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Oghestin El Annabi
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Publié dans El Watan le 18 - 11 - 2017


Par Chérif Bennadji
Université d'Alger 1 ancien médersien
Année scolaire 1969–1970. A Alger, au lycée Amara Rachid de Ben Aknoun, anciennement dénommé lycée franco- musulman d'El Biar, avant que le président Ben Bella ne supprime en 1963 les quelques lycées franco-musulmans qui se sont substitués en 1951 aux anciennes médersas. (Taieb Chérif. Mémoire d'un médersien. 1954/1962. Editions Dahlab, 2015,190 pages).
Une classe de terminale «philo» qui avait le privilège inouï d'avoir deux enseignants de philosophie, l'une, Mme Denise Louanchi, qui officiait en langue française, l'autre, M. Rabehi, qui dispensait son savoir en langue arabe.
Curieusement, c'est avec ce dernier que nous avons découvert pour la première fois saint Augustin. En excellent pédagogue, l'élégant M. Rabehi, dont la maîtrise de la langue arabe classique était remarquable, ne répugnait jamais à recourir à l'arabe dialectal pour nous emmener dans les sphères les plus ardues de «la connaissance» et de «l'action» pour reprendre les titres des deux volumes de l'ouvrage de référence en matière de philosophie à cette époque-là, le fameux Vergez et Huisman.
Si j'ai bonne mémoire, c'est à la faveur d'une introduction à La cité de Dieu que le professeur Rabehi nous parla pour la première fois de Oghestin El Annabi qu'il appelait également Oghestin El Hypponi ! Par cette double dénomination, il soulignait ainsi d'emblée et avec force la nécessité et l'exigence de découvrir l'œuvre et la pensée d'un compatriote digne d'intérêt puisque immense philosophe.
Loin des feux de la rampe, dans une obscure salle d'un lycée algérois (un des meilleurs, il est vrai), un pédagogue talentueux soulignait, devant des adolescents de culture musulmane, l'algérianité d'un des grands docteurs de l'Eglise catholique.
Ce faisant, il réalisait devant un auditoire réduit et privilégié, ce que le président Bouteflika fera près de trente années plus tard en affirmant que saint Augustin est algérien, qu'il est des nôtres, qu'il est né chez nous à Taghaste (Souk Ahras) le 13 novembre 354 et qu'il est mort à Hippone le 28 août 430 ; qu'en conséquence, nous devrions en être fiers et, pourrait-on ajouter en paraphrasant un slogan publicitaire très en vogue en Algérie dans les années 1970–1980, «on peut lui faire confiance» !
L'on se souvient en effet qu'invité à intervenir à Rimini en Italie lors d'un meeting tenu le 23 août 1999 sur les cultures de la Méditerranée, le président Bouteflika devait parler de «l'Algérien saint Augustin qui apporta tant à l'Eglise».
Deux mois auparavant, lors du discours prononcé devant le Parlement tunisien dans le cadre d'une visite d'Etat, il avait évoqué saint Augustin cet «Algérien de naissance» et concédé à son auditoire qu'Ibn Khaldoun était quant à lui «tunisien de naissance» (El Moudjahid 30 juin–1er juillet 2000, page 7).
En réaction au discours prononcé à Rimini, l'archevêque d'Alger, Henri Teissier, devait, au nom de la communauté catholique d'Algérie, exprimer sa reconnaissance, notamment pour «l'affirmation publique de la place que tient saint Augustin dans l'histoire de la nation algérienne», ce qui ne devrait pas manquer d'avoir des conséquences aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Algérie.
Ce message de remerciements, daté du 28 août 1999, «fête de saint Augustin», fut bien évidemment rendu public dans la presse nationale qui révéla qu'un colloque international serait organisé dans le courant de l'année 2001 en Algérie autour de la pensée et des œuvres de ce père de l'Eglise. Et puisque est évoquée l'Eglise, il faut également signaler que le président Bouteflika fut reçu le 15 novembre 1999 par le pape Jean-Paul II auquel il remit en guise de cadeau une statue de saint Augustin !
Mais l'honnêteté commande de souligner qu'au sein de la population algérienne, l'affirmation de l'algérianité de saint Augustin, même par le premier magistrat du pays (celui qui, juridiquement et symboliquement, accorde la nationalité) était loin d'emporter l'adhésion. Il s'agissait là en effet d'une idée fortement et majoritairement contestée. A titre de simple illustration de l'état du terreau algérien au moment où le président Bouteflika évoqua cette délicate question, qu'il suffise de se reporter à l'homme de progrès qu'est l'intellectuel et politique, le regretté Réda Malek, qui écrivit en 1991 dans son ouvrage Tradition et révolution.
