensemble du territoire de l'ancien département de Constantine. Dans une étude documentée, Mohamed El Korso(3) développe l'une des premières approches pertinentes de l'enjeu de l'éducation au sein du mouvement national et des positions de l'administration coloniale à ce sujet. Fait-il ainsi état des compétitions entre les médersas qu'il rapporte à ce qu'il désigne comme «l'islam administratif» – à l'exemple de l'association «Essalem» et de l'Institut El Kettania, à Constantine, créés pour faire front aux initiatives du cheikh Ben Badis –, celles qui exercent sous l'autorité du MTLD et celles mises progressivement en place par l'AOMA.(4)
Ce rappel peut souligner, d'une part, le caractère explicitement politique de la question de l'éducation dans une société algérienne violentée, soumise au Code de l'indigénat, dont les structures éducatives originelles avaient été détruites, et, d'autre part, l'inscrire dans le profond mouvement de «reprise historique» tel que l'avait défini le regretté Abdelkader Djeghloul. Ne faut-il pas, à ce titre, relever les signes avant-coureurs ? Ceux de la «Sahwa» du début du XXe siècle, auxquels se rattachent l'entreprise d'Etta'libya des frères Roudoussi, au cœur de La Casbah, les magistères des cheikhs Mouhoub Benmouhoub et Abdelkader El Medjawi, à Constantine, ou encore de ceux que Jacques Berque appelle les «Ulémas d'Alger»(5), désignant spécialement la phalange de lettrés qui se réunissaient dans les locaux de la librairie-imprimerie de Kaddour Roudoussi, rue de la Lyre, entre autres Abdelhalim BenSmaïa, théologien et philologue officiant à la Grande Mosquée, Belkacem El Hafnaoui, interprète principal du gouvernement général de l'Algérie, Mohammed Ben Cheneb, professeur à la Médersa, El Ammali et Bougandoura, auxquels s'associaient les cheikhs Mostefa-Kamel Belkhodja – le tout premier militant maghrébin de l'émancipation féminine – et M'hand-Saïd Ibnou Zekri, ouvertement contempteurs d'une tradition islamique sclérosée.
2- Les objectifs de l'Association des Oulémas
C'est assurément dans le prolongement de cet éveil et de cette réactivation des référents identitaires que se fonde, en 1931, à Alger, l'Association des Oulémas musulmans d'Algérie à la jonction entre les chouyoukh des confréries et des intellectuels de la Nahda, notamment Ben badis, Brahimi, El Okbi, M'Barek El Mili.(6) La rupture entre ces deux pôles de l'Association, en 1934, aura des répercussions durables sur le paysage politique algérien qui ne se réduisent pas aux caricatures accréditées de la mise en cause d'un charlatanisme des zouis par le cheikh Ben badis.(7)
L'AOMA se définit, par ses statuts mêmes, comme un organisme apolitique – en particulier non partisan et conséquemment non impliqué dans les joutes électorales –, alors même qu'elle est généralement tenue pour un acteur d'influence comme en attestera singulièrement son rôle dans l'organisation et l'animation des Congrès musulmans en 1936 et 1937.(8)
Le transfert spectaculaire de la revendication et du courant indépendantistes sur le territoire national au lendemain de la création du Parti du peuple algérien (PPA) aura pour effet politique majeur de poser la question de l'indépendance comme facteur clivant dans les débats algériens.
La thèse remarquable de Malika Rahal(9) valide la proximité politique de l'AOMA avec le courant réformiste, porteur des revendications de l'égalité des droits civiques et politiques, dont la figure de proue aura été Ferhat Abbas, rédacteur du Manifeste du peuple algérien (1943) et fondateur, en 1946, de l'Union démocratique du Manifeste Algérien (UDMA). Cette proximité se confirmera jusqu'aux élections cantonales d'avril 1955 où des porte-parole de l'AOMA avaient appelé à voter en faveur des candidats de l'UDMA.
Il faut, pourtant, donner acte à l'association pour la part prise dans la mise en place, en 1944, des «Amis du manifeste algérien» qui jouera le rôle que l'on sait dans la maturation de la prise de conscience nationale et au sein desquels le PPA et les thèses indépendantistes avaient eu un rôle prépondérant.
