L'acteur Tahar Rahim crève l'écran avec le film Le passé. Cannes (France). De notre envoyé spécial Tel père, tel fils, long métrage fiction tourné à Tokyo, par Hirakazu Koré-eda, en compétition à Cannes, est un film sur les gens de la ville, une bonne intrigue et une douloureuse sismographie de deux familles : l'une riche, l'autre modeste. Ces deux familles, dissemblables, sont liées malgré elles par un étrange phénomène, quelque chose d'inexplicable et qui pourtant a bien marqué les années soixante au Japon, quand le pays avait soudain connu, après les années de guerre et d'efforts de reconstruction, un puissant boom de naissance, un baby-boom à la japonaise. Il fallait, peut-être, compenser les pertes de la guerre. Toujours est-il que les maternités étaient débordées et il s'est produit des cas de nourrissons échangés par erreur, ou volontairement... La coutume veut qu'on mette le nom d'un nouveau-né sur son pied ou un bracelet à son poignet. Très souvent à cette époque-là, on oubliait de le faire et on attribuait un bébé à une mère, alors qu'il était celui d'une autre. Basé sur cette histoire réelle, Tel père,tel fils est pourtant une pure fiction transposée dans le Japon d'aujourd'hui. C'est un récit palpitant. Jeune et déjà célèbre architecte à Tokyo, Ryoto forme avec sa femme et son fils de 6 ans une famille propère et sans histoire. Un jour, la maternité de leur quartier téléphone pour leur demander de venir en urgence et leur apprend la catastrophique nouvelle : il y a eu deux nourrissons échangés le jour de la naissance de leur fils et ce dernier n'est pas le leur. Leur fils biologique vit dans une famille modeste. Le directeur de l'hôpital leur présente ses excuses et leur dit que la meilleure solution est l'échange des deux enfants respectifs. Tout en développant cette idée, en faisant rencontrer les parents et en essayant de le dire aux enfants avec précaution, le récit, constamment intense et très maîtrisé, pose aussi la question de savoir si le fait d'avoir le même sang suffit pour en faire un père. Ou bien est-ce le temps passé ensemble. Très beau film, captivant, accueilli avec respect à la séance de presse. Pareil pour le film iranien tourné à Paris par Asghar Farhadi : Le passé, où brille particulièrement l'acteur franco-algérien, Tahar Rahim. C'est un huis clos quasiment théâtral, mais là où d'autres cinéastes se seraient cassé les dents, Farhadi réussit brillamment son travail de mise en scène. Comme le film japonais, cela pourrait être une banale histoire de couple. Dans Le passé, un couple divorce, comme dans La séparation, du même Asghar Farhadi, Ours d'or à Berlin. Le mari iranien est parti il y a quatre ans, ne pouvant plus vivre loin de ses racines. Ahmed (Ali Mosaffa) arrive de Téhéran pour signer l'acte de divorce. Marie (Bérénice Béjo) veut tourner la page et se remarier avec Samir (Tahar Rahim) son nouveau compagnon. Lucie, la fille de Marie, adolescente fugueuse, mal dans sa peau, n'accepte pas que sa mère se remarie. Samir, de son côté, doit s'occuper de sa femme qui est dans le coma à l'hôpital, suite à une tentative de suicide. La précision de la mise en scène, organisée comme un ballet sur scène, est telle qu'on admire le travail des acteurs, leurs gestes, leur voix, leur regard. Tout cela dirigé par le talentueux Farhadi, sans cesse sur le qui-vive.