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Scandales et questionnements
ECOLES «RELIGIEUSES»
Publié dans Le Soir d'Algérie le 03 - 03 - 2019

Pendant la colonisation, les écoles coraniques des zaouias et des mosquées étaient le bouclier de notre identité contre les tentatives de déculturation perpétrées par le colonialisme. De nos jours, avec l'enseignement officiel, l'élève algérien ou maghrébin est initié à l'Islam, sa scolarité durant — soit treize ans. Quelle est donc l'utilité actuelle de ces écoles ? Sont-elles destinées aux enfants de leurs promoteurs (et à ceux issus de riches familles) ou uniquement aux enfants des familles défavorisées ? Quel sera le devenir de l'école de la République devant la prolifération de ce type d'école ? Que devient l'obligation de scolariser son enfant dans l'école de la République ?
Un scandale secoue depuis trois semaines notre voisin tunisien : il a pour théâtre un espace clandestin pompeusement qualifié «d'école coranique». Mobilisation générale de la dynamique société civile pour le dénoncer. L'Assemblée nationale tunisienne s'est saisie du dossier ; elle convoque les ministres concernés. Les députés n'y vont pas de main-morte pour les soumettre, trois jours durant, à une série de questions sur le sujet. Pour leur part, les télévisions tunisiennes, publiques et privées, se mettent de la partie pour sensibiliser, informer leurs téléspectateurs. Elles présentent des émissions de haute qualité pour décortiquer sous tous les angles ce scandale. Ainsi sensibilisée, la société civile de ce pays s'est soulevée comme un seul homme pour dénoncer les mauvais traitements réservés aux 42 enfants de cette école clandestine dite «coranique» et dont l'âge varie de 6 à 37 ans. Voyez le mélange des âges ! Leur «bienfaiteur» est un hyper-milliardaire — qui a ouvert et financé cette école. Alertées, les autorités ont diligenté une enquête menée par des médecins légistes. Résultats : maladies contagieuses, malnutrition, et actes de pédophilie avérés dont une formule scabreuse de mariage contre-nature : tout cela au nom de la «religion» – version wahhabite. Au sujet de la mauvaise alimentation qui leur est servie, le «généreux bienfaiteur» a eu ces mots : «En expérimentant la faim, les enfants s'initient au djihad.» Lors de ces débats télévisés, on apprend des choses qui nous feraient croire que nous sommes en Algérie. Ainsi, la Tunisie – notamment les zones pauvres – est quadrillée par une prolifération exagérée de mosquées non officielles. Elles sont construites avec des dons d'hommes riches venus «blanchir et leurs os et leur argent sale». Une fois terminée la mission de quadrillage par les mosquées, voici venu le temps du quadrillage par des écoles dites «coraniques». La dénomination (écoles coraniques) étant sacralisée, elle ne fera qu'attirer les «clients et donner une image rassurante aux autorités. Elles sont implantées là où s'incruste facilement le prosélytisme wahhabite : dans les zones déshéritées de l'arrière-pays et dans les quartiers populaires de villes. Lors des débats télévisés des chaînes tunisiennes, les invités n'hésitent pas à pointer du doigt – C-V à l'appui — le profil «sulfureux» de certains patrons d'écoles dites «coraniques» : de zélés propagandistes du wahhabisme pur et dur. Tout comme ils soulèvent le rôle des pétrodollars en provenance des pays du Golfe, d'Arabie Saoudite notamment via la multitude d'associations dites de bienfaisance. Ces associations servent de couverture à la création de ces écoles. La preuve de l'argent qui coule à flots dans ces cercles obscurs sera donnée par le train de vie du fondateur de cette «école coranique» où a eu lieu le «scandale».
