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«Nous sommes en état d'urgence économique et sociale»
Mohand Amokrane Cherifi. Membre de l'instance présidentielle du FFS
Publié dans El Watan le 05 - 06 - 2016

Dans cet entretien, l'expert Mohand Amokrane Cherifi estime que les réponses techniques sont insuffisantes face à la situation de crise qui prévaut et que seul le «primat du politique peut en venir à bout».
L'Algérie est confrontée à une baisse durable de ses recettes pétrolières. Les mesures du gouvernement, l'austérité à court terme et l'adoption d'un «nouveau modèle économique» permettront-elles de faire face à la situation ? Y a-t-il danger en la demeure ?
Cette question comme celles qui suivent sont centrées sur nos problèmes économiques et sociaux dans un contexte de chute des recettes pétrolières et sur la capacité du système à y répondre. S'agissant d'une crise systémique et multidimensionnelle qui touche de nombreux pays, il est communément admis que les réponses techniques sont nécessaires mais insuffisantes, car seul le primat du politique peut en venir à bout.
Ce fut l'un des premiers enseignements que j'ai reçu de notre défunt président Hocine Aït Ahmed, en ajoutant à cette vérité première que l'enjeu du combat pour un développement durable exige le primat des citoyens sur la politique afin que cette dernière reflète effectivement les choix démocratiques de la société. Je voudrais en même temps souligner que mon intention n'est pas de sous-estimer les difficultés ni de les surestimer, mais de parler vrai en apportant un éclairage sur cette situation complexe résultant de causes internes et de facteurs externes sur lesquels le pays n'a pas prise.
Ceci dit, l'Algérie n'est pas le seul pays à connaître une baisse de ses recettes pétrolières. Ce qui différencie l'Algérie des autres pays pétroliers, c'est la politique économique et financière menée avant et pendant cette chute des prix des hydrocarbures. Avant, certains pays, pas tous, ont anticipé cette baisse des ressources et ont pris un certains nombre de dispositions : diversifier leur économie, assurer des placements judicieux de leurs fonds à travers des achats d'actifs à l'étranger, ou comme c'est le cas de l'Algérie, constituer des réserves pour combler des déficits budgétaires conjoncturels.
Malheureusement, notre pays n'ayant pas pu ou su diversifier à temps l'économie, risque de voir ses réserves vite épuisées si la tendance des marchés pétroliers n'est pas à la hausse dans un proche avenir. Cela étant, les pays pétroliers qui continuent à dépendre du pétrole ne sont pas tous sous la pression de leur population, comme c'est le cas de notre pays. Une analyse des désordres sociaux qui agitent ces pays a montré que les régimes démocratiques ont pu maîtriser la situation à travers des institutions réellement représentatives et des débats citoyens.
L'austérité y est acceptée parce qu'elle se traduit par une allocation équitable et transparente des ressources en préservant les catégories sociales les plus démunies. De plus, ces pays ne connaissent pas de scandales de corruption ou de détournement de la rente qui alimentent la défiance des populations à l'égard de leurs dirigeants. Y a-t-il pour autant un réel danger pour notre pays ? Cela dépendra du choix que l'on fera :
- soit compter sur le capital international à travers l'endettement extérieur et les investissements directs étrangers, ce qui reviendrait à se dessaisir du pouvoir économique, à brader les ressources nationales sans perspective d'un développement autocentré, en un mot hypothéquer la souveraineté nationale sans espoir de changement. C'est un choix risqué pour l'Algérie.
- Soit compter sur les potentialités nationales publiques et privées et le soutien de la population à travers la démocratisation accélérée du système de gouvernance, ce qui sauvegardera l'indépendance nationale, ses ressources et sa souveraineté, avec une austérité librement consentie. Cela revient à redonner le pouvoir effectif à la population à travers ses représentants démocratiquement élus.
Cette option considère l'investissement étranger comme un complément minoritaire et non comme un substitut majoritaire à l'investissement public et privé national, en l'orientant vers des secteurs et des régions à développer avec des obligations d'intégration, de formation, de transfert de technologie et un bilan devises positif. Le choix du compter sur soi pour surmonter la crise actuelle et construire ensemble l'avenir doit en principe réunir le plus large consensus.
