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Les Occidentaux risqueront-ils une confrontation avec la Syrie ?
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Publié dans El Watan le 04 - 08 - 2012

Un spécialiste américain a écrit dans le journal Le Monde du 8 avril 2003 : «A présent que les forces américaines se trouvent dans Baghdad, qu'il nous soit permis de placer les événements actuels dans une perspective historique.
En un sens, comme l'a fait remarquer le professeur Eliot Cohen de l'université John-Hopkins, nous sommes entrés dans la ‘‘quatrième guerre mondiale''. Plus qu'une guerre contre le terrorisme, l'enjeu est d'étendre la démocratie aux parties du monde arabe et musulman qui menacent la civilisation libérale à la construction et à la défense de laquelle nous avons œuvré tout au long du XXe siècle, lors de la Première, puis de la Deuxième Guerres mondiales, suivies de la guerre froide – ou Troisième guerre mondiale.» Il est vrai qu'il y a à redire sur l'instauration de la démocratie dans les 22 Etats arabes que compte le monde musulman, mais clamer haut et fort que la guerre au Proche et Moyen-Orient est une guerre de la liberté contre la tyrannie, c'est tomber dans un simplisme réducteur. L'auteur poursuit : «L'Amérique doit convaincre les populations du Proche-Orient que nous sommes de leur côté, exactement comme nous avons convaincu Lech Walesa et Vaclav Havel, et Andreï Sakharov que nous étions de leur côté. Ce qui prendra du temps. Ce qui sera difficile. Nous sommes conscients d'inquiéter les terroristes, les dictateurs et les autocrates. Nous voulons qu'ils soient inquiets. Nous voulons qu'ils comprennent que l'Amérique est aujourd'hui en marche, et que nous sommes du côté de ceux qu'ils redoutent le plus, leurs propres peuples.»
Du discours triomphateur, que reste-t-il ? Peu de choses. Cependant, force est de constater que ces slogans grand public ont survécu. S'ils le doivent initialement à l'euphorie de la victoire qui a succédé à la chute de Baghdad en 2003 puis en berne après la débâcle américaine en Irak, cette stratégie réapparaît de nouveau avec le «printemps arabe».
L'Amérique aujourd'hui «en marche» cherche, sous le paravent de diffuser des valeurs démocratiques, à regagner des positions moyen-orientales perdues dans les années de la guerre froide. Une étude de la situation interne et externe de l'Amérique et du contexte dans lequel les motifs militaires et les raisons politiques sont invoqués, sont à même d'expliquer pourquoi cet étalage des forces hostiles est déployé au Proche et au Moyen-Orient depuis 2001. Et l'immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, est venue, en bouleversant le monde arabo-musulman, offrir ce qui manquait à cette donne. Corruption, chômage, misère, détournements de fonds publics, démocratie et liberté limitée, népotisme, des chefs d'Etat souvent très âgés enclins avec l'accointance des hommes du système politique en place à transmettre le pouvoir à leur famille (héréditaire) caractérisent cette déliquescence des pays arabo-musulmans. Ils ont été les causes des manifestations populaires de grande ampleur durant toute l'année 2011.
Même le Bahreïn et le Maroc ont été touchés. Les autres pays monarchiques n'ont échappé que grâce à leurs richesses et les mesures urgentes prises (augmentation massive des salaires et subventions) pour contrer la hausse des prix des produits alimentaires. En 2012, le printemps arabe semble entrer dans sa phase finale. Après le changement des régimes en Tunisie, en Egypte, en Libye et au Yémen, la Syrie continue depuis plus d'un an à faire face à une guerre insurrectionnelle. Une campagne occidentale médiatique particulièrement insidieuse cherche à jeter le discrédit sur le régime syrien. En plus de l'aide octroyée aux insurgés et une condamnation de la répression, toutes les parties occidentales et de l'opposition syrienne appellent à l'application de l'article VII de la charte de l'ONU pour faire tomber le régime politique syrien. Seul le droit de veto de la Chine et de la Russie empêche les Etats-Unis et l'OTAN d'avoir le blanc-seing pour passer à l'action en Syrie.
Ce formidable battage médiatique, diplomatique international au quotidien contre la Syrie témoigne d'une lutte sourde entre les grandes puissances sur le contrôle des grands gisements de pétrole dans cette région. Précisément, leur contrôle par les Etats-Unis passe par l'éjection de la Russie et la Chine de la région. Ce qui est inacceptable pour ces grandes puissances vu l'importance stratégique que constituent ces réserves de pétrole dans le monde.
