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Luttes de pouvoir dans le Royaume
Après la mort de Sultan Ibn Abdelaziz Al Saoud
Publié dans La Tribune le 25 - 10 - 2011

La mort du prince héritier Sultan Ibn Abdelaziz met de nouveau en lumière le Royaume d'Arabie Saoudite, un des pays les plus importants du monde arabe. A suivre la «logique» en vigueur d'accession au trône, le Prince Nayef devrait être nommé le prochain héritier. Le prince Nayef est, comme le roi Abdallah et le prince Sultan, un fils du roi Ibn Saoud, le fondateur du royaume saoudien mort en 1953. Cependant une bataille au sein de la famille Al Saoud pour prendre la place suprême n'est pas à écarter même si cela se passe dans les intérieurs feutrés des palais. Une pléiade de petits enfants de la famille Saoud peut pousser à changer le système. L'Arabie Saoudite est considérée comme une des monarchies des plus archaïques. Mais certaines puissances occidentales, dont les Etats-Unis, s'accommodent aisément de ce régime en place. Et pour cause, le royaume détient les plus grandes réserves de pétrole de la planète. Pour des raisons d'intérêt évidentes on ne songera pas à déstabiliser le Roi Abdullah. L'Occident semble avoir besoin de l'Arabie Saoudite, de la même façon que ce pays sollicite régulièrement l'appui des puissances occidentales pour faire face à un Iran jugé menaçant. Depuis la Révolution Islamique en 1978, l'Arabie Saoudite craint une révolte de sa minorité chiite influencée par la république islamique iranienne. Les chiites sont présents dans la région Est du pays. Là où se situent justement les grandes réserves de pétrole. Le Prince Nayef, nouvel héritier, selon l'ordre, est considéré plus conservateur que le Roi Abdullah, et réfractaire aux quelques réformes «libérales» du Roi en particulier en ce qui concerne les femmes. Nayef est conservateur en politique, préoccupé plutôt par la stabilité du régime et la sacro-sainte sécurité de l'Arabie Saoudite. Il juge que les questions de vote des femmes sont secondaires ou même dangereuses pour l'équilibre de la société saoudienne. Un des éléments qu'il partage avec Abdullah, sa hantise de l'Iran. L'accession au pouvoir de Nayef ne devrait donc pas provoquer de remous chez les alliés de l'Arabie. Sultan mort à 83 ans, était malade depuis longtemps. On le disait atteint d'un cancer du colon. Il se trouvait depuis le mois de juin aux Etats-Unis pour des soins. Il a aussi été traité à plusieurs reprises au Maroc. Dans un câble de 2009 révélé par le site Wikileaks, les diplomates américains le décrivaient comme « quasiment invalide ». Demi-frère du roi Abdallah, Sultan était ministre de l'Aviation et de la Défense depuis 1962. La santé des dirigeants saoudiens est un sujet de première importance en Arabie Saoudite
où le système politique est strictement hiérarchisé. Le roi Abdallah lui-même, à 87 ans, est d'une santé chancelante. Il vient d'être opéré du dos à Riyadh. L'an dernier, il avait été hospitalisé aux Etats-Unis pour une hernie discale compliquée d'un caillot sanguin. L'ordre de succession n'est pas établi par l'ordre des naissances. Jusqu'ici, cinq descendants d'Ibn Saoud sont devenus rois et une vingtaine d'autres frères sont toujours vivants. Après la mort de Sultan, le conseil d'allégeance pourrait être poussé à imaginer un nouveau mode de succession. Abdelaziz ben Abderrahmane ben Fayçal Al Saoud est le père du royaume et de nombre d'enfants : 36 filles et 53 garçons avec ses 32 épouses. Sur son lit de mort, en 1952, il demande à ses fils de se partager le pouvoir, chacun à son tour, en partant du plus vieux. Cinq rois plus tard, les fils vieillissent, il n'en reste plus qu'une dizaine, dont Abdallah qui préside
aux destinées du royaume. Deuxième dans l'ordre de succession, Nayef. Suivrait Salman et finalement le plus jeune des fils d'Abdelaziz, Muqrin, 65 ans à la tête des services secrets. Selon Stéphane Lacroix, spécialiste de l'Arabie Saoudite, trois raisons peuvent expliquer qu'un prince soit écarté du pouvoir. Que le candidat à la succession déplaise, qu'il n'ai pas d'ambition politique, ou que sa santé l'empêche de prendre les rênes du pouvoir. «Dans tous les cas, le conseil décide. Le roi Abdallah a transformé le conseil de famille, au fonctionnement opaque et secret, en un conseil d'allégeance dont les membres représentent les différentes branches des descendants d'Abdelaziz.» Dans un pays comme l'Arabie Saoudite, à l'importance avérée, les difficultés augmenteront à mesure que le temps passera. Le conseil d'allégeance devra imaginer un nouveau mode de succession, pour que le pouvoir se transmette de père en fils plutôt que de frère en frère. Mais Il y a aussi un élément compliquant. La branche dont les héritiers sont issus. La bataille de succession marquera pour longtemps le Royaume d'Arabie Saoudite. «Ne serait-ce que pour des raisons économiques : les princes sont rémunérés par l'Etat et la famille compte probablement 20000 membres, dont les 500 petits-fils du roi fondateur»
M. B.


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