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«Un dialogue serein ne peut cohabiter avec des arrestations pour délit d'opinion»
Karim Younès, membre du panel de médiation, au Soir d'Algérie :
Publié dans Le Soir d'Algérie le 21 - 07 - 2019


Entretien réalisé par Karim Aimeur
Ancien président de l'APN, Karim Younès est parmi les personnalités proposées par le Forum civil du changement pour conduire une médiation en vue d'entamer un dialogue devant aboutir à la sortie de la crise politique. Dans cet entretien, il affiche son optimisme quant aux chances de succès de la démarche. Au début de la révolution, il lui a été suggéré de représenter le mouvement. Il avait remercié l'auteur de la suggestion pour sa « bonne intention », lui affirmant que le mouvement saura faire émerger ses représentants. Mais cinq mois plus tard, la révolution refuse toujours de se doter de représentants et préfère garder son horizontalité. Karim Younès explique qu'en absence de représentants désignés du mouvement, des acteurs politiques ont tenté de prendre en charge ces revendications en les traduisant par des projets politiques, avec des objectifs et des calendriers différents. Il affirme que le vide constitutionnel créé par le rejet du scrutin prévu le 4 juillet dernier, l'absence d'une démarche consensuelle pour une sortie rapide de la crise et le refus de discuter directement avec les dirigeants actuels du pouvoir ont poussé un certain nombre d'associations et de personnalités issues de la société civile à proposer une démarche de médiation, en faisant appel à des « personnes respectables, autonomes et désintéressées ». Prudent dans ses réponses, il soutient que
l'initiative d'une démarche de médiation arrive au bon moment pour contribuer à trouver un accord pour une démarche consensuelle, tout en posant certaines conditions, avant l'entame de tout dialogue, telles que la libération des détenus d'opinion. « Il est bien évident que la conduite d'un dialogue serein ne peut pas cohabiter avec la poursuite d'arrestations pour délits d'opinion », dit-il.
Selon lui, le slogan « Pour un Etat civil et non militaire » exprime une crainte des manifestants de la militarisation de la société.

