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Pour doper sa croissance : Engie se recentre et se spécialise
Publié dans Le Maghreb le 03 - 03 - 2019

Engie a annoncé jeudi son intention de faire croître son résultat net courant de 7% à 9% par an sur la période 2019-2021 dans le cadre d'un nouveau plan stratégique prévoyant une spécialisation du groupe dans les services à haute valeur ajoutée et les renouvelables pour les entreprises et les collectivités locales.

Le groupe, dont les résultats 2018 ont été pénalisés par le nucléaire en Belgique, a également annoncé qu'il concentrerait ses efforts de développement sur une vingtaine de pays et une trentaine de métropoles, pour l'essentiel situées en Asie du sud-est et en Afrique.
Alors qu'il est aujourd'hui implanté dans 70 pays, il prévoit en parallèle d'en quitter une vingtaine et de limiter son activité auprès des particuliers sur les marchés où il est déjà présent. Fournisseur de gaz et d'électricité déjà très actif dans les services, Engie vise en outre 800 millions d'euros de réduction de coûts sur trois ans - après 1,3 milliard sur la période 2016-2018 - ainsi que six milliards d'euros de cessions environ, en écho aux 16,5 milliards de ventes d'actifs annoncées ou comptabilisées dans le cadre de son précédent plan.
Il prévoit 11 à 12 milliards d'euros d'investissements de croissance sur 2019-2021, principalement dans les "solutions clients" (services aux entreprises, collectivités locales et particuliers) et les renouvelables, avec l'objectif d'ajouter 9 gigawatts (GW) à son portefeuille de capacités de production "vertes" tout poursuivant sa sortie du charbon. Ces annonces peinent à convaincre les investisseurs, l'action Engie accusant une baisse de 3,88% à 13,36 euros vers 15h15. Dans les "solutions clients", dont le groupe estime qu'elles représenteront environ un quart de son résultat opérationnel d'ici 2021, Engie veut développer des offres intégrées pouvant inclure la définition de la stratégie, la conception, la gestion d'infrastructures, le développement de plates-formes numériques, le financement ou encore l'exploitation.

La "deuxième vague" de la transition énergétique
Dans les renouvelables, il se concentrera sur les développements "dédiés directement à des usages clients", qui devront représenter 50% de ses nouveaux projets d'ici 2021.
"Alors que, dans les dix dernières années, la transition énergétique était poussée par les Etats, elle est aujourd'hui tirée par les entreprises et les collectivités territoriales sous l'impulsion exigeante de leurs parties prenantes, clients et citoyens, qui font monter la pression", a dit a la presse la directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, en évoquant une "deuxième vague de la transition énergétique". "Notre ambition, c'est de rendre possible la transition zéro carbone compétitive des entreprises et des collectivités territoriales. Nous voulons devenir le leader mondial de ce secteur", a-t-elle ajouté. "Nous avons sondé des milliers de clients et ils nous ont tous dit la même chose : 'Venez avec des solutions intégrées qui soient financés'. Il y a un marché considérable." Alors qu'Engie est candidat à l'achat du réseau de gazoducs de Petrobras (TAG) et qu'il est cité comme repreneur potentiel du spécialiste néerlandais des énergies renouvelables Eneco et de certains actifs d'EDP dans les renouvelables, Isabelle Kocher a jugé que le groupe se devait d'être "très sélectif" en matière d'acquisitions, même s'il n'exclut pas des opérations d'envergure. Engie compte en outre "stabiliser" ses activités nucléaires en Belgique, avec un rebond du taux de disponibilité de ses réacteurs - prévu à 78% en 2019, 79% en 2020 et 93% en 2021 - par rapport au très faible niveau de 52% de 2018, et juge que ses activités dans les infrastructures continueront de dégager des rendements attractifs et des flux de trésorerie importants. Le groupe va poursuivre sa réorganisation en créant quatre "business lines globales" (solutions clients, infrastructures, renouvelables, thermique) et un "reporting financier simplifié" qui comportera un nombre réduit de segments géographiques.

Nouvelle politique de dividende
Engie, dont l'Etat détient environ 24% du capital et pourrait céder ses parts en vertu de la loi Pacte, a également annoncé une nouvelle politique de dividende, avec un objectif de ratio de distribution de 65% à 75% de son résultat net part du groupe, le haut de cette fourchette étant visé pour 2019. Le groupe vise cette année une hausse de son résultat net récurrent part du groupe, attendu entre 2,5 et 2,7 milliards d'euros, un objectif reposant sur un Ebitda prévu entre 9,9 et 10,3 milliards. Après retraitement de ses résultats 2017 pour tenir compte des cessions, il a enregistré en 2018 un résultat net récurrent part du groupe de 2,5 milliards (+10,1%, +17,3% en organique), un Ebitda de 9,2 milliards (+0,4% en variation brute, +4,7% en organique) et des ventes de 60,6 milliards (+1,7% en variations brute et organique). Son résultat net part du groupe a dans le même temps chuté de 23%, à 1,0 milliard d'euros, plombé par des pertes de valeur dans l'électricité thermique et le nucléaire en Belgique.
Selon un consensus réalisé par Infront Data pour Reuters, les analystes attendaient en moyenne un résultat net récurrent de 2,4 milliards d'euros, un Ebitda de 9,2 milliards et un chiffre d'affaires de 64,4 milliards. Engie propose comme prévu un dividende de 0,75 euro par action au titre de 2018. Le groupe envisage toutefois également un dividende exceptionnel de 0,37 euro par action pour neutraliser l'impact de sa décision de verser son dividende annuel en une seule fois, à compter de 2020, à l'issue des assemblées générales approuvant ses comptes. Engie prévoit une dette nette financière de l'ordre de 20 milliards d'euros à fin 2021 contre 21,1 milliards à fin 2018.

