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Un vendredi des irréductibles à l'Est : «Non aux élections organisées par la issaba»
Publié dans El Watan le 11 - 05 - 2019

Ils ont bravé le jeûne et la chaleur. Comme ils l'avaient promis, des milliers d'Algériens sont sortis hier à l'est du pays pour honorer le rendez-vous du vendredi et manifester pour un changement radical du système politique. «Notre sortie à Tébessa aujourd'hui se veut une réponse à ceux qui avaient dit que le hirak prendra fin au Ramadhan.
Une autre fois, la volonté du peuple a gagné», s'est enorgueilli le jeune Mohamed, stagiaire dans un centre de formation. A l'instar de la population de cette wilaya frontalière, les irréductibles ont maintenu la flamme du hirak avec des slogans politiques en rapport avec la situation et les récents développements.
En résumé, ils ont scandé leur rejet de l'élection du 4 juillet, le refus du passage du pouvoir entre les mains des militaires, et aussi leur opposition à l'instrumentalisation de la justice pour régler des comptes de clans, avec à l'ordre du jour le cas de Louisa Hanoune.
Dans toutes les wilayas, les manifestants ont répété à l'unisson : «La lil intikhabath maâ el issâabat !», (Non à des élections avec les bandits). «Ceux qui ont fraudé durant quatre mandats ne seront pas honnêtes le 4 juillet !», criait-on à Guelma, tout en revendiquant le départ des figures qui ont tristement marqué les vingt dernières années de l'Algérie.
C'est le slogan qui est revenu le plus souvent par la voix des manifestants de vendredi à El Tarf où les marcheurs étaient un peu plus nombreux que la semaine dernière. A Mila, les milliers de citoyens qui ont marché hier ont qualifié de «suicide» l'élection présidentielle du 4 juillet prochain.
Animés d'une formidable énergie, des jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, ont marché aussi à Annaba pour crier face au système que «des élections organisées par Bedoui et Bensalah n'auront jamais lieu». Idem à Batna où le chef d'Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, a été particulièrement ciblé, en plus de messages adressés aux personnalités incarcérées récemment, pour leur dire «Oulech s'mah oulech», il n'y aura pas de pardon.
Non à la militarisation
Le chef d'état-major de l'Armée nationale populaire (ANP), Ahmed Gaïd Salah, a été également «scalpé» par les manifestants. On lui reprochait d'avoir maintenu les deux B, dont le peuple exige le départ immédiat. «Nous avons l'impression qu'il règle ses comptes avec ses adversaires au lieu d'exaucer les vœux du peuple. L'incarcération de Louisa Hanoune n'est pas une priorité pour les Algériens, ce qui n'est pas le cas pour le départ de Abdelakader Bensalah et Noureddine Bedoui», estiment à l'unanimité les manifestants à Annaba.
A Guelma aussi, les manifestants ont exprimé leur position quant à la tentation militaire : «Nous, peuple libre, sommes avec celui qui use du droit et non de la force.» Position explicitement formulée dans de nombreuses villes. «El Djazaïr dimocratia, machi cazarna !» (L'Algérie est une République, pas une caserne), criaient les manifestants à Aïn Beida dans la wilaya d'Oum El Bouaghi. A Khenchela, les manifestants ont aussi scandé des slogans contre la militarisation du pouvoir et l'instauration d'un pouvoir politique autoritaire : «La toughaiérou cadre bi akhar !» (Ne changez pas un cadre par un autre !), criait-on.
Transition exigée
A El Tarf, comme à Annaba et Sétif, les discussions ont tourné autour de l'incarcération, jeudi, de Louisa Hanoune. Pour beaucoup, cela est inacceptable, même si on peut faire quelques reproches sur les positions politiques de la passionaria. Pour les gens d'El Tarf bien informés des faits qui se produisent à Annaba, il ne fait plus aucun doute que le chef d'état-major de l'ANP s'en prend à ses ennemis en instrumentalisant la justice toujours au service du système.
