Les propos volent et déroulent fébrilement l'actualité du temps. Dans ce périmètre intime et réduit, les gens parlent, discutent et s'affrontent avec audace, franchise, impudence ou retenue. Les critiques fusent. Les reproches foisonnent contre les appariteurs de l'ordre. Il suffit juste d'une allusion pour que les langues se délient et s'emballent. On se plaît, presque, à arpenter continuellement ce petit lopin pour taillader, dénoncer et récriminer. C'est une habitude. Un pli que l'on couve. On ne masque pas son dépit contre tout ce qui va mal, contrarie et exaspère. L'Etat, blanchi sous le harnais des erreurs accumulées, n'est jamais épargné. On lui réserve l'essentiel des attaques, avec véhémence. Tous ceux qui ne sont pas spécialement ravis de la hausse des prix, de la cherté de la vie ne se retiennent pas pour pointer un doigt accusateur. Contempteurs acerbes, ils brocardent le bourdonnement des officiels qui ne font rien pour stopper l'ascension des prix ou la descente aux enfers. La société de connivence, grande pourvoyeuse des notoriétés indues, des renommées et des honneurs immérités, se trouve au cœur même de la cible pour être fustigée. C'est elle, le mouton noir, la source de tous les maux. Le café se transforme par la force des choses en cercle où se retrouvent tous ceux qui s'octroient le droit de critiquer, de ne pas être d'accord. Candidement ou sciemment, on se laisse emporter par cette atmosphère débridée. Scènes de la vie ordinaire qui vilipende et réprimande nos doctes « sauveurs » avec leurs usines à bêtises à coups d'embardées caustiques. Et c'est tant mieux.