Dans une telle optique, tout modèle économique qui ne prendrait pas en considération cette option risque d'être perçu comme antinational, voire antisocial. Surtout s'il est adopté sans consultation des principaux acteurs politiques et ceux de la société civile. C'est en cela que la démarche participative, neutre et sans exclusive, de reconstruction du consensus national, que nous avons initiée pour élaborer un projet commun fondé sur la démocratie et l'Etat de droit, qui rassemble les algériens et reflète leurs aspirations, prend tout son sens aujourd'hui et devient incontournable.
Le pouvoir, et avec la baisse des ressources, sera-t-il en mesure à la fois de satisfaire les besoins sociaux, de diversifier l'économie et de créer des emplois ?
Ce sera difficile, pour ne pas dire impossible. Sans sous-estimer ni l'engagement ni la capacité des hommes en charge des différents secteurs d'activité, aucun programme économique et social ne pourra aboutir aux résultats escomptés sans un changement du système actuel de gouvernance, que je considère inadapté aux aspirations et à l'évolution de notre société, car non décentralisé et non participatif.
Il ne faut pas s'attendre à des transformations économiques et sociales rapides et profondes sans participation effective de la population. Comme le système actuel ne fixe pas de cap clair dans ce sens, tout laisse penser qu'il est à la croisée des chemins et qu'il ne sait pas encore quelle direction prendre, vers la gauche sociale ou vers la droite libérale, quelle vitesse adopter et quels changements sont nécessaires pour être en phase avec la société qui avance et le monde qui progresse.
Dans tous les cas, une des grandes actions à entreprendre est l'appropriation de l'Etat par les citoyens. Tant que les citoyens réduits à l'état d'assistés percevront l'Etat comme n'étant pas le leur, leurs besoins et leurs revendications ne cesseront pas et seront difficiles à satisfaire à l'avenir. Car sans implication des citoyens dans la gestion du pays et l'allocation des ressources, à travers leurs représentants démocratiquement élus à tous les niveaux de décision, il sera difficile d'obtenir leur adhésion à des programmes d'austérité dictés d'en haut.
La nouvelle orientation économique consignée dans la loi de finances consacre l'austérité et la privatisation des entreprises publiques avec une possible cession des actifs à des firmes étrangères au bout de trois années de gestion privée. Est-ce raisonnable dans le contexte sensible que nous vivons ?
Parlons d'abord du contexte. Je vous renvoie à une analyse que j'ai faite dernièrement et qui reste d'actualité (lire en marge de l'entretien). Dans un tel contexte porteur de menaces et d'instabilité, faut-il rajouter en interne des mesures qui alimentent le mécontentement et divisent la société au moment où il faut la rassembler et la mobiliser ?
Je me limiterai à relever deux points à ce sujet :
- la loi de finances en introduisant des mesures fiscales additionnelles réduit encore plus le pouvoir d'achat des citoyens déjà rogné par l'inflation et la dévaluation du dinar qui vont s'accentuer. La politique monétaire qui vise, par une dépréciation du dinar en valeur nominative de l'ordre de 20%, à gonfler les recettes budgétaires en monnaie locale des exportations pétrolières a déjà entraîné une augmentation de l'inflation à hauteur de 5%. Alors que les gains budgétaires escomptés ne sont durables que si les dépenses publiques n'augmentent pas sous l'effet de la dépréciation.
- Cette loi, normalement consacrée à la seule gestion des finances publiques élargit la place du secteur privé national dans l'économie nationale, alors que ceci devrait faire l'objet d'un examen et d'un débat séparés et donner lieu éventuellement à une Loi spécifique dans ce domaine, après avoir tiré toutes les leçons des privatisations antérieures.
Qu'aurait-il fallu faire ?