Cet hyper-milliardaire, après un passage de formation/action dans les milieux intégristes en Afrique du Sud, revient dans sa région natale. A quelques mètres de l'école, il construit son habitation : une somptueuse villa avec piscine et commodités ultramodernes. Ses enfants ne fréquentent pas son «école coranique», mais sont inscrits dans une école privée de la riche banlieue tunisienne pour y apprendre les sciences, la technologie et les langues étrangères. Et à un des intervenants de dire : «Comme partout dans les pays arabes, les écoles dites coraniques sont faites pour les enfants de pauvres.»
Les médias tunisiens sont connus pour leur mesure dans la liberté de ton et le bon niveau intellectuel des débats. Ils utilisent l'arabe tunisien sans complexe, souvent agrémenté de phrases ou formules en français. Les débateurs se respectent, ils ne vocifèrent pas, aiment s'écouter les uns les autres. Bref, une belle leçon de professionnalisme pour leurs collègues des chaînes des pays arabes. Depuis la révolution de jasmin, ces médias sont devenus le reflet d'une société civile dynamique et politisée à souhait. Femmes, hommes, jeunes, moins jeunes, ils sont conscients des enjeux politiques induits par ce plan de quadrillage du pays par des instruments idéologiques de prise de pouvoir via le formatage des esprits (mosquées et écoles non officielles). Dans les propos des analystes tunisiens, se lit la crainte de voir se rééditer le scénario algérien des années 1990.
Les mêmes causes (prosélytisme agressif des wahhabites et laxisme des autorités) donnant les mêmes effets (radicalisme et prolifération des espaces d'endoctrinement/embrigadement) : la recette est connue. Elle a été expérimentée en Afghanistan, puis en Somalie : former la chair à canon dès la tendre enfance. Mais selon une constante : le recrutement ne peut se faire qu'au sein des familles pauvres. Jamais parmi les enfants des promoteurs des ces écoles ou de familles riches ! Les chiffres d'enfants «scolarisés dans ces écoles dites coraniques» tunisiennes inquiètent : des milliers. Sur le plateau, une dame, animatrice d'une association des droits de l'enfant, s'est offusquée devant cette situation : «Ces enfants sont en âge d'être scolarisés dans l'école de la République. La loi oblige les parents à les y inscrire. Leur place n'est pas dans ce genre d'écoles. La responsabilité de l'Etat est engagée afin d'empêcher une talibanisation de la société tunisienne.» Des exemples en font foi à travers le monde musulman. Ainsi, ce reportage de la BBC Arabic qui montre le vrai visage de ces promoteurs d'écoles «dites coraniques». En 2015, une de ses journalistes d'origine pakistanaise s'était rendue au Pakistan pour s'enquérir des conditions de vie des élèves d'une école «religieuse». Celle-ci est construite et encadrée par des associations caritatives, elles-mêmes financées généreusement par des parrains du Golfe. En interviewant des talibans sur leur vie future — et dont l'âge varie entre 6 et 12 ans — la journaliste avoue avoir eu la chair de poule en recevant la même réponse. A l'unisson, ces enfants déclarèrent : «Notre rêve est de mourir en martyrs parce que si notre corps disparaît dans l'explosion, notre âme va au paradis où nous attendent tous les plaisirs du monde.» Voilà à quoi se résume l'éducation quand elle est conçue en tant qu'arme de destruction massive : inculquer aux talebs ou talibans (élèves) la haine de la vie terrestre. Plus grave : nourrir de la haine envers toutes les personnes qui souscrivent à ces plaisirs terrestres, y compris leurs parents. Cette réponse des jeunes talibans rejoint l'argument du promoteur prosélyte tunisien quand il dit : «En expérimentant la faim, mes ‘'talebs'' s'initient au djihad.»
