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L'Empire de l'argent s'offre les filles du peuple
Epstein
Publié dans La Nouvelle République le 18 - 03 - 2026

Epstein : ce n'était pas seulement un homme d'affaires. C'était un réseau social, un carnet d'adresses, tout un monde. Un monde où l'on dîne entre puissants, où l'on vole en jet privé, où l'on se tutoie entre milliardaires, où l'on échange des sourires pendant que, dans l'ombre, des adolescentes sont transformées en marchandise, en objets sexuels.
L'affaire Jeffrey Epstein n'est pas un scandale sexuel de plus dans la chronique mondaine des élites bourgeoises. C'est la radiographie obscène d'un système où l'argent ne se contente pas d'acheter des biens, des lois ou des réputations : il achète les corps de filles prolétaires à peine pubères.
Pendant des années, un multimillionnaire, qui avait pignon sur rue et du pognon dans tous les pays, a pu organiser méthodiquement le recrutement d'adolescentes issues de milieux modestes. On leur promettait quelques centaines de dollars – une fortune à l'échelle d'une famille ouvrière étranglée par les dettes – pour un « massage » ou une promesse de carrière dans le mannequinat. Derrière l'euphémisme technocratique : l'exploitation sexuelle. Derrière la façade bourgeoise : la certitude tranquille que la richesse protège.
L'affaire Epstein ne se réduit pas au parcours d'un prédateur isolé. Elle éclaire un milieu, celui de la bourgeoisie occidentale décadente. Pendant des années, dans ses propriétés luxueuses, dans son jet privé ou sur son île des Caraïbes, ont défilé princes, dirigeants politiques, financiers, magnats des affaires et célébrités du spectacle. Autour de lui gravitait toute une faune mondaine libidineuse issue des plus hautes sphères du pouvoir. Les documents judiciaires et les archives rendus publics au fil des enquêtes ont dévoilé cet entrelacs de relations reliant une partie de l'oligarchie politique et économique du monde occidental. Certes, fréquenter Epstein ne signifie pas nécessairement avoir participé à ses crimes. Mais cette proximité révèle l'existence d'un univers bourgeois fermé où l'argent, le prestige et l'influence fonctionnent comme autant de boucliers. Dans cet entre-soi des puissants, les frontières entre privilège, domination et abus deviennent poreuses. Et c'est précisément dans ces bastions d'impunité solides que prospèrent les prédations les plus sordides.
La mondanité comme écran
Le procès de Ghislaine Maxwell a confirmé ce que beaucoup pressentaient : rien n'était improvisé. Il y avait organisation, recrutement, pression psychologique. Il y avait une véritable logistique. On ne parle pas ici d'un « dérapage ». On parle d'un système.
Ce système de classe reposait sur une vérité brutale : l'inégalité sociale est un terrain de chasse. Les filles ne venaient pas des quartiers huppés protégés par des avocats de famille. Elles venaient de milieux populaires précaires, dépourvus de toute protection judiciaire. Là où 300 dollars peuvent faire la différence entre payer un loyer ou non. Là où l'autorité d'un homme riche impressionne et s'impose à des filles prolétaires vulnérables. Dans ces conditions, on hésite à saisir la justice, faute de moyens, parce qu'en face se dressent des cabinets d'avocats à 1 000 dollars l'heure capables d'influencer, voire d'étouffer, n'importe quelle procédure.
L'impunité comme privilège de classe
Le plus scandaleux n'est pas seulement le crime de cette faune bourgeoise lubrique. C'est le temps : le temps pendant lequel ce crime a sévi en toute impunité. Le temps où se sont organisés les arrangements judiciaires, les complicités tacites, les silences élégants, les protections étatiques, les peines dérisoires, et même les suicides fort opportuns survenus dans les geôles de l'administration pénitentiaire.
Dans une société réellement égalitaire, un tel réseau aurait été pulvérisé en quelques semaines. Mais nous ne vivons pas dans une société égalitaire : nous vivons dans une société bourgeoise où l'argent achète des protections : protection médiatique, protection juridique, protection politique. Une armure pour les puissants.
Quand un jeune des quartiers populaires vole un téléphone, la machine judiciaire se déploie avec une rapidité exemplaire. Quand un milliardaire organise l'exploitation sexuelle de mineures, les procédures s'enlisent, les négociations s'ouvrent, les calendriers s'étirent. Et les condamnations, invariablement clémentes.
Le capitalisme de la prédation
L'affaire Epstein n'est pas une anomalie morale ; elle est l'expression exacerbée d'un système capitaliste : celui d'un monde où tout devient marchandise. Où la puissance financière autorise l'illusion de l'impunité. Où l'écart entre les classes ne se mesure plus seulement en revenus, mais en capacité à échapper aux conséquences.
Ce scandale révèle un clivage obscène : d'un côté, des fortunes colossales qui circulent entre paradis fiscaux et dîners de gala ; de l'autre, des filles de familles ouvrières pour qui quelques billets représentent une nécessité. C'est dans cet écart que s'inscrit la violence : la violence de classe, la crasse des viols infligés aux jeunes filles prolétaires.
Il serait confortable de réduire cette affaire à deux noms et à une prison new-yorkaise. Mais l'affaire Epstein révèle au contraire comment des réseaux de pouvoir peuvent se protéger si longtemps. Elle montre aussi comment la parole des victimes est méprisée ou étouffée face à la respectabilité sociale des élites bourgeoises, et comment la richesse capitaliste crée des zones de non-droit où la loi commune ne s'applique pas.
La colère que suscite cette affaire n'est pas une émotion passagère. Elle est politique. Elle vise un système où la fortune ne sert pas seulement à dominer, mais à exploiter : la force de travail des salariés et le corps des filles prolétaires réduites à l'état d'objets sexuels.
L'affaire Epstein n'a pas seulement exposé des crimes. Elle a mis à nu une hiérarchie sociale brutale : celle où les puissants se croient tout permis, et où les filles des classes populaires paient le prix de cette arrogance. Y compris avec leur corps violé et leur innocence trahie.
Le curé révolutionnaire Jean Meslier écrivait dans son Testament : « Avec les boyaux du dernier prêtre, nous pendrons le dernier roi », formule anticléricale et antimonarchique popularisée par Diderot.
Pour le paraphraser, nous disons : par l'ablation des organes des bourgeois, nous stériliserons définitivement la reproduction de leur système capitaliste prédateur.


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