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« Camarade commandante, vous avez changé »
Daniel Ortega. 16 ans après, l'ancien guerrillero reprend le pouvoir, un cauchemard pour Washinton
Publié dans El Watan le 09 - 11 - 2006

« Le choix en politique n'est pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable. » Raymond Aron
Le nouvel élu peut-il encore tolérer qu'on l'appelle camarade El commandante Daniel ? Les rues de Managua bruissent de rumeur. Si les habitants de la capitale étaient presque sûrs du verdict, en raison des divisions qui ont miné la droite, il n'étaient pas en revanche prêts à miser un seul Cordoba sur le revirement à 180 degrés de leur ancien-nouveau leader.
Daniel se f… des qu'en-dira-t-on. Il savoure sa victoire après avoir signé l'un des plus extraordinaires come-back de l'histoire latino-américaine. Il revient au pouvoir, après avoir fait basculer le pays à gauche en 1979, en pleine guerre froide, donnant de sueurs tout aussi froides à Washington. Après avoir renversé la dictature d'Anastasio Somoza et engagé une révolution à la cubaine, son charisme et surtout son populisme lui vaudront la caution du peuple, particulièrement ses couches les plus défavorisées auxquelles il promettait monts et merveilles. En 1990, à la tête d'un pays déchiré par la guerre civile, El « Commandante » consent à organiser des élections libres qui lui seront fatales. Il aura attendu 16 ans pour reprendre les rênes du pays. Son ami de toujours et son mentor Chavez, qui ne s'est pas privé de le soutenir politiquement, avait prédit, il y a quelques jours, cette victoire. Lors de son programme télévisé dominical, en présence de l'intéressé, Chavez avait déjà annoncé son choix. « Daniel, je ne vais pas dire que je souhaite que tu l'emportes, car ils vont encore me dire que je fourre mon nez dans les affaires intérieures du Nicaragua. Mais en fait, je veux que tu gagnes et tu gagneras ! » Ces paroles mielleuses ont été perçues comme une insulte par la passionaria nicaraguayenne, ancienne camarade de Daniel qui ne cache par son dépit à l'égard de celui qui incarnait tant d'espoirs. « Il a renié ses principes, il s'est rangé aux côtés des gros propriétaires terriens qui l'ont acheté jusqu'à ce qu'il sombre dans l'abus de biens immobiliers, le trafic et le reniement de ses idées en signant un accord electoral contre nature, son vice-président n'est autre qu'un ancien ‘'contra'' ! Pis encore, Ortega est accusé de viol émanant de sa belle-fille de 13 ans », tempête l'ancienne révolutionnaire toujours d'attaque.
Révolution à la cubaine
Mais ce qui a quelque peu refroidi les électeurs, ce sont les survivances du passé, auxquelles le régime d'Ortega est identifié. La guerre des années 1980 entre les sandinistes au pouvoir et les « contras » armés et financés par Washington a fait plus de 30 000 morts. Peu de familles y ont échappé. Dans leurs spots télévisés, les candidats conservateurs ont rappelé cette période de luttes fratricides et les étalages vides en faisant porter la responsabilité à M. Ortega qui gouvernait alors le Nicaragua. « Les gens veulent de la prospérité et des emplois. Ils ont peur d'Ortega car ils craignent un retour au passé », affirment ses détracteurs. En écho, ceux qui le soutiennent font savoir « que malgré son passé, on lui fait confiance, car il est issu d'une famille modeste. Il sait ce que c'est qu'avoir faim ». Malheureusement, cette certitude a été battue en brèche quelques heures seulement avant le scrutin avec l'assassinat en pleine rue de la capitale d'un journaliste vedette de la télévision, ancien militant sandiniste qui a rompu avec Ortega, il y a dix ans, devenant l'un de ses contempteurs les plus virulents. La disparition du journaliste a jeté l'émoi au sein de la classe politique. Il n'en fallait pas plus pour pointer du doigt Ortega, accusé par la famille de Guadamuz, c'est son nom, d'être à l'origine du crime. L'opposition de droite a saisi au vol ce drame en dénonçant « les méthodes maffieuses des sandinistes qui, pour régler leurs comptes, n'hésitent pas à recourir à l'élimination