Quatre terroristes éliminés et plusieurs armes de guerre récupérées    «L'Algérie a gagné la bataille séparant entre le sous-développement et le développement»    Un des symboles majeurs des réalisations nationales    Méditer les apports d'Ibn Khaldoun et d'Adam Smith    Dmitriev en visite à Miami pour des entretiens avec des responsables américains    Guterres souligne la nécessité d'appliquer le cessez-le-feu à Ghaza    Tunisie : L'état d'urgence prolongé jusqu'au 31 décembre 2026    Ligue des champions : Une revanche entre le Real Madrid et Benfica en barrages    Désillusion algérienne, démonstration de force égyptienne    TP Mazembe : Slimane Raho nouvel entraîneur    Tout est fin prêt pour accueillir le mois sacré de Ramadhan, ouverture de 11 marchés de proximité    L'absence d'entretien de l'étanchéité des toits vulnérabilise les structures des édifices    Des vents forts continueront de souffler sur plusieurs wilayas    Première grosse défaite de l'armée coloniale dans cette région de pays    Pharrell, Kirk Franklin et Brandy honorés    Chérif Kheddam, la voix qui a donné une âme moderne à la musique kabyle    Les conseils de la Protection civile    M. Bouamama préside une réunion de travail avec des responsables de sites d'information électroniques agréés    Programme TV du 4 novembre 2025 : Coupes et Championnats – Heures et chaînes    Programme TV du samedi 25 octobre 2025 : Ligue 1, Bundesliga, CAF et championnats étrangers – Heures et chaînes    Programme TV du 24 octobre 2025 : Ligue 2, Ligue 1, Serie A, Pro League – Heures et chaînes    Festival international du Malouf: fusion musicale syrienne et russe à la 4e soirée    Adhésion de l'Algérie à l'AIPA en tant que membre observateur unique: le Parlement arabe félicite l'APN    Industrie pharmaceutique : nécessité de redoubler d'efforts pour intégrer l'innovation et la numérisation dans les systèmes de santé nationaux    Conseil de sécurité : début de la réunion de haut niveau sur la question palestinienne et la situation au Moyen-Orient    Examen de validation de niveau pour les diplômés des écoles coraniques et des Zaouïas mercredi et jeudi    APN : la Commission de la santé à l'écoute des préoccupations des associations et parents des "Enfants de la lune"    Réunion de haut niveau du Conseil de sécurité sur la question palestinienne et la situation au Moyen-Orient    Boudjemaa reçoit le SG de la HCCH et le président de l'UIHJ    Athlétisme / Mondial 2025 : "Je suis heureux de ma médaille d'argent et mon objectif demeure l'or aux JO 2028"    Ligne minière Est : Djellaoui souligne l'importance de la coordination entre les entreprises de réalisation    Mme Bendouda appelle les conteurs à contribuer à la transmission du patrimoine oral algérien aux générations montantes    CREA : clôture de l'initiative de distribution de fournitures scolaires aux familles nécessiteuses    Poursuite du suivi et de l'évaluation des programmes d'investissement public dans le secteur de la Jeunesse    Agression sioniste contre Ghaza : le bilan s'alourdit à 65.382 martyrs et 166.985 blessés    La ministre de la Culture préside deux réunions consacrées à l'examen de l'état du cinéma algérien    Le Général d'Armée Chanegriha reçoit le Directeur du Service fédéral pour la coopération militaire et technique de la Fédération de Russie    Foot/ Coupe arabe Fifa 2025 (préparation) : Algérie- Palestine en amical les 9 et 13 octobre à Annaba    L'Algérie et la Somalie demandent la tenue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité    30 martyrs dans une série de frappes à Shuja'iyya    Lancement imminent d'une plate-forme antifraude    Les grandes ambitions de Sonelgaz    La force et la détermination de l'armée    Tebboune présente ses condoléances    Lutte acharnée contre les narcotrafiquants    La Coquette se refait une beauté    Cheikh Aheddad ou l'insurrection jusqu'à la mort    Un historique qui avait l'Algérie au cœur    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Aziz Chouaki, Ulysse en mode harrachi
Publié dans Le Soir d'Algérie le 21 - 04 - 2019

C'était la dernière fois que je voyais Aziz Chouaki. Et ça remonte à loin. Mai 2013. Nous étions à la levée de corps d'un ami et camarade de lycée commun, Hachemi Bellali, le bassiste attitré d'Idir depuis plusieurs années. Aziz Chouaki était venu rendre un dernier hommage à son condisciple au lycée Abane-Ramdane d'El-Harrach, quelqu'un avec qui il avait aussi partagé des aventures musicales, celles du rock des années 1970, au plus fort du corset Boum. En ce temps-là, porter les cheveux longs et chanter en anglais en s'accompagnant d'une guitare électrique était le comble de l'aliénation, pour ne pas dire de la trahison.
