Elle a provoqué un sursaut chez tous les responsables. Désormais, l'heure est à la rigueur dans la gestion des deniers publics et des budgets de l'Etat. Dernière directive dans ce sens, l'instruction du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui a adressé, fin avril dernier, une lettre aux ministres des Finances, de l'Intérieur, de la Justice et de l'Agriculture, ainsi qu'à d'autres organismes et institutions d'Etat, dans laquelle il leur demande de travailler ensemble pour l'élaboration d'un plan de lutte contre les importations frauduleuses qui sont devenus un véritable danger pour l'économie nationale qu'elles vampirisent et sabordent. «Il a été porté à ma connaissance la multiplication des cas de fraude à l'importation, constituant ainsi une source de préoccupation sérieuse pour les pouvoirs publics, au vu des préjudices appréciables portés à l'économie nationale qu'il faut contrecarrer avec énergie et persévérance [...]. C'est ainsi qu'au vu des subterfuges utilisés par les fraudeurs, des complicités dont ils disposent et des failles du système de contrôle mis en place, il y a lieu de mettre en œuvre des mesures urgentes et opérationnelles à l'effet d'endiguer ce phénomène et d'atténuer ses effets sur l'économie, notamment sur nos réserves de change et sur le maintien des équilibres internes et externes», note M. Sellal dans sa lettre cité par l'APS. Mais la guerre qu'il entend mener ne pouvant se suffire de mots percutants et de directives généralistes, le Premier ministre détaille son plan de bataille. Il charge d'abord le ministre des Finances «de mettre en place en urgence un comité interministériel» qui s'attellera à l'élaboration du plan de lutte contre les importations frauduleuses. L'intersectorialité est convoquée pour ne laisser aucune faille dans le dispositif. Le comité est ainsi composé de représentants des services des impôts, des Douanes, du commerce, de la police, de la gendarmerie et de l'agriculture ainsi que ceux de l'Association des banques et établissements financiers (Abef) et de la Banque d'Algérie. Il devra présenter ses travaux et conclusions dans un mois, soit fin mai. En attendant la mise en place de la batterie de mesures qui devraient permettre au gouvernement de neutraliser les fraudeurs et leurs relais ou appuis, M. Sellal, pour ne laisser aucun répit aux margoulins, chargera le ministre des Finances d'instruire les services des Douanes pour systématiser le contrôle au scanner des conteneurs provenant de «certains pays à risque» et le contrôle à priori dans les ports d'embarquement de ces pays. De leur côté, les corps de la gendarmerie et de la police sont chargés de renforcer leurs moyens d'investigations et de lutte contre les fraudes à l'importation «en identifiant leurs auteurs et les complicités dont ils disposent et les déférer par devant les juridictions compétentes». En Amont, instruction est donnée aux ministres des Finances et du Commerce pour assainir les registres de commerce. Il faut «déceler les phénomènes de sous-location, de complaisance, de localisation inconnue et de manquement aux bonnes pratiques commerciales», dit l'instruction qui demande également aux banques de mettre en place des dispositifs d'alerte et d'observer les règles prudentielles de base en matière de domiciliation des opérations d'importations à risque frauduleux. L'instruction de M. Sellal vient dans le prolongement de différentes décisions prises pour le contrôle et la réduction des importations qui pèsent lourdement sur les réserves de changes du pays, que les exportations pétrolières ne peuvent reconstituer pour cause de chute brutale des prix du baril. C'est également ce recul des recettes sans que les dépenses suivent qui ont poussé les pouvoirs publics à se tourner résolument vers la promotion du produit local. L'objectif déclaré de la campagne «Consommons algérien» est de réduire la part des produits importés sur le marché interne. Le ton a été donné en décembre dernier déjà. Le chef de l'Etat, qui avait réuni un Conseil ministériel restreint pour examiner les impacts de la chute des prix du pétrole, avait demandé la rationalisation des dépenses, surtout des importations, et le renforcement du contrôle des opérations de financement du commerce extérieur pour prévenir toute forme d'évasion de capitaux. Depuis, les mesures se suivent. Et si elles ne se ressemblent pas dans la forme, leurs objectifs, dans le fond, est le même : réduire les importations coûte-que-coûte, du moins le temps que l'économie nationale et la machine industrielle repartent. H. G.