Pour réduire les dépenses budgétaires, il y a lieu de mettre fin de façon drastique aux gaspillages, faire des économies sur le train de vie de l'Etat, et engager une réforme profonde de la fiscalité et sa modernisation pour augmenter les recettes de l'Etat tout en assurant une meilleure répartition et un plus grand recouvrement de l'impôt. A cet effet, l'Inspection générale des finances et le corps des inspecteurs qui activent dans les administrations centrales et locales, de même que la Cour des comptes, devraient voir élargies leurs compétences pour un contrôle rigoureux des dépenses publiques et la recherche systématique des gisements d'économies.
Sur le plan des équilibres extérieurs, il faudrait mettre fin aux importations des produits de seconde nécessité, et se limiter à assurer l'approvisionnement du marché en produits alimentaires de base, en médicaments en révisant la nomenclature, à garantir les biens et services essentiels pour le secteur de la Défense nationale et le secteur pétrolier afin de lui permettre de continuer à explorer, à produire et à exporter.
Le reste des équipements et matières premières nécessaires aux investissements et à la production sont à examiner au cas par cas en donnant la priorité aux activités de substitution des importations et d'exportation. De telles mesures qui seraient dictées par des institutions démocratiques seraient acceptées. Les imposer d'autorité entraînerait des réactions de rejet, voire d'hostilité.
Le système rentier résistera-t-il encore, comme ce fut le cas durant les précédentes crises liées à la chute des prix du pétrole ?
Le système rentier résistera car le niveau actuel des réserves lui permettra de tenir quelques années encore, et dispose de ressources alternatives du sol et du sous-sol autres que le pétrole, qu'il peut hypothéquer. La terre si vaste, le soleil si généreux, les potentialités minières dont le gaz de schiste, sont autant d'atouts que le système pourra faire valoir en temps voulu. Il résistera également parce qu'il est soutenu par tous ceux qui s'y abreuvent, de l'intérieur comme de l'extérieur, et qui feront tout pour l'entretenir en l'endettant et en l'enfermant dans le piège de la dette. Il ne faut donc pas s'attendre à ce que le système rentier s'autodétruise de lui-même. Il cessera d'exister lorsque le système politique aura été effectivement démocratisé.
Le FMI suggère à l'Algérie de recourir à l'endettement extérieur. Qu'en pensez-vous ?
Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. L'Algérie n'est pas en cessation de paiement que je sache. Dans une telle perspective, il ne faut surtout pas renouveler l'expérience d'un recours au FMI qui, dans les années 90', a entraîné le pays dans un programme d'ajustement structurel, réduisant la protection sociale et le pouvoir d'achat de la population, privatisant sans discernement le secteur public, et, plus gravement encore, dessaisissant l'Etat de son pouvoir économique. La crise grecque devrait nous faire réfléchir sérieusement quant aux conséquences dramatiques qui pèsent sur les populations de pays qui se placent sous la tutelle du FMI. Il existe des alternatives au recours au FMI.
Il faudra faire appel avant tout à l'épargne nationale et au concours des entreprises nationales publiques et privées, qui sont les meilleurs garants d'un développement indépendant. Par ailleurs, on pourrait envisager de négocier au cas par cas avec des pays développés et des pays émergents des accords bilatéraux à moyen et long termes en proposant un échange «marché et énergie» contre «capitaux et technologie» permettant ainsi de développer le pays sans débourser des fonds et sans recourir à un endettement externe sous contrôle du FMI.
S'agissant du privé productif, il ne faut pas le confondre avec le secteur informel ou le lobby de l'importation. Son apport au développement sera déterminant à l'avenir. Cependant, nous devons être attentifs quant à son évolution, son rapport à la politique et aux multinationales pouvant porter préjudice aux intérêts nationaux. Sa structuration au niveau des différentes wilayas va dans la bonne direction si ce secteur vise à mieux contribuer au développement local.
Mais si son véritable objectif est d'influencer directement ou indirectement la politique nationale en créant localement des réseaux de soutien, cela reviendrait à investir le champ politique contrairement à ses statuts et à faire perdre à l'Entreprise économique sa raison d'être : créer de la richesse et de l'emploi. Ce qui ne rendrait pas service au pays car le mélange de l'argent et de la politique est souvent corrupteur des hommes et des institutions.