Les enjeux géostratégiques monétaires avant d'être militaires
Depuis la fin de la guerre en Irak, les Etats-Unis ont beaucoup changé leur approche sur le monde arabo-musulman. Ils ont compris que le Grand Moyen-Orient auquel ils avaient aspiré un temps, qu'ils croyaient pouvoir imposer par la force, avait été une chimère. Le bourbier dans lequel les a plongés l'invasion de l'Irak en 2003 et qui n'a pu trouver d'issue pour l'Amérique qu'en mettant fin à l'occupation sans pour autant tirer de dividendes est éloquent. En outre, il a été assorti d'une formidable dépense de guerre, plus de 3000 milliards de dollars. Ce qui n'a fait qu'enfoncer plus les Etats-Unis dans la crise économique de 2008. Aujourd'hui, ils procèdent à de fortes coupes dans leur budget de la défense, donc une faillite stratégique dont les conséquences sont considérables. La Chine est en train de gravir rapidement les échelons sur le plan mondial. Déjà deuxième puissance économique mondiale depuis 2010, elle espère dépasser les Etats-Unis à l'horizon 2030. Une échéance qui n'est pas lointaine. Le yuan commence à s'internationaliser et à se placer dans les réserves de change des banques centrales des pays du monde. A terme, il deviendra une forte monnaie de réserve, et probablement une monnaie de facturation des matières premières et du pétrole, privilège que l'euro et le yen ne partagent pas avec le dollar. Une situation qui bouleversera certainement l'ordre économique et monétaire mondial. La Russie vise aussi une place de grande puissance dans le monde. Le rouble, déjà monnaie convertible, cherche aussi à concurrencer le dollar en tant que monnaie de facturation du pétrole. Quant à l'Iran, il exporte son pétrole en monnaie autre que le dollar et l'euro. Commerçant avec la Chine, il règle ses importations de Chine par le troc en pétrole ou en monnaie chinoise.
Ainsi, un dollar concurrencé et affaibli par les monnaies russe et surtout chinoise et le choix de l'Iran de facturer son pétrole en monnaie autre que le dollar amènera la superpuissance américaine, probablement dans les dix années à venir, à ne plus pouvoir répercuter ses déficits extérieurs sur le reste du monde. La formidable monétisation des déficits budgétaires et commerciaux ne pourra plus jouer comme aujourd'hui. Les Etats-Unis seraient obligés de résorber leur déficit extérieur par une baisse drastique des importations, une baisse de la dépense publique et une hausse des impôts.
Nouvelle stratégie américaine pour le monde arabo-musulman en 2009
Pour les Etats-Unis, l'Iran reste le maillon faible du bloc adverse. Précisément, l'élection présidentielle à l'été 2009 en Iran et la massive contestation qui a suivi ont été attentivement observées par les stratèges américains. «Puisque mener une guerre contre un pays musulman sans appui de pays limitrophes est voué à l'échec, pourquoi ne pas mettre à contribution les alliés à l'intérieur même de ces Etats pour vaincre les pays récalcitrants à leur hégémonie ?» Ces alliés de l'intérieur ne sont autres que les peuples musulmans qui sont brimés par des décennies de dictature auxquelles le soutien occidental a contribué. L'épisode de 2009 en Iran est venu apporter la solution idoine qui manquait, surtout que l'époque et les enjeux ont changé. La Chine, aujourd'hui, se diffuse partout dans le monde.
Les besoins massifs en matières premières et en pétrole qu'elle négocie, souvent par le troc (échange de pétrole contre des produits made in China, de contrats de construction d'habitat, d'autoroutes, d'aéroports, d'usines...) qu'elle préconise avec ses partenaires musulmans, africains et autres dans sa «politique gagnant-gagnant. Une politique qui n'est qu'une forme déguisée pour évincer le dollar américain des transactions commerciales internationales, ce qui se répercute gravement sur l'économie américaine. Ainsi se comprend l'urgence d'«évincer la Chine des champs pétrolifères iraniens et des contrats gagnant-gagnant avec le monde arabo-musulman». Cette stratégie passe par l'appui aux peuples et la chute des dictateurs arabo-musulmans. Le problème n'est pas qu'un régime islamiste remplace un régime dictatorial, mais qu'il permette aux peuples musulmans d'élire librement leur gouvernement. De plus, cette stratégie ne s'applique qu'aux Etats arabes du type républicain, les pays monarchistes arabes, liés au parapluie militaire américain, n'en sont pas concernés.