Avec Hachemi Bellali, Arezki Baroudi et d'autres, Aziz Chouaki défiait alors la chape de plomb de l'arabo-baatho-oulémisme, cocktail dans lequel incubaient le FIS et le fondamentalisme dévastateur, en s'appropriant le rock comme genre universel. Heureusement, ils ont tenu bon ! Ce seront les mêmes qui viendront par la suite, avec leur background de musique métissée, à des mélanges avec le chaâbi et la musique kabyle.
J'étais inquiet de voir Aziz mal en point, à cette levée de corps. Une partie de son visage était rigide, son bras gauche paralysé et il peinait à parler. Il m'apprit qu'il venait de faire un AVC (accident vasculaire cérébral). Et que c'était un miracle qu'il ait pu recouvrer en grande partie ses capacités ! Certes, il avait encore du mal à bouger les doigts et il commentait son mal, en plaisantant: « C'est plus de 40 ans de guitare qui sont enfermés dans cette demi-paralysie .»
Il était effectivement amputé d'une partie de sa raison d'être : faire de la musique ! Aziz Chouaki, c'était ce jeune musicien de rock flamboyant, iconoclaste et audacieux, celui dont Sadek Aïssat, un autre écrivain et musicien, harrachi comme lui de surcroît, disait : « Quand nous étions adolescents, il jouait, à nos yeux, les chansons des Beatles mieux que les Beatles eux-mêmes .» Il était admiré.
Aziz Chouaki avait tout pour être une rock star. Il en avait le talent et le charisme, mais il dribbla tout le monde en démontrant, œuvre à l'appui, que c'était en fait la langue inclassable, inventive de James Joyce qui l'intéressait et le passionnait. Il s'attellera à un mémoire sur l'inexpugnable « Ulysse » de l'écrivain irlandais. Mieux : le vieux démiurge irlandais était là, debout, regardant par-dessus son épaule, quand Aziz Chouaki écrivait.
C'est cela, Aziz Chouaki, cette comète ultrasensible, artiste jusqu'au bout des ongles, parti des Beatles pour domestiquer Joyce, parti de Belfort, en surplomb d'El-Harrach, avec le cercle du CREH et la prison 4-hectares juste en face, pour parcourir le monde mais seulement en littérature et en musique car, s'il avait la bougeotte, c'était celle des notes, des sons et des mots.
Pour moi, Aziz Chouaki restera toujours et d'abord ce jeune lycéen harrachi surdoué pour les arts, raffiné et réservé, silencieux et humble, timide à un degré tel qu'il est difficile de le concevoir.
Nous nous voyions peu depuis le lycée, mais nous savions que nous étions comme les ramifications d'un même tronc, et que nous avions quelque chose de matriciel en partage.
Je me souviens de cette fin des années 1970 lorsqu'il vendit sa vieille guimbarde pour pouvoir publier un recueil de poésie, « Argo » aux éditions de l'Unité. Comme Aziz est un type très cultivé, il emprunta à Roland Barthes ce titre – et l'explication – pour le transformer en voyage dans la littérature. Argo – dont les marins étaient les Argonautes-, était le nom de l'embarcation de Jason parti à la recherche de la toison d'or dans le Caucase. Le voyage, comme la littérature, fut si long et si périlleux, rencontrant tant de mésaventures, connaissant toutes sortes de péripéties, qu'au bout, la moindre pièce de l'embarcation avait été changée et que tout avait été renouvelé. Mais l'embarcation, toute neuve, portait le même nom ancien. Pas plus parlant comme métaphore s'agissant de la littérature !
Car, je crois que la littérature, cet art de dire et de se taire, était la grande question pour Aziz Chouaki. L'écriture était sa grande passion, pas de doute. Et, dans la marge des mondanités et des éclats de fausse gloire, il avait tissé une œuvre qui interroge l'individu dans son appartenance au-delà de la grégarité et de l'étroitesse possible des nationalismes.
Aziz Chouaki se savait quelque peu marginal, et donc profondément original. Les quelques fois où j'ai eu l'occasion de participer à des débats avec lui, il commençait invariablement par prévenir : « Je vais dire des choses qui vont peut-être choquer mais je les dis .» Et il continuait. Parfois, ça choquait au début dans la carapace de nos clichés puis on commençait à se dire qu'il avait raison, et peut-être même avant pas mal de gens.
C'est cette voix singulière, et cet auteur à la langue merveilleuse comme une partition musicale, qui vient de nous quitter.
Quand j'ai appris, à Alger, son décès, je me suis rendu dans son quartier de Belfort. Et j'ai cru voir le fantôme de ce jeune homme à la coupe Beatles qui se préparait déjà, adolescent, à apporter sa note si particulière au grand concert de la littérature tout court. Je crois qu'Aziz n'aimait pas le titre d'écrivain algérien. Il était écrivain et algérien, l'alchimie se faisant autrement que par la proclamation.
Son empreinte restera, à coup sûr ! Aziz Chouaki faisait de la musique et écrivait comme personne d'autre. C'est de l'Aziz Chouaki, voilà tout !
A. M.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.