A Mila et Skikda, les portraits d'Ahmed Taleb Ibrahimi ont fait leur apparition sans pour autant faire l'unanimité. En revanche, à Souk Ahras, des banderoles dénonçant la corruption et l'état de déliquescence générale qui caractérise la gestion des affaires de la nation étaient affichées à la vue des passants, notamment à la place de l'Indépendance. Encore une fois, des slogans hostiles à plusieurs appareils et supports politiques tels que les trois partis RND-FLN-TAJ ont été scandés par la foule.
Et partout on a réclamé une transition dans laquelle seront éliminées toutes les figures honnies du régime en place. «Yetnahaou ga3 !» (Dégagez tous !) Correspondants

Constantine : «Non au pouvoir militaire»
Hier, et malgré le jeûne et une chaleur pas du tout clémente, des milliers de Constantinois ont décidé de défier tous ceux qui ont parié sur une démobilisation en ce mois de Ramadhan. «Rien ne pourra nous retenir, nous continuerons à marcher même durant le mois de Ramadhan», ont affirmé des hommes et des femmes accompagnés de leurs enfants. A partir de 13h30 et durant près de quatre heures, les artères du centre-ville étaient noires de monde. Les marcheurs n'ont pas attendu la soirée pour exprimer leur détermination «à nettoyer le pays de ce régime».
Ils ont décidé de hausser le ton après les événements de la semaine et les récents appels au dialogue lancés par Ahmed Gaïd Salah. En plus des traditionnels slogans réclamant le départ de Bensalah et Bedoui, et ceux accusant le FLN et le RND de traîtrise, les manifestations ont ciblé ouvertement le chef d'état-major, qualifié de «chef d'Etat réel», qui décide de tout dans la période actuelle. «Allah allah y baba, Gaid Salah zaim el issaba !» (Allah Allah ya baba, Gaïd Salah est le chef de la bande), ont-ils clamé. «El Harrach ! El Harrach !… El Coudiat ! El Coudiat !» Ce qui signifie que tous les symboles du pouvoir, à leur tête Gaïd Salah, doivent être incarcérés à la prison d'El Harrach à Alger et celle d'El Coudiat à Constantine.
Les Constantinois ont exprimé fortement leur refus d'un «pouvoir militaire», en appelant le peuple à être plus vigilant et à maintenir le mouvement pour «qu'il n'y ait pas un scénario à l'égyptienne». Allusion faite aux événements survenus en Egypte en 2013 avec la prise du pouvoir par le général Abdelfatah Al Sissi. «On dirait que nous sommes en train de jouer une partie de cartes avec ce pouvoir. Nous ne sommes pas contre l'armée en tant qu'institution, mais contre les débordements ; il faut maintenir le mouvement avec beaucoup de vigilance pour que le scénario de l'Egypte ne se répète pas en Algérie», a déclaré Réda Derdous, un des protestataires.
«Ceux qui ont enfanté la dictature ne pourront jamais offrir la démocratie», lit-on sur une pancarte. Les manifestants ont aussi promis de «résister jusqu'au dernier souffle, jusqu'à la chute de toute la mafia apparente et cachée, et la date de la création de notre Constitution est le 22 février 2019».
Certains se sont interrogés si le climat politique actuel est vraiment adéquat pour toutes ces arrestations et si la justice est réellement indépendante. «Le peuple algérien a encore fait preuve de bonne foi pour mener un changement profond loin de toute manœuvre de règlements de comptes, qui se traduisent dans les arrestations», s'est exprimé Chaouki Bouledroua, médecin et artiste photographe. Après près de quatre heures de marche, les manifestants se sont dispersés dans le calme, se donnant rendez-vous pour vendredi prochain, avec la promesse de taper encore plus fort. Yousra Salem
Sétif : l'incarcération de Louisa Hanoune dénoncée
Malgré les effets du jeûne et d'une chaleur torride, des centaines de Sétifiens sont, pour le 12e vendredi consécutif, descendus dans la rue pour réitérer la revendication principale du mouvement citoyen du 22 février appelant les derniers symboles d'un régime décrié et isolé à partir. La détermination des manifestants, femmes et hommes, reste intacte. La foi en de lendemains meilleurs a le moins que l'on puisse dire boosté le moral des protestataires, choqués par l'incarcération de Louisa Hanoune, secrétaire générale du parti des travailleurs. De nombreux contestataires réclament la libération de Hanoune qui demeure, disent-ils, une justiciable comme le citoyen lambda. Pour eux, son arrestation est une forme de chasse aux sorcières. «L'accélération du processus des arrestations tous azimuts engendrera inévitablement des bavures, des excès et des règlements de comptes.