physique », soutient-elle. Ce fait divers, aussi sensationnel fut-il, n'eut aucune incidence sur l'électorat, bien plus préoccupé par son pouvoir d'achat et sa situation sociale qui a périclité faisant du Nicaragua l'un des pays les plus pauvres de la région. Le courant sandiniste a, de tout temps, manifesté son opposition à l'hégémonie américaine sur tout le continent américain, particulièrement sur l'Amérique centrale. Et le point fort d'Ortega est qu'il symbolise cette opposition même s'il a fondamentalement changé. « Sa mue est avant tout motivée par un formidable opportunisme, explique le politologue Montalvan. La défaite d'Ortega à l'élection de 1990 a mis fin à l'expérience sandiniste. Il a encore échoué en 1996 puis en 2001. Alors il s'est adapté. Il a éliminé toutes les références révolutionnaires de son programme. S'il promet la fin du capitalisme sauvage, il assure aussi que les nationalisations massives ou le contrôle des prix ne sont pas à l'ordre du jour. Il va respecter le traité de libre-échange signé avec les Etats-Unis. Il se dit prêt à négocier avec le Fonds monétaire international. Il a fait de son parti un buffet où tout le monde est invité », ironise cet expert qui connaît fort bien les arcanes de la politique nicaraguayenne. Un petit retour en arrière nous renseignera sur l'histoire tumultueuse du Nicaragua. Après avoir été convoité tour à tour par les Américains et les Anglais, cet Etat de l'Amérique centrale, coincé entre le Costa Rica et le Honduras, compte aujourd'hui quelque 5 millions d'habitants. Après la défaite, en 1857, de l'aventurier américain William Walker, maître du Nicaragua depuis 1855, le pays est soumis à la dictature de Zelaya qui est écarté du pouvoir par les marines américains qui restent au pays jusqu'en 1924. Président de 1924 à 1934, César Sandino contraint, par la guérilla, les marines à rembarquer en 1932. Mais sa victoire est sans lendemain. Sandino est assassiné en 1934 par le chef de la Garde nationale formée par les Etats-Unis Anastasio Somoza. Président en 1937, Somoza gère la République comme une propriété privée, exterminant l'opposition et perpétuant par personne interposée l'hégémonie américaine.
Guerillero puis prédicateur, Oublié Marx ?
Après son assassinat en 1956, le clan Somoza reste à la tête du pays notamment avec Anastasio-Somaza junior, au pouvoir à partir du 1967. En 1979, un front sandiniste renverse la dictature somiziste et établit un régime soutenu par Cuba et l'ex-URSS. C'est imprégné de cette histoire qu'Ortega s'est frayé un chemin en politique se mettant toujours du côté des défavorisés. « Issu du peuple, je sais mieux que quiconque ce qu'il ressent. En vérité, fort des expériences passées, je vais m'atteler à rendre leur dignité aux masses qui ont tant souffert. Je fais de la justice sociale mon cheval de bataille. Il y a trop de disparités. Les riches sont toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres », s'est-il écrié lors de la première apparition après sa victoire. Le peuple qui sait apprécier les nuances, prendra-t-il pour argent comptant ces vœux... pieux, lui qui a été suffisamment nourri de slogans creux ? Coincé entre ses promesses aux pauvres et ses engagements avec la bourgeoisie, Ortega va devoir jouer sur une corde raide. Le discours a changé. Aucune attaque contre les Etats-Unis et silence radio en ce qui concerne ses adversaires politiques. L'homme aussi s'est transformé. On est loin de l'image qu'il offrait, vêtu de treillis et haranguant les foules qui l'applaudissaient à tout rompre. L'homme s'est doté d'une dose de spiritualité qui le rapproche du Christ et qui en fait l'un des champions de la réconciliation. Lui l'ancien chef d'un régime communiste pur et dur, qui se référait beaucoup plus à Marx qu'à Dieu, a eu le privilège, en tant qu'athée, d'accueillir dans des conditions calamiteuses le pape Jean-Paul II. Aujourd'hui, il se targue de sa reconversion opportune à la religion dans un pays où l'Eglise, même en dehors des luttes pour le pouvoir, a un poids décisionnel déterminant dans la gestion des affaires du pays.
