Priba est une entreprise d'Etat en ruine reprise par le privé, qui peut servir d'exemple pour les porteurs de projets dans la grande distribution ou autres créneaux en mal de soutiens et de suivi ici en Kabylie, région qui souffre d'un sous-développement pour le moins étonnant en raison de ses ressources naturelles et surtout humaines restées en jachère. C'est un avis que partagent beaucoup de professionnels dans le domaine. Priba a même forcé le respect de responsables locaux très peu enclins, au début, à soutenir cette initiative, à l'exception de l'accompagnateur bancaire qui y a cru dès le départ. L'infrastructure retapée (2 500 m2, dont 1 700 m2 pour la vente, 800 m2 pour les stocks, et un parking de 3 000 m2) grouille de monde tous les jours de la semaine. Depuis novembre 2008, date du rachat de la SPA Galeries d'Azazga (avant sous tutelle de l'entreprise de distribution des galeries de Bouira (Edgb)) par cinq principaux repreneurs, Priba ne cesse de se développer et de conquérir le marché régional de la grande distribution dans les domaines d'articles ménagers, de produits alimentaires, de cosmétiques, de détergents… Tenant compte de l'évolution des pratiques commerciales locales, pas toujours encourageantes, et des vœux de la clientèle qui a connu une explosion et qui en phase permanente avec le mode de consommation en vigueur dans les pays développés, la nouvelle direction de la SPA (société par actions) a insufflé un management capable de combler les lacunes de l'environnement économique local, en investissant dans les jeunes et compétentes volontés. «C'est une grande satisfaction pour nous tous. Dans tous les domaines, l'accueil, la variété des produits ainsi que les prix, nous répondons aux besoins d'une clientèle de plus en plus importante qui vient de plusieurs wilayas du Centre et de plus en plus exigeante. Elle (la clientèle) nous récompense par ses encouragements notés sur le cahier des doléances de la SPA», affirme Larbi Djouadou, nouveau P-dg de Priba depuis janvier 2011. Il dit que son équipe est fière d'avoir participé à faire connaitre la ville d'Azazga, à 37 kilomètres à l'est de Tizi Ouzou, déjà connue pour sa bonne cuisine et la prestigieuse forêt de Yakourène, en y ajoutant sa pierre à l'édifice. Pour y arriver, des «sacrifices» ont été consentis tout au long de ces années de transformation. La méthode de management participative basée sur l'écoute mutuelle et la responsabilisation de tous les salariés a été adoptée dès la reprise en mains de la société. Les travailleurs sont en perpétuelle formation et chacun a son mot à dire, même quand il s'agit de régler un problème, qui dans l'ancienne type de management (entreprise publique) relevait de la hiérarchie et des membres du directoire, note le jeune P-dg, qui s'est forgé à la sueur du labeur dans une PME familiale. «La solution à un problème peut venir du simple employé, même si cette façon de voir les choses a besoin de temps pour s'ancrer dans les habitudes du personnel», souligne-t-il. Ils sont maintenant 92 employés permanents, une quinzaine de saisonniers sans compter les emplois indirects que génère la société, un exploit dans une Kabylie aux prises avec des problèmes énormes qui bloquent son émancipation sur tous les plans. Aussi, il se réjouit de la prise de conscience du consommateur qui fait actuellement attention à l'origine du produit, sa qualité et au service après vente. «À l'achat, nous exigeons des certificats de garantie, sinon, à la limite, des certificats de conformité et nous insistons sur le service après vente parce qu'un produit contrefait nuit au consommateur et aussi à la bonne réputation de la société», affirme le premier responsable de la SPA. D'ailleurs, les difficultés rencontrées lors de la lancée de la société ne relevaient pas de la responsabilité de sa direction, comme par exemple la disponibilité des produits importés et ceux produits et commercialisés en Algérie. «Il y a réellement une variété de produits, le problème est que beaucoup de produits souffrent de ruptures de stocks, notamment durant la saison estivale», regrette Larbi Djouadou, dont l'équipe recours à la débrouillardise pour satisfaire la clientèle en été. «On ramène d'autres produits d'ailleurs et on se procure les produits loin d'ici, même avec des prix plus chers et d'autres charges à honorer (transport, main-d'œuvre…) mais que jamais on ne répercute sur le prix de vente, pour préserver notre clientèle», soutient-il. Les raisons de ces ruptures de stocks ? Au sein de la société, on pense qu'il n'y a pas assez de concurrence dans la production et que seules «les PME peuvent combler ce vide, satisfaire ce manque» parce qu'«avec le savoir et savoir faire, cette question peut être réglée ; l'Algérien n'est pas plus ni moins intelligent que l'Européen, on peut s'adapter et remettre la machine en marche», pense-t-on encore. Le P-dg donne l'exemple des artisans pour qui il faudra trouver un système pour écouler leurs produits et, à son niveau, l'expérience a déjà commencé : un producteur de camembert local a fait son entrée dans les rayons de Priba et tout semble avancer positivement pour lui. «Les produits du terroir sont importants sur tous les plans. Ici on offre un espace pour ces producteurs et on les invite à faire des animations et organiser des séances de dégustation pour faire connaitre leurs produits, cela va inciter les producteurs à faire de même à leur niveau», ajoute-t-il. Il suggère également la revue à la baisse des taxes, qui varient à présent entre 7 et 17%, pour la répercuter sur les coûts de production, concluant par faire part du projet de la SPA d'ouvrir un autre espace de grande distribution à Tizi Ouzou, parce que «le futur c'est la grande distribution», sauf que le problème du foncier constitue jusqu'à présent un obstacle à sa concrétisation. Y aura-t-il une oreille attentive dans la sphère économique locale ?