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Le géant «peuple» viendra à bout du nain «système»
Publié dans El Watan le 18 - 04 - 2019

Le peuple poursuit sa marche vers la liberté et la démocratie, le régime s'enferme dans son palais et compte ses jours. L'enfant du système, Liamine Zeroual, a appelé les tenants du pouvoir à s'élever à la hauteur du peuple. Cela sonne comme un aveu, une reconnaissance qu'entre le peuple et le régime, il y a un décalage de temps et d'esprit.
Alors que la rue est devenue depuis le 22 février dernier un lieu d'expression juvénile à ciel ouvert, des lycéens, des étudiants, des jeunes diplômés et des jeunes chômeurs donnent libre cours à leurs voix pour revendiquer le changement, en montrant un grand génie populaire tant en termes d'organisation que dans le choix des slogans. Le régime, s'il ne fait pas appel à sa gérontocratie, le fait à des serviteurs zélés, généralement en manque de compétences, les octogénaires et les médiocres sont appelés au secours d'un système vieillissant et finissant.
Le régime, figé en haut de sa cour, regarde le peuple d'un air hautain et cherche à faire du citoyen un sujet, oubliant du coup que c'est grâce au père, au grand-père de ce citoyen, que l'indigénat a été aboli.
Le régime ne s'est jamais soucié du volcan dormant qui allait éclater bien un jour, les étincelles étaient pourtant bel et bien visibles.
L'escargot entêté
Par la grâce des médecins résidents, qui ont brisé le mur de la peur et bravé l'interdiction des marches dans la capitale, ils ont marché et revendiqué un système de santé décent, au moment où le régime, qui a tant chanté la médecine pour tous, dansait sur les airs du bradage du système sanitaire par des affairistes sans foi ni loi.
Par la grâce de la famille de l'éducation qui, en maintenant un rythme de grèves cycliques pour revendiquer une école moderne et citoyenne, a laissé vivre les germes de la résistance que le régime a de tout temps voulu mater.
Par la grâce des syndicats autonomes qui, regroupés en confédération, ont prouvé que la lutte continue, même sous un pouvoir autoritaire et totalitaire.
Par la grâce des familles des disparus qui, depuis des années, se rassemblent dans les rues de la capitale pour exiger que vérité et justice soient rendues sur le sort de leur progéniture.
Par la grâce des retraités de l'ANP et des éléments de la garde communale qui, après des années de loyaux services ont été sacrifiés sur l'autel d'une réconciliation sans vérité ni justice.
Par la grâce des chômeurs du Sud, lassés des pratiques régionalistes d'un régime qui s'est tant servi du Sahara, sans pour autant servir ses habitants. Le régime a tant profité du Sud, le voilà qu'il perd le Nord…
Par la grâce des groupes de supporters qui, dans différents stades du pays, pendant chaque match, chaque week-end, expriment le marasme politico-social, causé par la «casa del Mouradia». La chanson Liberté, fruit d'un duo entre le groupe Ouled El Bahdja et le chanteur Soolking, a intégré le top 10 du hit-parade mondial.
Par la grâce des centaines de milliers d'Algériennes et d'Algériens qui, en assistant massivement à l'enterrement de feu Hocine Aït Ahmed, ont adressé un message cinglant aux décideurs. Le sort d'un homme est la résultante de ses positions en faveur ou en défaveur des siens.
Les chemins qui montent
La marche de Kherrata est venue réveiller le grand volcan, comme pour rappeler un certain 8 mai 1945, dont les victimes, et il est important de le rappeler, ne sont pas, et ce, jusqu'à nos jours, considérées comme des martyrs de la Révolution.
La dynamique populaire révèle à quel point le peuple patriote et organisé se démarque d'un régime, dont le tort causé au pays dépasse les bonnes notes qu'il s'est toujours attribuées.
A coups de cris et de slogans, le peuple inscrit d'une manière ingénieuse et harmonieuse les premières notes de l'Algérie de demain. A chaque manifestation, à chaque rassemblement, le peuple lance des slogans qui peuvent faire office de lois, le peuple décrète sa Constitution.Une Constitution par le peuple et pour le peuple.
Demain le jour se lèvera
Ainsi de l'Algérie, que le peuple veut «djoumohouriya machi mamlaka», en réponse cinglante à celui et à ceux qui ont voulu faire de notre cher pays un royaume régi par une caste, voire une famille.
Le peuple décrète l'article premier de la prochain Constitution, l'Algérie est une République, en réponse à un régime qui a truffé les lois et les slogans d'adjectifs ne reflétant guère la réalité, car depuis 1962, l'Algérie n'a été ni démocratique ni populaire. La République, c'est la fin du règne des «je», «j'ai décidé», le tutorat sur le peuple est plus que jamais révolu.
Ainsi du peuple, qui se veut souverain, «le peuple est source de souveraineté». Son Excellence le peuple recouvre son droit à l'autodétermination et à disposer de sa destinée.
Le peuple refuse qu'on lui impose des hommes, il refuse qu'on lui concocte des recettes magiques, il dénie à qui que ce soit le droit de réfléchir à sa place, lui qui ne manque ni de génie ni de sens de l'initiative.
Ainsi de la liberté, tant revendiquée et exprimée par tout un peuple qui déclame en chœur «Min djibalina tala3a sawtou al ahrar !» (De nos montagnes s'est élevée la voix des libres !). Il s'agit de la liberté de penser, de s'exprimer, de se déplacer, de proposer, de s'opposer… Les lettres que s'échangent les clans du pouvoir, Présidence et commandement militaire, semblent faire croire que chaque clan est à l'écoute du peuple, or celui-ci crie à qui veut l'entendre : «Djazaïr hourra dimocratiya !». Mais, n'est pas démocrate qui veut…
Ainsi du vivre-ensemble, le peuple refuse les étiquettes qu'on lui a trop collées : kabyle, arabe, chaoui, mozabite… Il est algérien, fier de sa richesse culturelle et linguistique.