Pour tous les courants politiques algériens, l'insurrection lancée par le FLN, le 1er novembre 1954, allait constituer un tournant décisif et principalement pour l'AOMA dont le président en exercice, cheikh Bachir Brahimi, était établi au Caire depuis 1952 et son intérim, en Algérie, était assuré par ses deux vice-présidents, Larbi Tebessi et cheikh Kheireddine.
3- Contre le radicalisme indépendantiste
Les historiens s'accordent généralement à relever les atermoiements politiques de l'AOMA et Omar Carlier en expose en ces termes les limites : «L'islah n'a pas pu transformer la mosquée en lieu du politique et imposer son hégémonie ou sa domination à partir d'elle parce qu'elle n'a pas su ou voulu mobiliser plus avant le vocabulaire politique de l'islam, parce que son personnel apprécie peu le séjour en prison et affectionne la stratégie des étapes, fondée sur la maîtrise du cercle, de l'école et une longue patience».(10)
Auteure d'une inédite et remarquée thèse sur l'AOMA,
Charlotte Courreye note que «parce qu'ils s'étaient engagés de longue date dans des dynamiques politiques de réappropriation du domaine religieux en Algérie colonisée, qu'ils s'étaient construits en opposition à la radicalité du nationalisme indépendantiste, qu'ils avaient entamé un processus de réforme totale de la société algérienne par la quête de l'identité “authentique”, les Oulémas ne pouvaient pas adhérer immédiatement et unanimement au Front de Libération Nationale».(11)
«En effet, relève pour sa part Mohamed Harbi, les Oulémas n'ont pas accueilli l'insurrection avec des cris de joie», tout en rappelant qu'en réponse à la sollicitation d'un représentant du FLN, cheikh Kheireddine déclarait : «Nous ne souhaitons pas être considérés comme ennemis, mais en mai 1945 nous étions alliés avec le PPA au sein des AML. Nous avons payé ses agissements. Cette fois, la situation est différente. Nous ne sommes pas impliqués. Vous avez agi seuls, vous paierez seuls».(12)
En mars 1955, ce même Kheireddine participait aux rencontres initiées par le gouverneur Jacques Soustelle dans la perspective de la mise en place d'une troisième voie comme alternative au FLN et faisait l'objet, lors de l'offensive du 20 août 1955, d'une condamnation à mort de la part des dirigeants de la zone 2 du Nord-Constantinois de même que Cheikh Abbas Bencheikh El Hocine.(13) Dans un télégramme daté du lendemain de cette offensive, cheikh Larbi Tébessi, – réputé le plus ouvert au FLN – défendait encore la thèse d'une solution pacifique et démocratique à la crise sans distinction d'ethnie ou de religion.(14)
Les contacts de septembre 1955 entre FLN et dirigeants oulémas aboutissent à la déclaration du 7 janvier 1956 de l'assemblée générale de l'AOMA considérée comme le signal du ralliement à la lutte de Libération nationale qui affirme «qu'il ne peut y avoir de terme à l'état de guerre actuel, ni d'édification d'un ordre libre nouveau sans l'entremise de négociations franches et loyales avec les représentants authentiques du peuple algérien légitimement investi dans l'effort de lutte».(15) Il est notable qu'il n'y soit fait aucune référence explicite au FLN. Cette prise de position intervient après l'échec de la tentative de susciter, à partir du Caire, un organisme concurrent au FLN.
Mohamed Harbi précise à ce sujet : «Leur crainte du FLN était telle que leur leader, cheikh Brahimi, cherchera protection auprès de Messali qu'il ne portait pourtant pas dans son cœur. L'idée était de créer un rassemblement populaire algérien. Des entretiens à ce sujet avaient eu lieu entre cheikh Bachir Brahimi, cheikh Bayoud, représentant de l'UDMA, et Ahmed Mezrena, responsable des relations extérieures du mouvement messaliste. Les points d'accord entre eux se résument au refus de dissoudre leurs organisations au profit du FLN et au souhait d'œuvrer en commun à la formation d'un front où chacun garderait son autonomie.»(16)
Alors même que des proches de l'AOMA, à titre personnel, s'engageaient, ici et là, dans le soutien actif au FLN, le souci constant de la direction des Oulémas aura été d'assurer la protection de l'association comme en atteste la tonalité réservée des éditoriaux d'El Baçair et que l'attention se focalisait, au Caire et à Tunis, sur l'enjeu du contrôle des étudiants boursiers ou soutenus par l'association.
