La situation en Syrie n'a jamais été aussi grave. C'est simple, elle est à un point tel que le secrétaire d'Etat américain la considérait, lundi, «à bien des égards hors de contrôle». Pourtant, les efforts en vue de faire taire les armes n'ont pas cessé et la poursuite des négociations a même laissé espérer un accord. Normal, conclut-on, quand un ancien responsable d'un pays arabe finit par avouer qu'«il y avait trop de cuisiniers, le plat a été gâché». L'ONU, quant à elle, avait recensé des centaines de groupes opposés au régime syrien, qui ont fini par se faire la guerre. Ou encore, la situation s'y est sérieusement aggravée ces dernières semaines en dépit du cessez-le-feu en vigueur. Un Syrien est abattu toutes les 25 minutes, et un blessé toutes les 13 minutes. Au total, plus de 270 000 personnes ont trouvé la mort depuis le début de la guerre, en mars 2011. Telle est la réalité syrienne, marquée également par ce que d'aucuns considèrent comme un retour de Bachar Al Assad porté par les alliés de la Syrie. Plus que cela, certaines capitales qui lui étaient opposées ont fini par reconsidérer leurs positions et soutenir le chef de l'Etat syrien, craignant un effondrement total des institutions de ce pays. John Kerry parle ainsi d'«un conflit qui, à bien des égards, est hors de contrôle et perturbe profondément chacun dans le monde», tout en soulignant, au sujet de la reprise des violences, que «les deux parties, l'opposition et le régime, ont contribué à ce chaos». Quant à l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, qui fait preuve de perspicacité, il déclare que le «miracle» de la trêve est «devenu très fragile», se gardant d'en situer les responsabilités ou la partie en cause. Pour sa part, le secrétaire général de l'ONU a averti que «l'effondrement de la cessation des hostilités ne fera qu'apporter plus de violence, de mort et de destruction, tout en affaiblissant les efforts entrepris pour trouver une solution négociée à cette guerre brutale». Tout a donc été dit sur la guerre en Syrie, laissant entendre que la confiance est ce qui manque le plus. Ou encore que la solution militaire serait privilégiée, signant donc la fin d'un processus qui aurait permis de préserver ce qui reste d'un pays en ruines, avec des centaines de milliers de morts et des millions de personnes déplacées. Ce qui voudrait dire, quelque part, que la situation n'est pas tout à fait «hors de contrôle» si des éléments précis entendent poursuivre la guerre. Ce qui signifie qu'ils disposent des capacités appropriées, sans rapport avec la politique, il est vrai. C'est dans ce contexte qu'intervient le voyage à Moscou de l'émissaire onusien pour des discussions sur les moyens de rétablir le cessez-le-feu en Syrie, gravement compromis par des jours de combats meurtriers. Il avait auparavant annoncé de nouvelles mesures, sans donner le moindre détail : «Nous préparons un meilleur mécanisme pour surveiller et contrôler un nouveau cessez-le-feu.» La Russie a fait état de «négociations actives» pour faire taire les armes à Alep. Mais elle a averti qu'elle ne comptait pas «mettre la pression» sur Damas pour arrêter les frappes sur cette ville, comme Washington l'exigeait. Dans le même temps, le Centre russe pour la réconciliation en Syrie affirmait que «les aviations russe et syrienne n'ont pas effectué de frappes contre les groupes d'opposition armée qui ont annoncé cesser le feu et ont fourni leurs positions» aux représentants russes ou américains, alors que le département d'Etat US réaffirmait que le cessez-le-feu devait être «national» et qu'Alep n'avait «jamais» été exclue des négociations sur la trêve. La diplomatie semble vouloir accompagner ces tractations en vue d'un cessez-le-feu qui «tienne» et empêcher que le conflit syrien devienne réellement hors de contrôle. Il est ainsi question d'une réunion du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) «bientôt» assure-t-on, du moins espère-t-on, en vue de maintenir en vie le dialogue syrien. Au regard des craintes que ce conflit suscite, ce serait, bien plus que cela, une véritable urgence.