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Chronologie de la révolte populaire contre le régime en Algérie
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 19 - 04 - 2019


Fayçal Métaoui 19 Avril 2019
La contestation populaire pacifique contre le régime politique en Algérie a commencé depuis presque deux mois et se poursuit toujours. Elle est marquée par des marches, des rassemblements, des sit-in et des grèves. Chronologie
Dimanche 10 février : Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, au pouvoir depuis 1999, annonce, dans un message écrit publié via l'agence APS, sa candidature pour un 5e mandat présidentiel de cinq ans.
Mercredi 13 février 2019 : manifestation de quelques dizaines de jeunes contre le 5e mandat pour Bouteflika, aux cris de « Makach ouhda khamsa », à Bordj Bou Arreridj.
Samedi 16 février : une imposante marche est organisée à Kherrata (Béjaia) contre « le mandat de la honte », le 5e mandat. Les forces de police n'interviennent pas.
Mardi 19 février : Manifestation de plusieurs centaines de personnes devant le siège de l'APC de Khenchela après un message qualifié de provocateur posté par le mairie de la ville sur Facebook. Un poster géant de Bouteflika, accroché sur la façade du siège de l'APC, est arraché par les manifestants et piétiné. Un autre portrait de Bouteflika est piétiné aussi à l'APC d'Annaba, deux jours plus tard.
Vendredi 22 février : des dizaines de milliers d'Algériens manifestent dans une vingtaine de villes en réponse à un appel anonyme lancé sur Facebook contre le régime de Bouteflika et de sa famille. Saïd Bouteflika, frère et conseiller du chef de l'Etat, est nommément cité dans les marches qui se déroulent d'une manière pacifique. C'est l'Acte 1 de la contestation massive contre le régime de Bouteflika. L'interdiction de manifester dans les espaces publiques est levée par la population.
Dimanche 24 février : Le mouvement Mouwatana organise un rassemblement à Alger pour « exprimer le rejet du cinquième mandat » et « exiger l'Etat de droit ». La police est intervenue pour tenter de disperser les manifestants mais les contestataires ont pu organiser leur action. Le même jour, Bouteflika quitte Alger pour Genève pour des « examens médicaux périodiques » de courte durée. À Adrar, des dizaines de manifestants perturbent le meeting électoral en faveur de Bouteflika, organisé par l'UGTA en coordination avec la Sonatrach.
Lundi 25 février : Le Premier ministre Ahmed Ouyahia réagit au mouvement de contestation et évoque le maintien de l'élection présidentielle à la date du 18 avril 2019. « Il y a eu un nombre important de manifestants, mais les élections auront lieu dans moins de deux mois et chacun choisira librement (…) les urnes trancheront de manière pacifique et civilisée », déclare-t-il.
Mardi 26 février : Rassemblement inédit des journalistes de la radio publique, au siège de l'ENRS, au 21, Boulevard des Martyrs, à Alger pour dénoncer la censure et réclamer l'ouverture de l'antenne pour couvrir le mouvement de contestation populaire. Le même jour, les étudiants organisent des marches dans plusieurs villes aux cris de « Bouteflika dégage ! » et « Non au cinquième mandat ».
Jeudi 28 février : Rassemblement de protestation à Alger de journalistes de plusieurs organes, privés et publics, pour dénoncer la censure et l'entrave à la liberté de l'information. À cette date, des pressions ont été exercées sur des chaînes de télé privées pour ne pas couvrir les marches.
Vendredi 1 mars : Acte 2 des marches populaires contre le 5e mandat pour Bouteflika. La participation est plus importante que celle du vendredi 22 février et s'étend dans toutes les régions du pays. La presse parle de la sortie de plus de cinq millions d'Algériens dans les rues pour refuser le 5e mandat.
Dimanche 3 mars : Abdelghani Zâalane, qui a remplacé Abdelmalek Sellal, à la direction de campagne de Bouteflika, dépose en fin de journée le dossier de candidature de Bouteflika à la présidentielle du 18 avril 2019 et parle de la collecte de cinq millions signatures en faveur du président sortant. Bouteflika annonce que son mandat sera court. Le général à la retraite Ali Ghediri dépose lui aussi son dossier de candidature alors qu'Ali Benflis, président de Talaie Al Hurriyet, annonce son retrait de la course. Idem pour Abderrazak Makri, président du MSP. Dans la soirée, une marche de protestation est organisée à Alger contre « la provocation » exprimée par le dépôt de candidature de Bouteflika.
Lundi 4 mars : Une grève générale est partiellement suivie dans plusieurs wilayas marquée par la fermeture des commerces et l'arrêt des transports. Les étudiants boycottent les cours aussi et annoncent une marche nationale pour le lendemain.
Jeudi 7 mars : Les avocats investissent la rue à Alger pour protester contre la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat et contre l'acceptation de son dossier par le Conseil Constitutionnel.
Vendredi 8 mars : Acte 3 de la protestation conte le 5e mandat. Les marches sont plus imposantes que les précédents vendredis. Les médias évoquent la participation de dix-sept millions de manifestants dans tout le pays. Les femmes marquent particulièrement leur présence à ces marches à la faveur de la célébration du 8 mars.