Le Soir d'Algérie : Vous avez évoqué récemment une initiation d'un processus souverain de médiation et annoncé votre adhésion à la démarche. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s'agit au
juste ? Est-ce dans le cadre de l'appel au dialogue lancé par le chef de l'Etat ?
Karim Younès : Le mouvement citoyen revendique, depuis 5 mois, le changement de système de gouvernance du pays. A ce titre, et en l'absence de représentants désignés du Hirak, des acteurs politiques ont tenté de prendre en charge ces revendications en les traduisant par des projets politiques, avec des objectifs et des calendriers différents. Le vide constitutionnel créé par le rejet du scrutin électoral prévu le 4 juillet dernier, l'absence d'une démarche consensuelle pour une sortie rapide de la crise politique dans laquelle se débat notre pays et le refus de discuter directement avec les dirigeants actuels du pouvoir ont poussé un certain nombre d'associations et de personnalités issues de la société civile à proposer une démarche de médiation, en faisant appel à des personnes respectables, autonomes et désintéressées. Le pouvoir, instruit de cette initiative de la société civile, semble adhérer à la démarche, ce qui justifie une partie du discours du chef de l'Etat le 3 juillet dernier.
Vous estimez que « des échos des milieux politiques laissent penser que la présidence de l'Etat semble avoir entendu le message de la volonté du peuple ». Si c'est le cas, pourquoi le pouvoir résiste encore au changement, à votre avis ?
Un changement profond et pacifique du système de gouvernance prend toujours du temps. Il demande à bien analyser les revendications du mouvement citoyen, à étudier les différentes propositions de sortie de crise émanant de la classe politique, à synthétiser les projets suggérés et, enfin, à négocier un processus de changement qui doit être progressif et pacifique pour ne pas laisser des séquelles difficilement cicatrisables.
Plusieurs initiatives de dialogue et de sortie de crise ont été lancées et sont restées sans suite pour le moment. Comment expliquer cet échec ? Ne craignez-vous pas que votre démarche bute sur les mêmes obstacles et subisse le même échec ?
Dans toute situation de crise politique, les initiatives connaissent quelques échecs, avant d'aboutir à une démarche consensuelle, ou, à défaut, susciter l'adhésion de la majorité. Il ne faut donc pas s'inquiéter pour notre cas, qui finira, j'en suis convaincu, par trouver une voie de sortie de crise, grâce au sens de responsabilité qui caractérise notre classe politique. J'espère que ce sera le cas avec l'initiative de dialogue en cours.
Peut-on construire un consensus qui évacue les revendications populaires, sachant que plusieurs initiatives ont évacué une partie des demandes, notamment le départ de Bensalah et la dissolution du FLN ?
Il est vrai que certaines exigences du mouvement citoyen sont radicales, du fait du rejet du système, ce qui explique la demande pressante du départ des symboles du pouvoir de l'ancien Président. Le rôle des acteurs politiques est d'argumenter la démarche choisie de façon consensuelle, pour arriver à l'objectif souhaité qui est le changement profond du système de gouvernance du pays.
Quelle lecture faites-vous de l'appel au dialogue lancé le 3 juillet par Abdelkader Bensalah ?
L'appel au dialogue lancé par le président de l'Etat, dans son discours du 3 juillet, témoigne de la prise de conscience d'une impossibilité de sortie de crise, sans associer les représentants de la société civile en général (mouvement Hirak et acteurs politiques de l'opposition). L'initiative d'une démarche de médiation arrive au bon moment pour contribuer à trouver un accord pour une démarche consensuelle, ou, à défaut, majoritaire, afin de permettre à notre pays de retrouver la sérénité et de s'engager dans un processus de démocratisation respectant le choix souverain du peuple.
Mais le pouvoir insiste sur l'organisation de l'élection présidentielle dans les meilleurs délais et le peuple s'oppose à toute élection en présence des figures du régime. Quelle serait la solution idoine, selon vous ?
Le pouvoir pense que la sortie de crise passe par une élection présidentielle dans les plus brefs délais. Le recours à une instance de dialogue pour tenter de trouver un accord pour une démarche politique consensuelle rejette de fait le caractère urgent de la solution. Pour les objectifs à inscrire dans le calendrier politique, nous attendrons les résultats des consultations avec l'ensemble des acteurs concernés, avant de présenter la démarche suscitant la plus large adhésion.
Vous avez évoqué des préalables intangibles pour entamer le dialogue, sans quoi rien ne pourra se faire. Quels sont ces préalables ?
Les préalables à la conduite d'un dialogue serein et sérieux sont ceux exigés par le mouvement citoyen et l'ensemble de la classe politique, à savoir des signes d'apaisement significatifs, la libération de tous les détenus d'opinion, entre autres...
Sauf que le pouvoir veut imposer sa solution et ne compte faire aucune concession. Il a aussi pris des mesures dénoncées par les partis, la société civile et les millions de manifestants, comme l'incarcération des porteurs du drapeau amazigh et du moudjahid Lakhdar Bouregaâ. Quel sens donner à ces mesures ?
La solution préconisée par le pouvoir sera étudiée et évaluée selon l'adhésion qu'elle aura éventuellement suscitée, au terme des consultations, au même titre que d'autres suggestions. La démarche obtenant la plus large adhésion et respectant l'intérêt suprême du pays sera présentée et défendue auprès de l'ensemble des acteurs politiques. Il est bien évident que la conduite d'un dialogue serein ne peut pas cohabiter avec la poursuite d'arrestations pour délits d'opinion.
Quel doit être le rôle de l'armée dans la solution à la crise ?
L'Armée nationale a toujours occupé une place déterminante dans le système politique algérien. Elle ne peut donc pas être écartée d'un revers de main dans la démarche de sortie de crise même si son chef répète qu'elle ne s'ingérera pas dans la recherche d'une sortie de crise qui doit demeurer du ressort de la société civile et des partis politiques. Le processus de changement de système de gouvernance, engagé avec la naissance du mouvement citoyen, permettra, à travers la révision constitutionnelle, de baliser les missions de cette institution et de l'éloigner des activités et luttes politiques.
Qu'est-ce que vous inspire le slogan « pour un Etat civil et non militaire » ?
Le peuple algérien aspire à une véritable démocratie, respectant le droit souverain des citoyens de choisir leurs dirigeants et le projet de société qui doit guider leur vie quotidienne. Par définition, donc, un projet démocratique ne peut être que civil, ce qui explique le slogan répété ces derniers vendredis par des manifestants qui craignent une militarisation de la société, du fait d'une forte présence de l'armée imposée par la conjoncture actuelle.
K. A.


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