Quelles sont les mesures urgentes à prendre aujourd'hui afin d'éviter le pire ?
Nous sommes déjà en état d'urgence économique et sociale, bien que non déclaré formellement, car des mesures ont été prises unilatéralement à travers la loi de finances sans véritable concertation avec les formations représentatives de la société et sans un débat citoyen. Devant une telle situation, quelle mesure prendre pour éviter le pire ? Aucune mesure aussi raisonnable soit-elle n'a de chance d'être appliquée sur le terrain et donner des résultats si elle ne recueille pas un large consensus. La confiance de la population à l'égard de tout ce qui vient d'en haut s'est effritée.
C'est la raison pour laquelle l'urgence est de rassembler les Algériens autour d'un projet qui reflète leurs aspirations. L'initiative de réunir les acteurs politiques et ceux de la société civile, sans exclusive, pour élaborer ensemble une plateforme consensuelle est plus que jamais d'actualité. Une telle plateforme, avec une vision commune pour réaliser l'Etat de droit, la démocratie et le développement durable rassemblerait les Algériens derrière leurs dirigeants et constituerait une véritable arme de dissuasion massive contre toute menace d'où qu'elle vienne pouvant porter atteinte à l'unité, à la sécurité, à la souveraineté et à l'indépendance du pays.
C'est ainsi que la proposition de front intérieur initiée par le FLN pour sécuriser le pays ou le projet de l'opposition qui se focalise sur une transition négociée pour changer le système ou bien encore le nouveau modèle économique annoncé, ont tout à gagner à être discutés, sans préjugés ni préalables, et à s'enrichir dans le cadre d'un dialogue responsable et constructif, prôné par la démarche du consensus national. Ceci n'exclut en aucun cas la compétition politique pour faire valoir ses idées.
Quelle part peut avoir la régionalisation économique dans un contexte comme celui qui prévaut actuellement ?
La régionalisation est une terminologie à connotation politique qui empêche toute réflexion sérieuse sur l'utilisation de ce concept dans le domaine économique à des fins de développement du pays. Mais on ne peut ignorer que le développement partout dans le monde ne se réalise véritablement qu'avec une décentralisation effective des moyens et des ressources au niveau des collectivités locales qui doivent mettre en œuvre une gestion participative. De plus, il est maintenant acquis partout dans le monde que l'approche territoriale du développement — c'est-à-dire une démarche où l'évaluation des besoins prioritaires, la conception et la mise en œuvre des projets au niveau du territoire, s'opèrent avec la participation des populations locales — constitue la voie la plus appropriée pour un développement durable. L'époque où l'on décide en haut et où l'on exécute en bas est partout révolue. Le développement ne devient durable que s'il se fait avec la population.
Cela suppose la rénovation du dialogue social et l'implication de la société civile de proximité : comités de village, associations à caractère social, environnemental et culturel œuvrant dans les communes et les quartiers. Cela dit, quels territoires pourraient constituer des régions économiques en Algérie ? Des études datant des années 80' avaient conclu à l'intérêt de regrouper en régions de développement des territoires ayant les mêmes potentialités, des reliefs semblables et un climat identique.
C'est le cas des zones de montagne, de la bordure maritime, des hauts-Plateaux, de la steppe et du sud désertique. Mais il ne faudrait pas précipiter cette opération sans une réflexion profonde en évitant de faire de la région un échelon administratif supplémentaire ou utiliser ce mécanisme pour transférer au niveau local la responsabilité de gestion de la crise financière en l'absence de moyens correspondants.
Ne pensez-vous pas que dans un contexte régional aussi sensible avec les risques sécuritaires qu'il engendre, la plus grande fragilité de l'Algérie est dans la nature de son système politique ?