Entre reconceptualiser un «Nouveau Grand Moyen-Orient» et la «réalité»
En 2012, le «printemps arabe» s'est soldé par une reconfiguration politique presque totale de l'Afrique du Nord. Exceptée l'Algérie, tous les autres pays ont vu leurs régimes politiques remplacés par des régimes islamistes. Le Maroc est resté monarchique avec un gouvernement islamiste. Que reste-t-il des pays qui ne sont pas alignés à la superpuissance américaine ? La Syrie qui se trouve en proie à une guerre civile. L'Iran, confronté à des sanctions économiques depuis près d'une décennie, sait qu'il est en attente d'une guerre qui semble «inévitable». Quant à l'Algérie, prudente, elle est ménagée par l'Occident, du moins pour l'instant. Elle sait qu'elle est dans le viseur occidental. Le conflit dans le Sahel qui vise le Mali n'est pas fortuit et comporte forcément des implications dans la région sahélienne dont l'Algérie fait partie. L'Algérie, par sa position géographique, ne peut faire exception dans la «nouvelle stratégie américaine». Un pays qui a mené une longue guerre de libération, un peuple cité parmi les plus récalcitrants à l'hégémonie et de surcroît riche en pétrole ne peut que le situer, après la Syrie et l'Iran, dans les préoccupations stratégiques occidentales. L'Algérie sait que son avenir dépendra de la tournure que prendront les événements en Syrie. Que reste-t-il encore de résistance dans le monde arabo-musulman ? Le Hezbollah et le Hamas palestinien ? Deux structures qui ne pourraient survivre sans le soutien de la Syrie et de l'Iran. Précisément, la nouvelle politique américaine de «reconceptualiser» une nouvelle fois le Grand Moyen-Orient tourne autour de cet «îlot central» que sont l'Iran et la Syrie, rebelles à l'hégémonie américaine. Que cet «îlot» tombe, et le monde arabo-musulman se trouvera totalement intégré dans le système de domination américain, y compris l'Algérie.
Et si ce «nouveau Grand Moyen-Orient» et la démocratisation à marche forcée tant attendue par les peuples musulmans entraient dans les «lois de la nécessité» ? Ceci nous amène à dire que, tout compte fait, les transformations en cours suivent une évolution naturelle. Ce qui veut dire que les peuples, loin des enjeux qui divisent les puissances, ne cherchent qu'à sortir des carcans de la dictature et à aspirer à la dignité et, qu'en fait, les stratèges américains n'ont fait que profiter de la déliquescence des pouvoirs en place. Cependant, la «nature» ne fait pas bon ménage avec ce qui n'est pas «nature». Dès lors que leur stratégie est entachée de calculs géostratégiques, elle ne peut que fausser le processus naturel historique. Donc, «faire tomber le régime politique syrien même si celui-ci est exécrable comme d'ailleurs lancer une guerre contre l'Iran pour faire tomber le régime islamiste» ne pourra pas libérer les peuples. Il y a une «nécessité» dans l'équilibre géostratégique mondial, comme il y a une «réalité arabo-musulmane» qui n'est pas prise en compte par l'Occident. Les peuples arabo-musulmans ne pourront se libérer réellement des dictatures en place que lorsque les enjeux géostratégiques qui pèsent sur eux se dissoudront. Il est évident que leur lutte est loin d'être terminée dès lors qu'ils ne sont pas sortis des enjeux des puissances.
Les guerres comme «ruses de l'histoire»
Une situation devenant de plus en plus difficile en Syrie, une crainte que le conflit perdure et qu'il s'essouffle ne peuvent que mettre en péril la «nouvelle stratégie». Les Occidentaux, très proches du but, «risqueront-ils une confrontation avec la Syrie ?» Comme le suggèrent certains pays monarchiques arabes, passeront-ils outre le Conseil de sécurité de l'ONU ?
Si pour l'Occident le régime politique syrien doit tomber, et rapidement, il reste que la Syrie n'est pas la Libye. Non pas qu'elle soit plus forte, elle l'est certainement, mais ne l'est pas assez pour soutenir longtemps une attaque aérienne frontale de l'OTAN. La question qui se pose : quelle serait la réaction de l'Iran, de l'Irak, de la Russie et de la Chine ? Les Américains sont conscients qu'une attaque aérienne frontale occidentale sans autorisation de l'ONU sera certainement contrebalancée par une aide massive iranienne, voire irakienne à la Syrie. L'Iran sait que si le régime syrien tombe, il perd non seulement un allié majeur, mais sera lui-même placé dans la ligne de mire. Entre le choix d'obtempérer aux résolutions onusiennes pour son programme d'enrichissement nucléaire ou subir le même traitement que la Syrie mais en plus fort, tel sera son dilemme. Evidemment, un Iran avec une population de près de 80 millions et un soutien de la Russie et de la Chine pour protéger leurs intérêts dans la région devraient normalement dissuader une attaque de l'Occident tant contre la Syrie que contre l'Iran. Mais tout indique que l'Occident ira jusqu'au bout. C'est dans ces incertitudes que vont se décider des événements majeurs en 2012 ou… en 2013.
Vraisemblablement, il n'y aura pas de solution diplomatique tant il y a de prémices de guerre. Et si ces guerres étaient «nécessaires» non comme le pensent les Occidentaux mais «comme le veut l'histoire» pour permettre au peuple musulman de se libérer à la fois des dictatures et de la mainmise de l'Occident. Et si les guerres à venir aux conséquences incalculables auront à écrire de nouvelles pages de l'histoire, au fond ces guerres, comme celles qui ont précédé, n'auront été que des «ruses de l'histoire».

Medjdoub Hamed. Chercheur


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