Fustigeant depuis plus de 12 semaines 20 ans de despotisme, le peuple algérien qui n'admettra plus les caprices des rois et de leurs princes héritiers n'a pas l'intention de faire marche arrière. On exige des éclaircissements concernant l'affaire Hanoune qui n'a rien à faire dans une geôle. La justice, qu'elle soit civile ou militaire, doit rendre compte au peuple algérien qui s'est réapproprié sa souveraineté confisquée. On ne se libère pas d'un clan mafieux pour retomber dans les bras d'un régime militaire. On doit dénoncer cette dérive gravissime», déclare à El Watan un groupe de protestataires.
Ces derniers dénoncent avec véhémence la manière de faire du vice-ministre de la Défense nationale et chef d'état-major de l'armée, concerné lui aussi par le verdict de la révolution de la rue : «Dégage !». Déterminés, les protestataires opposent un niet catégorique à l'élection présidentielle du 4 juillet, proposée par le contesté Bensalah, et tiennent plus que jamais à une période transitoire à la charge de personnalités nationales, indépendantes et désintéressées. Kamel Beniaiche
Jijel : grande foule et tentatives de manipulation
En dépit du jeûne et d'une chaleur assez élevée ce vendredi, la mobilisation était intacte à Jijel. Les manifestants ont su déjouer aussi des tentatives de manipulation et d'orientation des slogans au début de la marche. Fort heureusement, avec le grossissement très important de la masse des marcheurs, les slogans les plus divers ont repris droit au niveau de chaque carré de la marche. Les marcheurs ont suivi le même trajet que d'habitude, appelant Bensalah et Bédoui à dégager, ou encore à l'instauration d'un Etat civil. Sur des écriteaux, on pouvait lire : «Non à une justice trompeuse», «Non à la reproduction du système Sissi en Algérie», «Le Festival de Cannes est pour bientôt pour la projection de vos mises en scène», ou encore «Non au pouvoir des casernes».
Parmi les chants entonnés par les marcheurs, on retiendra : «El Djeich dialna wal Gaid khana !» (C'est notre armée, mais Gaïd nous a trahis), «One, two, three, ils nous ont eu bekri (avant) et le rejet des élections avec "Pas d'élections bande de malfaiteurs". On retiendra qu'au début de la marche, quelques personnes ont tout fait pour détourner les marcheurs de certains slogans contre Gaïd Salah dès qu'ils commençaient à les entonner. Les mêmes personnes se sont attaquées à un militant des droits de l'homme, parce qu'il portait un écriteau mentionnant : «Je suis Louisa Hanoune». Mais la marche a été un véritable succès en ce mois de Ramadhan. Fodil S.
Bordj Bou Arréridj : un iftar collectif pour les manifestants
En dépit d'un soleil de plomb qui a marqué ce premier vendredi ramadhanesque, et le douzième dans l'ordre de la protesta, les manifestants continuent d'affluer de différentes régions du pays pour marcher à Bordj, fascinés par les scènes festives de la contestation et l'ambiance que leur offre la capitale des Bibans. Et en signe de bonne hospitalité, un iftar collectif pour quelque 1200 repas a été préparé par des bénévoles qui ont tenu à prendre soin de leurs hôtes pour que le mouvement ne faiblisse pas.
M. A.


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