Le pays est fragilisé lorsqu'il n'est pas protégé par ses Lois. Un Etat fondé sur le Droit, qui respecte et applique sa Loi fondamentale, la Constitution, garantissant toutes les libertés à sa population est fort. La force du droit appliqué dans toute sa rigueur dissuaderait toute violation de la loi et toute atteinte à la sécurité nationale d'où qu'elle vienne. C'est en ce sens que l'on peut dire qu'un système politique qui n'œuvre pas à la consolidation d'un Etat de droit expose le pays à la déliquescence de ses institutions, au désordre et à la subversion.
En matière de négligence du capital humain, on peut dire que l'Algérie détient la palme d'or. Les compétences fuient le pays et l'incompétence est érigée en norme. Qu'y a-t-il lieu de faire afin de réconcilier l'Algérien avec le travail en Algérie ?
Si l'on considère les ressources affectées par le pays au secteur de l'éducation- formation, l'on ne peut pas dire que le pays néglige le capital humain. En ce qui concerne la fuite des compétences, tous les pays en développement sont confrontés au même phénomène, les cadres recherchant de meilleures conditions de vie et de travail dans les pays développés. Je dirais que même les pays européens en crise connaissent un transfert de leurs élites vers les Etats Unis et les pays émergents qui offrent plus d'opportunités de développement de leur carrière.
Cela étant, au-delà des déclarations sur la volonté de freiner cet exode des cadres et d'intéresser ceux qui sont partis à revenir ou à rapatrier leurs connaissances, l'on n'a pas encore créé les conditions d'atteindre cet objectif. En l'absence d'un dispositif approprié pour gérer ce dossier dans le temps, cette situation risque de perdurer et de priver le pays de connaissances dont il a cruellement besoin pour se développer.
Mais le plus préoccupant est le fait que le secteur de l'éducation fournit de moins en moins de compétences, et la formation à l'étranger est devenue marginale. Ceci ne fera qu'accentuer le sous-encadrement de l'administration et des différents secteurs d'activité et retarder le développement du pays.


Bref aperçu de Cherifi sur le contexte international et régional :

Sur le plan international, la crise financière structurelle et durable qui frappe les pays développés membres de l'OCDE, notamment l'Europe et les Etats-Unis fortement endettés, les ont amenés à repenser leur stratégie pour capter les matières premières notamment énergétiques et ouvrir de nouveaux marchés à leurs produits face à la concurrence des pays émergents (BRIC). A cet effet, ils agissent sur trois fronts :
- économiques en prônant la liberté totale des échanges, permettant à leurs firmes d'exporter leurs biens et services dans les pays en développement comme le nôtre sans contrepartie sachant que la réciprocité est inapplicable par manque de produits à vendre ou du fait des protectionnismes tarifaires ou non tarifaires plus ou moins déguisés qu'ils ont mis en place à dessein.
- politiques, en prônant la défense des droits de l'homme et de la démocratie dans les pays hostiles à leur stratégie d'expansion capitaliste, en apportant leur soutien aux oppositions et aux sociétés civiles en vue de changer les régimes et d'amener au pouvoir des personnels favorables à leurs intérêts, qu'importe leur idéologie démocratique, islamiste ou autres. Par ailleurs, ils apportent en même temps et sans se contredire leur appui aux dictatures qui s'engagent à sauvegarder ces mêmes intérêts.
- militaires, en prônant l'intervention armée avec ou sans la caution des Nations unies et/ou des organisations politiques régionales, pour chasser les pouvoirs en place qui n'ont pas pu ou su préserver la stabilité du régime et de ce fait constituent une menace pour leurs intérêts ou ceux de leurs alliés dans la région.
Sur le plan régional, cette mondialisation prédatrice a trouvé un terrain favorable dans le monde arabe et se développe dans tous les pays recélant des ressources naturelles abondantes ou disposant d'une position stratégique en Afrique, en Asie et en Amérique latine, sur terre comme sur les océans. Je ne citerai pas de pays en particulier, mais ce qui se passe à nos frontières nous concerne et ne peut nous laisser indifférents car notre intégrité territoriale ainsi que notre souveraineté nationale se trouvent visées pour ne pas dire menacées.
La reconstruction d'un consensus national qui rassemblerait les Algériens constituerait une arme de dissuasion massive particulièrement efficace face à ces menaces.


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