Dimanche 10 mars : Protestation des lycéens dans plusieurs wilayas comme Alger, Blida, Oum El Bouaghi, Sétif, Oran, Tizi Ouzou, Annaba, Tipaza, Tamanrasset et ailleurs. Les travailleurs de la fonction publique se joignent eux aussi à la contestation. Bouteflika entre, en fin de journée, de Genève. Le général de corps d'armée Ahmed Gaid Salah, chef d'Etat-major de l'ANP et vice-ministre de la Défense, déclare que « l'Armée et le peuple partagent la même vision de l'avenir ».
Lundi 11 mars : Les juges rejoignent les avocats dans l'action de protestation pour la première fois dans l'Histoire de l'Algérie. Le soir, Bouteflika annonce l'abandon du projet du 5e mandat.« Il n'en a jamais été question pour moi », écrit-il dans un message lu à la télévision. Il décide également de l'annulation de l'élection présidentielle du 18 avril et d'organiser une conférence nationale « inclusive », un référendum sur la Constitution et la formation d'un gouvernement de « compétences nationales ». Il désigne à cet effet Noureddine Bedoui, Premier ministre, secondé par Ramtane Lamamra, nommé aussi ministre des Affaires étrangères. Ahmed Ouyahia présente sa démission en tant que Premier ministre. L'ancien diplomate Lakhdar Brahimi, proche de Bouteflika, entame des « consultations » à Alger sur le projet de « conférence nationale ». Il est fortement critiqué par l'opposition.
Jeudi 14 mars : Noureddine Bedoui et Ramtane Lamamra organisent une conférence de presse sans répondre réellement aux questions des journalistes sur la contestation populaire contre Bouteflika. Bedoui promet la constitution d'un gouvernement formé d'experts, de jeunes et de femmes.
Vendredi 15 mars : Acte 4 de la protestation contre Bouteflika. La mobilisation est record contre « la prolongation » du 4e mandat de Bouteflika. « Vous partez tous », lancent les manifestants dont le nombre dépasse les 20 millions. Ils sont sortis dans une quarantaine de wilayas dans ce qui est considéré comme l'action de rue la plus massive de l'Histoire de l'Algérie.
Vendredi 22 mars : Acte 5 de la contestation populaire contre le régime. Des millions de manifestants exigent le départ de « tout le régime » et exigent des « comptes à ceux qui ont volé ».
Mardi 26 mars : Le chef d'état-major de l'ANP, le général de corps d'armée Ahmed Gaid Salah demande l'application de l'article 102 de la Constitution pour obliger Bouteflika à quitter son poste. Le lendemain, les partis de l'ex-Alliance présidentielle, comme le FLN et le RND, soutiennent cet appel. L'opposition critique la demande considérant cela comme une manière de permettre au pouvoir « d'assurer la transition ».
Samedi 30 mars : Réunion à l'état-major de l'ANP. L'application de l'article 102 de la Constitution est exigée comme « l'unique garantie » pour préserver la stabilité du pays. Le général Gaid Salah dénonce la tenue de « réunions suspectes » par des individus « dont l'identité sera dévoilée » pour faire « croire à l'opinion publique que le peuple rejette l'application de l'article 102 ».
Dimanche 31 mars : Formation du gouvernement Bedoui après de pénibles consultations menées par le Premier ministre. Ramtane Lamamra quitte le gouvernement et Ahmed Gaid Salah est maintenu à son poste de vice-ministre de la Défense. Beaucoup de personnalités, peu connues du public, entrent au gouvernement.
Mardi 2 avril : L'état-major de l'ANP, par la voix de Gaid Salah, demande l'application « immédiate » de l'article 102. Sans tarder, Bouteflika annonce sa démission du poste du président de la République après vingt ans de règne. Il annonce avoir pris « des mesures appropriées » pour « les besoins de la continuité de l'Etat ». Le Conseil constitutionnel se réunit le lendemain pour constater la vacance à la présidence de la République.
Vendredi 5 avril : Acte 6 de la contestation. Le départ des 3 B (Bensalah, Bedoui et Bélaiz) est exigé par des millions de manifestants à travers le pays. « Tetnahaw ga'a » (vous partez tous), », crient les marcheurs.
Mardi 9 avril : Abdelkader Bensalah est désigné chef d'Etat par intérim lors d'un congrès du Parlement au Palais des nation du Club des Pins, à l'ouest d'Alger. Le groupe parlementaire des indépendants et celui du Front Al Moustakbal se retirent de la séance.
Mercredi 10 avril : Le général Gaid Salah défend, lors d'un discours à Oran, la transition selon la Constitution. Ce qui a été considéré comme « une validation » de la désignation de Bensalah chef d'Etat par intérim. « La période de transition destinée à la préparation des élections présidentielle se fera avec l'accompagnement de l'Armée », dit-il
Vendredi 12 avril : Acte 7 de la contestation. À Alger, la police utilise, pour la première fois, la manière forte contre les manifestants. Elle jette les bombes lacrymogènes et use des canons à eau sans raisons apparentes. Indignation de l'opposition et des organisations de défense de droits de l'Homme.
Mardi 16 avril : Marches massives des étudiants à travers le pays. Le général Gaid Salah dit que l'armée protégera les marches pacifiques et lance un dernier avertissement au général Toufik, ex-patron du DRS, l'accusant d'agir contre les aspirations au changement politique du peuple. Il ajoute que « toutes les perspectives possibles restent ouvertes ».
Jeudi 18 avril : Nouvelle tentative du pouvoir de casser le mouvement populaire. Bensalah lance les consultations avec des personnalités pour préparer la présidentielle du 4 juillet. Le MSP décline l'invitation et dénonce l'initiative du pouvoir.


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