Il est dans la nature de la langue populaire et des argots, opposés à la langue classique ou écrite, d'échapper davantage à la fixation et aux définitions imposées — souvent — par une minorité élitiste. Habib Sayah croit que l'utilisation de la langue populaire dans la création romanesque est une fenêtre qu'on ouvre pour dénoncer la société en place. «Le langage du roman devrait-être celui des victimes de cette société.»(1) L'oral populaire, introduit dans son roman Le temps des pyromanes(2), est savoureux, pittoresque, expressif. Simulé à l'écrit, il y reconstitue fictivement un type de communication qui n'est pas par définition celui de la langue savante. Habib Sayah veut non seulement créer «un lexique algérien», mais un ordre des mots, une syntaxe et une certaine démarche du discours. Dans ses romans Timassine(3), Cette nostalgie (Dhak El Hanine…), ses recherches ont porté sur tous ces aspects à la fois. Certaines expressions populaires sont «intraduisibles en langue classique, écrite». Habib Sayah encourage «les lecteurs» à se donner la possibilité d'évoquer, sans les mettre à distance, le corps et ses fonctions, ou de faire entendre la voix-même de l'agressivité (verbale notamment). On reconnaît aussi chez le romancier cet effort créatif par lequel un individu se met aux prises, par le biais de l'imaginaire, avec l'inconscient et avec le langage. A chaque livre, l'écrivain tente d'améliorer la narration en tenant compte des nombreux problèmes posés au langage romanesque. Ainsi, il réussit souvent à renouveler son style : effets inattendus de la langue, inépuisables bonheurs d'expression. Habib Sayah nous impose le devoir de mieux comprendre ce qui fait que certaines œuvres littéraires exercent sur nous un attrait plein de plaisir.
1+2)- Le temps des pyromanes (Zaman E-Nemroud) a été écrit totalement en arabe parlé (algérien). 3)- Timassine a été le dernier bastion des Rostomides (Ibadites). Ses ruines sont à 25 km de Ouargla.