En 2017, au Maroc, au Sénégal et au Mali, des parents d'enfants inscrits dans des écoles privées religieuses ont signalé un changement de comportement chez leurs enfants, en opposition avec les habitudes familiales (vêtements, salutations, langage, façon de prier.) : ils étaient sous l'emprise de la «drogue» wahhabite. Réaction salutaire : ces établissements religieux de statut privé et d'obédience wahhabite ont été fermés sur ordre des autorités de ces pays. En Turquie, dans le sillage des représailles, suite à la tentative du coup d'Etat de 2017, le Président Tayep Erdogan a ordonné la fermeture de dizaines voire de centaines d'écoles religieuses, d'universités et de médias : le tout constituant l'empire de Fethullen Gullen, richissime homme d'affaires. Son empire ne s'arrête pas à son pays natal, la Turquie. Un peu partout dans les pays pauvres, arabes et africains, le prédicateur accorde des franchises de son «label wahhabisé» à de riches promoteurs autochtones.
Quid de l'Algérie ?
Dans ces écoles religieuses non officielles, la pédagogie employée est celle dite de «pédagogie noire» – comme la magie de la même couleur. L'éducation dispensée se base sur la formule charlatanesque de «l'enfant est une feuille blanche… sur laquelle on sème les graines de la haine de l'autre — l'impie». Une formule qui a de tout temps été utilisée comme méthode pédagogique d'endoctrinement dans les espaces éducatifs de l'Eglise du Moyen-Age et, plus tard, dans les pays totalitaires.
Des établissements éducatifs et des médias de cet acabit existent-ils en Algérie ? Evidemment ! Ils recrutent, au mépris de la loi, des enfants dont la vocation est d'être scolarisés dans l'école de la République. D'autres espaces plus attirants ont pignon sur rue. Sur les hauteurs d'Alger, ce sont des couples à la tenue vestimentaire ostentatoire, «labellisée halal» qui s'y affichent en groupes, pour frapper les esprits. Ils viennent récupérer ou déposer leurs enfants. Un phénomène a été constaté ces dernières années, l'afflux de jeunes couples nés en France et qui ont épousé l'idéologie wahhabite. Il paraît, selon leur discours, que la terre de France est impie et qu'ils veulent vivre en terre d'Islam. En réalité, ils sont en mission commandée sur une terre promise à… la wahhabisation. On les voit s'exhiber de façon bruyante sur des 4X4 aux abords de ce type d'établissements scolaires privés… et agréés. Et où les enfants jouent au muezzin à l'heure de la prière. Mieux encore ! Ces Algéro-Français ont vite assimilé les codes et les comportements de leur secte : ne pas saluer les personnes qui ne sont pas de leur bord. Ne vous attendez pas à ce qu'ils vous rendent un «salam aâilikoum (un bonjour)» ou leurs épouses, gantées de noir, vous serrer la main. Leurs enfants arborent fièrement et naïvement – on les comprend les pauvres – qui le tchador, qui le qamis.
Ces dernières années, à l'instar des mosquées non-officielles et à un rythme soutenu, des écoles dites «coraniques» — en réalité des écoles wahhabites – s'ouvrent un peu partout en Algérie. Elles bénéficient de généreux donateurs et d'une publicité gratuite offerte par trois ou quatre chaînes TV et journaux privés. La réalité est là. Des «écoles» de zaouïa ou d'association «de bienfaisance» quadrillent le pays. Elles ne recrutent que dans les familles pauvres. Leurs riches promoteurs préfèrent inscrire leurs enfants dans des écoles huppées de statut privé. Ces écoles religieuses non officielles viennent s'ajouter aux milliers de «classes de préscolaire» ouvertes dans les mosquées de façon réglementaire.
En 2012, le ministère des Affaires religieuse avançait le chiffre de 4 000 classes coraniques dites officielles. Leur nombre a dû doubler depuis. Des questions brûlantes se posent, y compris au sujet des classes coraniques officielles. Sur quel programme pédagogique travaillent-elles ? Respectent-elles les normes pédagogiques exigées par la prise en charge de la petite enfance : espace vital, architecture, effectif par classe, mobilier, types d'activités basées sur le jeu, formation et profil des éducatrices ?
A. T.


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