"On sera obligés de passer par des grosses acquisitions"
La solution, selon la même source : "On sera obligés de passer par des grosses acquisitions. Toutes les planètes sont alignées mais reste à savoir quelle seront les cibles. Ce serait une erreur stratégique de faire autrement."
La croissance externe apparaît pour de nombreux autres observateurs comme une voie possible de rebond des résultats et de la valorisation d'Engie, d'autant que le groupe aura la possibilité d'émettre des actions nouvelles pour réaliser certaines opérations une fois que l'Etat - son premier actionnaire - aura cédé tout ou partie de sa participation de 24% en vertu de la loi Pacte. Parmi ses cibles potentielles figurent le réseau de gazoducs de Petrobras TAG, le spécialiste néerlandais des énergies renouvelables Eneco ou encore les actifs d'EDP dans les énergies renouvelables aux Etats-Unis. Après avoir réduit son ratio endettement net sur Ebitda de 2,5 à fin 2015 à 2,2 à fin 2017, Engie va en outre pouvoir bientôt renforcer encore ses moyens financiers en cédant une partie des 75% du capital de GRTgaz qu'il détient, une possibilité elle aussi prévue par la loi Pacte.
"Des gros deals qui rentreraient dans les cases de la stratégie, ça du sens et je suis sûr qu'ils regardent tout. En revanche, si la ligne directrice est de purifier le modèle et l'histoire, je ne suis pas certain qu'un gros deal qui ajouterait de la complexité aille dans le bon sens", prévient toutefois une source bancaire.
Globalement, les observateurs d'Engie jugent en effet que la configuration actuelle du groupe justifie encore une décote de holding dans un marché qui réclame au contraire toujours plus de simplicité.
Depuis début 2012, la capitalisation boursière d'Engie a perdu un tiers de sa valeur, à quelque 34 milliards d'euros, et l'action a plafonné autour de 15 euros depuis la nomination d'Isabelle Kocher au poste de directrice générale, le 3 mai 2016. Deux sources proches du groupe indiquent que, pour répondre à la critique persistante d'une trop grande complexité, Engie va probablement annoncer dans le cadre de son plan 2019-2021 une réduction de sa présence géographique - il est aujourd'hui implanté dans quelque 70 pays -, notamment en Europe centrale selon l'une de ces sources. Une source syndicale évoque en outre le lancement d'un nouveau programme d'économies d'environ un milliard d'euros sur trois ans, en écho à celui de 1,3 milliard mis en œuvre sur la période 2016-2018. Dans le même temps, l'entreprise va tenter d'afficher une unité retrouvée après avoir semble-t-il réglé ses problèmes de gouvernance depuis la nomination du président du conseil Jean-Pierre Clamadieu, qui a succédé en mai 2018 à Gérard Mestrallet. La source proche du conseil relève ainsi que Jean-Pierre Clamadieu "a resserré son équipe et laisse un peu moins de place à l'exécutif" et qu'Engie n'est plus en proie à "des batailles d'ego comme il y en a eu entre Kocher et Mestrallet".

"Gagner un peu de temps"
Le haut dirigeant du secteur gazier interrogé par Reuters juge toutefois que les attentes autour des annonces du 28 févier doivent être modérées : "Clamadieu comprend bien que le groupe est dans une impasse mais de là à savoir où aller... Je pense qu'il est encore trop tôt pour le dire, donc ils vont gagner un peu de temps."
Engie n'est ainsi probablement pas en mesure de clarifier dans l'immédiat sa position sur les sujets clés du nucléaire en Belgique et de sa participation dans Suez. En Belgique, l'enjeu pour le groupe sera d'obtenir la prolongation au-delà de 2025 d'une partie des sept réacteurs exploités par sa filiale Electrabel tout en redressant leurs performances après des arrêts prolongés - liés à des questions de sûreté - qui ont amputé l'Ebitda d'Engie de quelque 600 millions d'euros en 2018. Pour espérer parvenir à un accord avec le gouvernement belge, de même que pour éventuellement relancer le projet d'ouverture du capital d'Electrabel à des actionnaires belges, Engie va cependant devoir attendre la nomination d'un nouvel exécutif, après les élections de mai prochain.


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