Cette bataille, d'allure périphérique, traduisait pourtant le souci permanent des dirigeants Oulémas d'agir par l'école, la médersa, de poursuivre en somme le sacerdoce autour de l'éducation religieuse et de la langue arabe.
4- Les oulémas sont revenus
Les choses ont-elles réellement changé l'indépendance acquise ?
En 1964, cheikh Bachir Brahimi – dont le fils allait, le Dr Ahmed Taleb, être arrêté, torturé et mis en prison – lançait un brûlot contre l'orientation socialiste du régime d'Ahmed Ben Bella et cela d'autant plus que celui-ci se réclamait publiquement de l'islam égalitaire d'Omar Ibn Khattab. L'Algérie garde en mémoire l'imposant cortège qui avait accompagné la dépouille du cheikh en 1965 et qui peut être tenu pour l'une des premières manifestations connotées à l'islam.
Il est peu relevé, de ce point de vue, le basculement qui s'opère sous l'autorité du président Boumediène qui remet les thèses de l'Association des Oulémas et ses épigones, sinon ses héritiers directs, au cœur du système éducatif et des institutions de la culture nationale, dont le Dr Taleb – tour à tour ministre de l'Education nationale, ministre de la Culture et de l'Information – aura été l'une des figures de proue. En juillet 1966, Houari Boumediène déclarait «l'arabisation comme objectif révolutionnaire» et ceux qui en sont émus depuis devraient avoir à l'esprit que cet objectif figurait déjà, en bonne place, dans le programme de l'Etoile Nord-africaine de 1933. Au-delà des mises en cause intéressées de la qualité de l'encadrement de la toute jeune école algérienne, la controverse sur le contenu et l'orientation de la mise en œuvre de l'arabisation apparaît comme tout à fait légitime.
Qu'est-ce que l'école néo-islahiste a enseigné aux jeunes Algériens ? L'examen des manuels scolaires alors en usage est tout à fait édifiant qui, sur le chapitre de l'histoire, reconfigure les conditions de la guerre d'indépendance et plus largement les réalités du mouvement national. L'élève apprend ainsi que l'objectif de la colonisation était de s'attaquer à l'islam et à la langue arabe et que la résistance s'était ordonnée autour des hommes de l'Association des Oulémas. Sur la totalité du cursus scolaire, par exemple, Messali Hadj fait l'objet d'une seule citation en rapport avec l'Etoile Nord-africaine, de même que Ferhat Abbas, alors que les fondateurs du FLN ne sont pas valorisés et que l'élève algérien sera accompagné par les références au cheikh Ben Badis et au cheikh Brahimi jusqu'au terme de sa scolarité.(17)
S'il faut sans doute faire la part de la dimension délibérément polémique de l'ouvrage, il ne faut pas disqualifier les propos de Belaïd Adesselem, qui rapporte entre autres les campagnes dont fut victime Mostefa Lacheraf alors ministre de l'Education – il y avait bien des précédents en effet – et note : «L'arabisation décidée par Boumediène avec l'objet que l'on connaît maintenant a été détournée de son but véritable et que les partisans de l'arabisation ont été mobilisés pour renforcer l'emprise des oulémas sur notre système éducatif. Quelle sera la réaction de notre jeunesse parvenue à l'âge adulte lorsque nos citoyennes et nos citoyens découvriront que les gens affectés par l'Etat à leur éducation ont été des tricheurs, lesquels ont pris en charge l'imposture la plus évidente de leur histoire».(18)
Les recherches restent à accomplir qui éclaireraient de manière rigoureuse le maillage du système éducatif, de celui de la communication et de la culture par les réseaux néo-islahistes et leur réactivation des objectifs et de la démarche de l'association mère. Le rappel que l'objectif de l'indépendance nationale ne figurait pas dans les statuts de l'AOMA qui inscrivait son action dans le cadre de la loi de juillet 1905 sur l'association qui prescrivait que «toute discussion ainsi que toute intervention dans une question politique est rigoureusement interdite au sein de l'association» ; il doit être complété par la clarification de la stratégie d'une longue marche pour le contrôle de la société par le contrôle des esprits.