Le véritable enjeu : «L'histoire de l'Algérie, son développement depuis 2000 ans s'inscrivent en faux contre le comportement politique de saint Augustin… Contre le patriotisme numide, rabaissé au rang d'un particularisme obscur, il choisit l'universalité : celle du christianisme et celle de l'Empire romain tout ensemble… Latin de formation, saint Augustin voulut faire du christianisme sa patrie exclusive, une patrie spirituelle» (page 179). «Saint Augustin, cet assimilé de génie… à force de se vouloir chrétien, n'avait plus rien de numide» (page 178). Au risque de faire un mauvais jeu de mots, les propos de Réda Malek s'analysent en une véritable sentence d'ex-communication de la nation historique algérienne.
Nonobstant cette hostilité sourde, le président Bouteflika (sous l'influence, semble-t-il, de son conseiller M. Bouayed, ancien directeur de la Bibliothèque nationale d'Algérie) persistera dans sa démarche en organisant du 1er au 7 avril 2001 un «colloque international sur le philosophe algérien Augustin. Africanité et universalité.»
Dans son allocution d'ouverture, il soulignera notamment «son appartenance à la généalogie des Algériens d'aujourd'hui». Pour le président Bouteflika, le rappel de cette appartenance, «occultée trop souvent par la dimension d'universalité de son œuvre, permet de souligner et de mesurer l'apport de nos ancêtres, avant même leur participation à la civilisation islamique, au progrès universel et plus précisément dans la formation de la pensée occidentale».
Ainsi donc, trente ans avant le président Bouteflika, le professeur Rabehi nous faisait découvrir l'algérianité de saint Augustin, le philosophe. Depuis lors, sa pensée nous accompagne.
Je me suis longtemps interrogé sur les motivations à l'origine de la démarche de notre enseignant que je connaissais bien avant que je ne le découvre en professeur de philosophie. M. Rabehi était en effet à l'origine un mouderres au sein de la medersa du quartier de La Redoute, aujourd'hui El Mouradia, que j'ai fréquentée dès l'âge de 5 ans, de 1956 à 1962. M. Rabehi, qui officiait déjà au niveau du cours supérieur de cette medersa, avait été l'enseignant de mes frères aînés. A l'indépendance, M. Rabehi a été tout naturellement intégré dans les structures de l'éducation nationale et il terminera sa carrière comme proviseur de lycée
Durant de nombreuses années, j'avais cru que cette medersa ainsi que toutes les autres, créées durant la période coloniale, étaient d'obédience «oulé-miste» au sens où elles furent créées et gérées par l'association des Oulémas du Cheikh Ben Badis. Or, cette croyance s'est révélée des plus fausses.
J'ai découvert tardivement, grâce aux explications et éclairages apportés par le défunt Abdelhamid Mehri, que l'association des Oulémas, qui joua un rôle décisif dans la création des medersas, n'a cependant jamais eu de monopole en la matière. Cette association fut sérieusement concurrencée sur ce terrain particulier par le PPA–MTLD.
J'ai trouvé confirmation de cette thèse dans l'ouvrage de Hachemi Larabi intitulé Chronique d'un Algérien heureux paru en 2012 (éditions Nécib-, Alger). Relatant les conditions de création de la medersa du quartier algérois de La Redoute, Hachemi Larabi confirme que cette institution (que fréquenta Didouche Mourad par exemple et qui fut surtout portée à bout de bras par le frère aîné de ce dernier) a été créée dans le giron du PPA–MTLD.
A notre grand bonheur, Hachemi Larabi raconte les conditions dans lesquelles le futur professeur Rabehi, de son vrai nom Kaddour Bendaoud Rabehi, originaire de Laghouat, où il avait appris intégralement le Coran, fut intégré dans cette medersa en tant qu'instituteur (sic) devant aider le Cheikh Abderrahmane El Djilali, avant d'être envoyé parfaire sa formation à la Zitouna en Tunisie, et ce, aux frais de l'Association nationaliste qui gérait la medersa.
C'est assez dire que la medersa tendance PPA–MTLD a certainement joué un rôle important dans la structuration de la pensée de notre professeur qui fut également membre du FLN. Sauf à ajouter, qu'à notre connaissance, il n'y a pas d'étude exhaustive sur le régime et le programme des études dans ce type particulier de medersa, contrairement aux medersas des Oulémas qui sont mieux connues (Hassan Remaoun (dir).Dictionnaire du passé de l'Algérie, de la préhistoire à 1962. Editions DGRST/CRASC,2015, pp 359-364, notice rédigée par Omar Larjane)
En attendant et surtout en espérant vivement que ce point de l'histoire culturelle algérienne soit éclairci, l'on se doit de relever que c'est le courant nationaliste algérien auquel appartenait le professeur Rabehi, rejoint en cela par le président Bouteflika et son conseiller sur ce dossier M. Bouayed, qui fut porté naturellement à revendiquer l'algérianité de saint Augustin, le philosophe. Tout le problème est cependant de savoir s'il est intellectuellement soutenable de revendiquer une seule dimension de la pensée de cet immense personnage.


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