La fin justifie les moyens
Et puis, le militaire qu'il reste a retenu les leçons du passé qui l'a vu mordre la poussière à trois reprises lors de la présidentielle. Il est vrai que son passage à la tête de l'Etat, dans l'euphorie populaire, n'a pas laissé que de bons souvenirs où les Etats-Unis, son ennemi numéro un, ont encouragé une guerre civile qu'ils ont par la suite agitée tel un spectre pour intimider les électeurs. L'actuel ambassadeur américain à Managua en est le fer de lance. Le parti sandiniste qu'Ortega dirige est devenu une véritable auberge espagnole. On y trouve de tout. De l'ancien président de droite condamné pourtant pour blanchiment d'argent, aux anciens du parti dictatorial. Daniel est allé même jusqu'à proposer la vice-présidence au négociateur de « la contra », la guérilla financée par les Etats-Unis pour le renverser. Tout cela, s'il a irrité les plus irréductibles de ses amis, a désarçonné les Américains qui n'ont pas su rassembler la droite contre lui, alors que Hugo Chavez a mis tout son poids et son pétrole bon marché au service d'Ortega qui trouve là avec Morales, Lula et Castro, un autre allié dans la région. Les Américains, en tout cas, ont tout fait pour barrer la route à l'ex-guérillero jusqu'à agacer l'Italien Claudio Fava, chef de la mission européenne venu observer l'élection présidentielle. « Depuis le début de la campagne, on assiste à une ingérence massive des Etats-Unis, qui rappelle les années 1980. Présenter l'élection comme un référendum anti-sandiniste et faire planer toutes sortes de menaces me semblent une curieuse manière de soutenir un processus démocratique », a avoué le diplomate italien. Par ailleurs, Fidel Castro, Chavez et Morales ont accueilli cette victoire avec la satisfaction qu'on imagine. Les trois ténors de la gauche latino-américaine sont rejoints désormais par un autre adepte de l'altermondialisme politique sur leur continent. Washington, qui a encore échoué, vit le pire des cauchemars. Les Américains vont-ils susciter des « contras » pour harceler le nouveau locataire du Palais de Managua ou lui trouvent-ils quelques qualités après son revirement qui le prémunissent contre la colère contenue du gendarme du monde ? Ce qui est sûr, c'est que l'inquiétude est réelle, l'axe Caracas-La Havane-la Paz-Managua et peut-être Quito (si le candidat pro-Chavez est élu en Equateur, le 26 novembre) est assez tentaculaire, en attendant d'autres pensionnaires du club pour contrarier les desseins de Washington. Bush déjà empêtré dans l'élection de son pays vient d'essuyer un autre revers, signe peut-être du commencement de la fin de sa politique suicidaire...
PARCOURS
Daniel José Ortega est né le 11 novembre 1945 à la Libertad au Nicaragua. Il fut président de ce pays de 1985 à 1990 dirigeant un gouvernement sandiniste. Il est secrétaire général du Parti (FSLN) et député à l'Assemblée nationale. Il est marié à la poétesse Rosario Murillo. Il a mené, à la fin des années 1970, une guérilla d'inspiration socialiste qui emporta le dictateur Somoza en 1979. Le président Reagan avait, à l'époque, la crainte de voir s'installer un régime communiste en Amérique centrale, alors qu'il avait fort à faire avec Cuba. Aujourd'hui, avec l'avènement d'Ortega, la toile de gauche en Amérique centrale et latine prend de l'ampleur et inquiète au plus haut point l'Administration Bush.


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