In La-Kabylie.com Il venait tout juste de fêter ses 47 ans quand il fut assassiné. Né à Tizi Hibel en Kabylie le 8 mars 1913, ce n'est qu'à l'âge de 7 ans qu'il fut scolarisé. Doué qu'il était mais « fils de pauvre », il obtint 8 ans après une bourse, pour continuer sa scolarité à l'Ecole Primaire Supérieure de Tizi Ouzou. Il y passa 4 ans avant d'arracher en 1932, une place méritoire à l'Ecole Normale de Bouzaréah (hauteurs d'Alger). Il figurait parmi les 20 places réservées aux indigènes, sur 318 candidats, alors que les européens en avaient 54 pour 64 candidats. C'est là qu'il rencontra Emmanuel Roblès avec lequel il s'est lié d'amitié. A l'issue de ses 3 ans à Bouzaréah, il retourna dans son village pour y enseigner, aider les siens à accéder à l'instruction. Ses qualités lui firent vite grimper les échelons. Il fut d'abord nommé en 1932, directeur des cours élémentaires de Fort National (Haute Kabylie). Mais en 1957 en pleine guerre d'Algérie, il quitta sa Kabylie pour Alger. Il fut nommé directeur de l'école Nador de Clos Salembier (hauteurs d'Alger). En 1960, il fut nommé en même temps que plusieurs de ses amis, inspecteur des centres sociaux nouvellement crées à Ben Aknoun, sur les hauteurs de la capitale. Le 15 mars 1962, quatre jours avant les accords d'Evian, un commando de l'OAS surgit, il est fusillé avec cinq de ses compagnons: Ali Hamoutène, Max Marchand, Robert Eymard, Salah Ould Aoudia et Marcel Basset. Ali son fils écrivait à Roblès: « J'ai vu mon père à la morgue quelques heures après sa mort. On lui avait logé 12 balles dans le corps… La salle était pleine ce jour, au moins une centaine de cadavres. Mon père gisait au milieu sur une table ». Jack Lang disait à propos de ces crimes, à l'occasion d'un hommage, « Cet hommage est pour l'Education Nationale… Il faut rappeler que des figures du domaine de l'enseignement, n'ont jamais cessé de travailler au rapprochement des peuples français et algériens… ». L'œuvre de Feraoun est grandiose pour quelqu'un de son époque. Il a commencé à écrire disait-il, à la lumière d'une lampe à pétrole. Il travaillait le jour pour nourrir sa famille, et écrivait la nuit. Il ne s'est pas contenté de mener une carrière dans l'enseignement. Il tenait à raconter au monde entier, la vie dans cette contrée de Kabylie durant la colonisation. Il s'est investi dans l'enseignement puis l'écriture et enfin les centres sociaux. Le but de ces centres était d'abord de venir en aide aux plus démunis, les laissés pour compte. Par la même créer un dialogue entre les deux communautés. Feraoun a été sans conteste, le premier à porter la littérature nord africaine sur la scène internationale. Il est l'aîné de tous les écrivains maghrébins d'expression française. Il nous a laissé pleins d'écrits: littéraires, autobiographiques, pédagogiques, journal, articles et nouvelles. L'hommage qui lui a été rendu cette année fut bien timide. Juste une conférence qui retrace sa vie et son parcourt, à la maison de la culture de Tizi Ouzou. C'est dommage. Il est aussi utile de souligner que, contrairement aux premières années de l'indépendance de l'Algérie, ses romans sont de plus en plus boudés par l'Education Nationale. Des textes tirés de ses œuvres, se font rares dans les manuels scolaires. Très peu de nos enfants connaissent par exemple Fouroulou. Et pourtant, beaucoup d'entre eux se reconnaîtraient, dans ce personnage du « Fils du pauvre ». L'essentiel des œuvres de Feraoun: * Le fils du pauvre en 1950 * La terre et le sang en 1953 * Jours de Kabylie en 1954 * Les chemins qui montent en 1957 * Lettre ouverte à Camus en 1958 * Les poèmes de Si Muhand en 1960 Lectures: