Imprévus n Lorsque Hamid était étudiant à l'université Hassiba-Ben-Bouali de Chlef, il ne s'était jamais imaginé qu'il allait devenir, un jour, le transporteur clandestin permanent et préféré des ivrognes. Une fois ses études supérieures d'ingénieur en informatique, ô combien longues et difficiles achevées, commence pour lui une interminable bataille engagée sur tous les fronts pour arracher un poste d'emploi qui correspond à la nature des ses longues années d'études. Malheureusement pour lui comme pour plusieurs autres de ses semblables, ce rêve tant convoité ne se réalisera jamais. «Je voulais tellement appliquer sur le terrain ce que j'avais étudié pendant de longues et pénibles années mais contre toute attente, toutes les portes des institutions publiques et privées que j'ai sollicitées durant plusieurs années pour un emploi sont restées fermées. J'ai déposé plus de 80 dossiers et demandes d'emploi auprès de toutes les administrations et autres entreprises à travers toute la wilaya dans le but de décrocher un quelconque emploi, seulement voilà, aucune de mes demandes n'a été retenue et aucune des entreprises contactées n'a voulu me recruter. Mais Dieu merci, je me retrouve très à l'aise aujourd'hui et à tous les niveaux, grâce au métier que j'exerce depuis que j'ai définitivement cessé de courir derrière un poste», nous dit Hamid rencontré à Bouradir avant de nous livrer les secrets du métier qu'il exerce, et qui fait son bonheur aujourd'hui. «C'est grâce au tacot que mon regretté père m'a laissé, que j'arrive à me faire une situation honorable au sein de ma famille, et dans la société aussi. Après l'avoir retapé, je me suis dit pourquoi ne pas gagner mon pain avec ?» Dans un grand éclat de rire, Hamid dit que la plupart de ses clients sont ceux des bars qu'il raccompagne chez eux en fin de soirée. «Et comme ils sont dans la plupart des cas généreux, ils me payent bien.» Et petit à petit, Hamid est devenu le transporteur clandestin «chouchou» de beaucoup de personnes devenues ses clients attitrés. «J'ai ainsi fait de cette activité un métier permanent et parfaitement rentable financièrement. Je travaille uniquement la nuit jusqu'à une heure tardive. Mon agenda est plein et au programme beaucoup de rendez-vous chaque soirée. C'est avec ce boulot, ô combien lucratif, que je me suis marié il y a quelques mois et que j'arrive à prendre en charge toute ma famille y compris ma mère, mes frères et mes sœurs, j'ai classé mon diplôme d'ingénieur en informatique que j'ai définitivement oublié. Vive mon tacot !» Le récit semble long mais en vérité ce grand gaillard de 26 ans est peu bavard.