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«Le statu quo risque d'être mortel pour le pays»
Abdessalam Ali Rachedi. Porte-parole du parti Essabil
Publié dans El Watan le 21 - 01 - 2014

- L'Algérie ne donne pas l'impression d'un pays qui s'apprête à organiser une élection présidentielle, alors que seulement trois mois nous séparent de ce rendez-vous. Que cache cette crispation ?

Techniquement, les élections présidentielles peuvent parfaitement se tenir dans trois mois, c'est-à-dire dans les délais légaux. Le problème que vous soulevez vient du vide politique, sans doute voulu, dans lequel ces élections vont se tenir. Dans un pays normal, l'élection présidentielle est un évènement majeur, au moyen duquel peut se concrétiser l'alternance. Chez nous, les tenants du pouvoir considèrent qu'il s'agit d'une simple formalité et que le même système doit être reconduit. Mais les partisans du statu quo n'ont plus l'assurance qui était la leur il y a à peine quelques mois. Leur crispation résulte bien entendu de l'état de santé du Président qui ne lui permet pas de briguer un quatrième mandat. Le fait que le projet d'amendement de la Constitution en vue d'instituer un poste de vice-Président ait été abandonné montre bien que Bouteflika ne sera pas candidat. De plus, le système peine à dégager un candidat de substitution qui serait un candidat de consensus entre les trois principaux clans du pouvoir (Présidence, état-major et DRS). D'où les atermoiements et les luttes d'appareil…

- Dans quelles conditions politiques se tient cette élection présidentielle ? Le pouvoir promet une «élection démocratique», l'opposition crie à la «fermeture du jeu». Qu'en pensez-vous ?

Le problème ne réside pas tant dans l'élection elle-même que dans le contexte dans lequel elle se déroule. En politique, il faut d'abord identifier le conflit, les élections n'étant qu'une procédure pour résoudre pacifiquement les conflits. Interrogeons-nous donc sur les forces en présence. De toute évidence, il y a d'un côté les partisans du statu quo et de l'autre les partisans du changement. Bien entendu, ce clivage a ses prolongements au sein de la société et ce sont en définitive les citoyens, du moins les citoyens actifs, qui feront pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Même si le pouvoir a une certaine capacité à manipuler les résultats, il ne pourra pas contenir une volonté populaire de changement si cette volonté est suffisamment nette et puissante. Sans compter qu'à tout moment, cette volonté peut aussi s'exprimer dans la rue, à l'image de ce qu'on a appelé le «printemps arabe».

- Cette élection a-t-elle finalement un enjeu pour le pays ou est-elle vidée de son sens au regard de ce que vous décrivez ?

Les enjeux pour le pays sont considérables. Le maintien du statu quo est mortel pour notre pays avec des risques certains d'implosion. Pour s'en sortir, l'Algérie doit engager, sans tarder, trois ruptures. Premièrement, une rupture idéologique avec l'abandon du populisme islamo-nationaliste et la promotion de l'individualisme, de la citoyenneté, des droits de la personne humaine et de l'égalité homme-femme. Deuxièmement, une rupture politique avec la fin du jacobinisme et de l'autoritarisme qui lui est inhérent par la refondation de l'Etat, avec la séparation et l'équilibre des pouvoirs, une large décentralisation avec la libre administration des collectivités locales et la création de régions. Troisièmement, une rupture avec l'économie rentière et la corruption qui lui est inhérente par une transition libérale, avec la mise en place d'une économie productive, créatrice de richesses, et les mécanismes d'une concurrence libre et non faussée.

- Le changement démocratique tant désiré par la société sera-t-il donc au rendez-vous à l'occasion de cette présidentielle ?

Si l'opinion majoritaire dans la société est pour le changement, le changement se fera, c'est une quasi-certitude. Mais pour le moment, cette volonté de changement, si tant est qu'elle existe vraiment, n'est pas visible ou alors elle ne s'exprime pas politiquement. Est-ce à dire qu'il faut céder au pessimisme ambiant et considérer que la partie est perdue d'avance ? Je ne le pense pas. Que le désir de changement puisse se cristalliser en une mobilisation pour le changement à l'occasion de la présidentielle, pourquoi pas ? Après tout, ne dit-on pas que l'élection présidentielle est la rencontre d'un homme et d'un peuple ?


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