Ainsi du rejet de la violence, le peuple manifeste et revendique d'une manière pacifique, écrit et chante «Silmiya !».
Alors que le pouvoir a depuis le coup de force de l'armée des frontières plongé le pays dans un cycle de violences continues, la rue s'est transformée par la grâce du peuple en havre de paix. Les quelques agresseurs infiltrés sont vite repérés et neutralisés. Le peuple manifeste à la manière des grandes démocraties, tandis que ses gouvernants n'ont que les scénarios syrien et irakien dans leur tête. A chacun sa référence, c'est là toute la différence !
Hormis deux actes d'incendies autour desquels il faut se poser des questions – une banque vide d'argent mais remplie de documents comptables importants et un musée dont le directeur serait le neveu de Fathi Dib –, pas un poteau électrique n'a été arraché.
Ainsi de la préservation de l'espace public, les bénévoles qui nettoient les rues à la fin de chaque manif'. Alger, citée au titre des capitales les plus insalubres il y a quelques mois, s'est transformée en capitale modèle, par la grâce d'une population belle et rebelle.
Cela n'a rien à voir avec les biens publics dilapidés, les richesses bradées et la corruption institutionnalisée. Le peuple a retrouvé le Nord, tandis que le régime a perdu la boussole, lui qui a tant joui du sol et du sous-sol.
Ainsi de l'amour de la patrie, exprimé à travers le port du drapeau, l'emblème national est devenu en l'espace de quelques semaines le plus prisé de tous les emblèmes nationaux.
Que faire ?
Le peuple algérien s'est réapproprié l'espace public, et préserver cet acquis constitue déjà un premier défi. Toutes les composantes de la société sont appelées à œuvrer dans ce sens.
Le régime manœuvre en fonction des intérêts et des luttes claniques, le peuple agit comme un seul homme et exige le départ du système en entier. Il n'accepte pas les embusqués et les repentis de la vingt-cinquième heure.
Le régime, qui a toujours cru que les Algériens n'ont pas atteint la maturité, s'est finalement trompé de peuple. Le peuple, lui, ne se trompe pas d'adversaire, il sait que son combat ne triomphera qu'à la chute du régime, en préservant l'Etat.
La démission de Bouteflika, qui est un élément de la crise, ne résout pas la crise. Le risque de voir la Révolution confisquée est bel et bien réel. Le peuple continuera à se mobiliser pour exiger le changement du système, les décideurs doivent et en urgence recréer la confiance quant à une possible transition démocratique.
Des mesures urgentes s'imposent, la libération de tous les détenus d'opinion en est la première. Les autres consistent en l'annulation des lois liberticides, la loi portant interdiction des manifestations notamment, et les lois restrictives, la loi sur l'information, la loi sur les associations, la loi sur les partis politiques…
Le peuple, quoiqu'intransigeant sur le sort des dilapidateurs de ses richesses, ne veut en aucun cas que la justice reste un instrument de règlement de comptes. La mise en place d'une instance de vérité et de justice pourra être le mécanisme idoine pour passer de l'Etat de non-droit à l'Etat de droit, et en finir avec la justice de la nuit et la justice du téléphone.
Le plus important, c'est de récupérer les biens mal acquis et de les rendre au service du pays.
Le plus important, c'est de mettre en place un système permettant une perception équitable de la fiscalité, de sorte à recréer la justice sociale.
Le plus important, c'est de donner à la jeunesse des raisons d'espérer, de lui ouvrir de nouveaux horizons, de se fixer l'objectif de zéro harrag, zéro suicide.
Il y a un moyen de transformer la dynamique populaire pacifique en capital économique. L'Algérie de demain saura être la cible privilégiée de nombreux touristes qui désireront découvrir ce peuple et ce pays enfin libéré de la dictature.
La question maghrébine doit aussi retrouver la place qui est la sienne. La Révolution populaire n'est que le prélude à la construction du Maghreb démocratique des peuples.
La dernière nuit du Raïs
Au-delà des personnes et des appareils, le peuple veut des mécanismes garantissant le choix et le fonctionnement démocratiques des institutions. Une nouvelle loi électorale doit donc permettre cette exigence et être à la hauteur des aspirations populaires.
Le dialogue et le consensus doivent primer à chacune des étapes et le peuple devra effectivement exercer sa souveraineté. La Révolution du 22 février nous a renvoyés vers le 5 Juillet 1962, lorsque nos pères et nos mères criaient fièrement : «Un seul héros, le peuple !».
La démission du chef de l'Etat est un acquis à mettre à l'actif de la Révolution populaire, mais cela n'est qu'un pas en avant, le système est toujours là.
La lutte doit continuer, non pour remplacer des personnes par d'autres, mais pour asseoir une démocratie, un Etat de droit et des libertés, un Etat de paix et du vivre-ensemble.
Un tyran qui a toujours rêvé d'être lauréat du prix Nobel de la paix a oublié d'offrir cette dernière à son peuple, préférant semer la division entre ethnies, entre régions, entre individus, entre concitoyens… Diviser pour régner.
Il a dit un jour à des citoyens qui l'ont conspué : «Loin de vous, je vous voyais des géants, mais de près, je m'aperçois que vous êtes des nains.»
A la fin du règne, le peuple se retrouve lauréat potentiel à la distinction la plus noble de l'humanité, le tyran, lui, rejoindra ses semblables qui ont fini tristement, sur les plus sombres tablettes de l'Histoire.
Par Jugurtha Abbou , Militant politique


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