5- Une bataille sans rivages
Qui peut contester que cet objectif adossé à la promotion de l'islam et de la langue arabe ait pu avoir vertu patriotique en situation coloniale, et quel sens alors accorder à l'action des néo-islahistes, leurs réseaux et l'avatar de l'Association des Oulémas réactivée en 1991, en pleine tourmente islamiste ? Il est vrai que les usages politiques de l'islam – y compris par le régime qui remet dans l'espace public les confréries, mobilise les résidus islamistes, sanctifie la figure de cheikh Ben Badis – avec la pollution politique contraire aux dispositions constitutionnelles de micro-partis islamistes, l'inflation des prédicateurs sans certification, l'extension au quotidien des signes extérieurs de religiosité, constitue un terreau dont les néo-islahistes ne peuvent ignorer l'intérêt.
La remise en cause rampante de la légitimité de l'Etat-nation, porté principalement sur les fonts baptismaux par le courant indépendantiste, peut effectivement convoquer la mémoire de combats ignorés sans doute par le plus grand nombre et informer une sourde reprise d'une guerre infinie engagée dans les années 1930. Même s'ils ne pourront plus se prévaloir des vertus d'un patriotisme désormais à l'encan. Et puis l'un des budgets les plus importants de l'Etat vaut bien une fetwa.





Notes :
1) Merdaci, Abdelmadjid (2007), Djem'iyat Ettrabya Oua Etta'lim ; Insaniyat (CRASC-Oran), n° 35-36, Constantine. Une ville en mouvement, pp. 97-107.
2) Maurice Papon, préfet Igame de Constantine prononce, au mois de septembre 1957, leur dissolution en s'appuyant sur les lois de Vichy.
3) Structures islahistes et dynamique culturelle dans le mouvement national algérien, 1931-1954, dans Carlier, Omar, Colonna, Fanny, Djeghloul, Abdelkader, El Korso, Mohamed (1988), Lettrés, intellectuels et militants en Algérie, 1880-1950, Alger, OPU.
4) El Korso, Mohamed, Id.
5) Berque, Jacques (1976), Maghreb, histoire et société, Alger-Bruxelles, SNED-Duculot.
6) Merad, Ali (1967), Le Réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940. Essai d'histoire religieuse et sociale, Paris-La Haye, Mouton.
7) Merad, Ali, Id.
8) Carret, Jacques (2008), L'Association des Oulémas d'Algérie, Alger, El Alem El Ifkar.
9) Rahal, Malika (2007), L'Union démocratique du Manifeste algérien (1946-1956) : Histoire d'un parti politique, Thèse, Inalco, Paris.
10) Carlier, Omar (1995), Entre nation et djihad. Histoire sociale des radicalismes algériens, Paris, Presses de la Fondation de Sciences politiques.
11) Courreye, Charlotte (2016), L'Association des Oulémas musulmans d'Algérie et la construction de l'Etat algérien indépendant, Thèse, Inalco-Paris.
12) Harbi, Mohamed (1984), La Guerre commence en Algérie, Bruxelles, Editions Complexe.
13) Archives du Congrès de la wilaya 2 historique, Constantine (1985).
14) Archives du Dr Mohamed-Salah Bendjelloul.
15) Carret, Jacques, oc.
16) Harbi, Mohamed (1984), La Guerre commence en Algérie, oc.
17) Merdaci, Abdelmadjid (1993), Les figures historiques de la Révolution algérienne dans les manuels scolaires algériens, dans La Guerre d'Algérie dans l'enseignement en France et en Algérie, Paris, Publication du CNDP.
18) Abdesselam, Belaïd (2017), Chroniques et réflexions, Alger, Dar Khettab.


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