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A quelque chose malheur est bon
Publié dans Info Soir le 22 - 05 - 2010

Lecture n L'appétit d'écrire s'explique aussi par ce que l'Algérie a traversé du point de vue sociopolitique.
Cet enthousiasme d'écrire peut s'expliquer par les événements du 5 octobre 1988, là où la liberté de la parole va prendre forme. Une liberté qui sera étouffée par la décennie noire qui a suivi, durant les années 1990. Et donc là, dans les années 2000, on est dans un moment de répit, de tranquillité où plein de choses vont émerger et sortir par rapport aux années 1990.
«Jusqu'aux années 80, il y avait - à l'image du système dans son entier -, un paysage éditorial monolithique, exclusivement orchestré par l'Etat», explique Selma Hellal des éditions Barzakh, et d'ajouter : «C'était le système dit “unique”, y compris, donc, dans l'édition : la SNED concentrait toute l'activité éditoriale. A partir des années 80, la profession s'est diversifiée via l'initiative privée. Des éditeurs comme Casbah et Chihab, entre autres, sont d'ailleurs les doyens de la profession, en quelque sorte.». Pour elle, «dans les années 90, il n'y avait pas encore beaucoup d'éditeurs, même si certains, comme Bouchène, et “Algérie-Littérature-Action”, ont fait un travail remarquable. C'est pendant la décennie 2000 que le champ s'est vraiment diversifié et le nombre d'éditeurs démultiplié. Je ne saurais dire combien nous sommes aujourd'hui – il faudrait réfléchir à un moyen d'évaluation avec des critères fiables et exigeants -, mais c'est incontestable, le métier est perçu autrement désormais.» Interrogée sur les facteurs de cette mue, Selma Hellal répond : «Il y a une multitude de facteurs qu'il est possible d'isoler et de répertorier. On peut citer par
exemple : la réelle demande d'un public curieux et de plus en plus alphabétisé, de plus en plus de pôles universitaires dans le pays, le retour de la sécurité (qui permet d'une part, de manière très pratique, d'assurer une distribution plus globale des livres sur le territoire, et d'autre part, de manière plus symbolique, d'accorder au livre une place plus importante dans la société), etc.»
Cela revient en fait à dire que «le développement de l'édition est allé de pair avec celui du pays. Le métier d'éditeur est un peu devenu un métier comme les autres, il a été démystifié. L'activité n'apparaît plus comme incompatible avec le gain, comme le seul apanage de passionnés, de «fous», d'artistes habités et déconnectés des contraintes de la réalité. Car l'édition a pu se révéler extrêmement rentable au contraire - pour les éditeurs ayant fait des choix éditoriaux ciblés, dans le livre historique par exemple, ou religieux, ou encore scolaire. Ainsi, le métier paraît plus accessible qu'auparavant.»
Plus de maisons d'édition, cela veut systématiquement dire plus d'écrivains. Quelles en sont alors les raisons ? «Tous ces phénomènes sont interdépendants», déclare Selma Hellal, et d'expliquer : «l'édition se diversifie, le climat social et politique s'est relativement apaisé, le désir d'expression distanciée (différent, donc, de celui formulé au cœur de la tourmente, au cœur de la violence des années 90) s'affirme de plus en plus explicitement.»Et de poursuivre : «Il y a comme un effet d'entraînement, de «contagion» positive. En effet, les gens se mettent de plus en plus à écrire. Il y a davantage d'éditeurs, donc davantage de publications, les gens retrouvent confiance, se mettent à écrire avec un désir irrépressible de s'exprimer. Ils recourent à l'écriture. Il me semble qu'après ce qu'on appelle ‘'la décennie noire'', l'écriture, estime-t-elle, s'est affirmée comme mode d'expression.» «Les gens, ajoute-t-elle, sont taraudés par une envie de s'exprimer, qui n'est pas nécessairement la restitution de la réalité, le témoignage, le récit historique, mais se déploie dans le registre de l'imaginaire, de l'humour, du détournement de genre. Nous nous sommes aventurés à faire une comparaison – hâtive – avec la production littéraire de nos pays voisins : Maroc et Tunisie. Le foisonnement de la littérature algérienne contemporaine est remarquable (qu'elle soit produite en Algérie, ou qu'elle émane d'auteurs vivant à l'étranger).S'il y a de plus en plus d'auteurs, c'est parce qu'il y a ce besoin de dire une mémoire, de raconter une histoire, de partager un point de vue, du moins comme il l'a été vécu. L'on assiste, depuis quelques années, qu'il y a des personnes qui estiment que sur un parcours de leur vie, elles ont manifestement besoin de raconter. A cela s'ajoute aussi des journalistes écrivains qui ont vécu les événements et qui ont besoin de transformer cela en roman et en récit. Ainsi, cette frénésie d'écrire s'explique également par rapport à l'histoire.
Le paysage éditorial s'est pluralisé, devenant éclectique. Il se développe vers de nouveaux choix éditoriaux. L'on assiste à une effervescence en la matière. Que pourrait-on dire de ce qui s'écrit ? A cette interrogation, Selma Hellal répondra : «Il y a un vrai bouillonnement littéraire (pour pouvoir vous répondre, je circonscris votre formule, très générale, «ce qui s'écrit», à la littérature : j'entends donc par là, «ce qui s'écrit en littérature»).» «La littérature algérienne est d'un dynamisme extraordinaire», relève-t-elle», et d'ajouter : «Beaucoup d'auteurs, qu'ils vivent en Algérie ou à l'étranger, qu'ils soient reconnus ou en voie de l'être, sont dans l'expérimentation. Ils expérimentent différents types d'écriture : du polar au roman érotique, en passant par le roman historique, traversé de problématiques politiques, féministes, ou le roman métaphysique. Certains, encore trop discrets, sont véritablement dans des propositions neuves : sur le plan formel, sur le plan du regard, ils sont dans une recherche inédite, ils rendent compte de leur réalité, de leur subjectivité avec une réelle originalité. Cela donne des textes relativement confidentiels, mais qui contiennent en eux des promesses puissantes de renouvellement.» Et de souligner : «Comme toujours dans une période d'effervescence, on trouve du bon et du moins bon. Il faut attendre, laisser les choses se décanter, là encore. L'important est que ce foisonnement existe. Ensuite, le temps fera son œuvre.»
Selma Hellal, qui fait savoir que certains acteurs du livre ont été formés sur le tas (c'est d'ailleurs son cas et celui de Sofiane Hadjadj), estime, par ailleurs, que la politique de soutien à l'édition pratiquée par le ministère de la Culture (qu'il essaie de systématiser), si elle a d'incontestables avantages, a suscité – c'est le revers de la médaille - une course à la publication, des comportements mercenaires. C'est la part d'ombre qui existe en toute chose. Il faut en être conscient et essayer de corriger ces effets pervers.»Et de confier : «J'imagine qu'il s'agit des soubresauts propres à toute transition. Aujourd'hui, la profession peine à se structurer : au lieu d'un champ éditorial diversifié, nous avons un champ plutôt éclaté. Dans quelques années, espérons-le, la décantation aura eu lieu. Pour cela, il nous faudra tous être vigilants, et tendre vers davantage d'exigence et d'éthique dans notre pratique professionnelle.»


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