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Les faits saillants d'un procès hors du commun
TRIBUNAL MILITAIRE DE BLIDA
Publié dans Le Soir d'Algérie le 24 - 09 - 2019

Saïd Bouteflika a été le seul prévenu à avoir été auditionné hier par le tribunal militaire de Blida après l'ouverture d'un procès aux allures peu communes. Un procès auquel le général Tartag a refusé d'assister, préférant rester dans sa cellule…
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Une journée très particulière s'est donc déroulée hier à Blida où s'est ouvert le procès des quatre prévenus sous le coup de chefs d'inculpation très lourds. Il s'agit de ceux que le chef d'état-major désigne par le terme la «bande», la tête de la fameuse «îssaba» accusée de complot contre l'autorité militaire en temps de paix, un fait passible de vingt ans de réclusion à la peine capitale.
Les représentants de nombreux médias, en attente de l'évènement depuis plusieurs jours, sont très tôt sur la route pour tenter d'assurer la couverture d'un procès pas comme les autres. Les rumeurs qui laissaient entendre depuis un moment que la presse pouvait y assister s'avèrent fausses. Les abords du tribunal militaire ont été bouclés dès les premières heures de la matinée. Un barrage de la BRI suivi de deux autres barrages de la police ont été dressés à 200 m de là. Ils détournent tous les véhicules du pont menant au tribunal. Ils cèdent, cependant, le passage aux journalistes munis d'un ordre de mission. Au bout de ce pont, un barrage renforcé de la gendarmerie interdit tout accès à quiconque se présente. Seuls les avocats des prévenus et les personnes appelées à témoigner sont autorisés à passer.
Les médias sont priés de présenter des autorisations signées par le tribunal militaire ou de rebrousser chemin. Aucune présence n'est également tolérée aux alentours. A 9h tapantes, le parking du TM, visible de loin, est déjà plein de véhicules. L'ouverture du procès se déroulera visiblement sans la présence des journalistes. Les premières heures se déroulent dans le flou total. Aucune donnée n'est disponible durant un très long moment. Il faut attendre la pause que prend le tribunal pour que les premières informations soient disponibles. Il est alors 12h30.
Plusieurs avocats nous apprennent à ce moment que le magistrat en charge du dossier a décidé de suspendre la séance pour étudier les demandes de renvoi introduites par le collectif de défense des prévenus. «La matinée s'est déroulée dans l'étude des formes, indique Me Ksentini, j'ai demandé le report du procès en raison de l'état de santé de mon client, le général Toufik».
L'ancien patron du DRS s'est rendu à son procès sans la chaise roulante qu'il utilise habituellement pour ses déplacements «car étant très faible», avait déclaré son avocat il y a quelques jours. Ce lundi matin, le tribunal a cependant dû lui faire amener une «chaise adaptée, car souffrant de vertiges et étant dans l'incapacité de tenir longtemps debout». «On a demandé le renvoi, mais ils ne nous l'ont pas accordé sur place, ils ont dit que le dossier allait être étudié», déclare rapidement Me Miloud Brahimi avant de retourner dans la salle d'audience.
Le général Tartag a refusé de comparaître
L'état de santé du général Toufik constitue cependant uniquement le premier des points par lequel les avocats des prévenus justifient leur demande de renvoi. Trois autres causes sont évoquées. L'une d'elles, et sans doute la plus spectaculaire et la plus inattendue a trait au refus du général Tartag de se présenter au tribunal. «Il a carrément refusé de comparaître, c'est un cas qui est prévu par la loi, un prévenu peut refuser de se présenter, nous disent des avocats, dans ce cas-là, il y aura ce qu'on appelle un jugement contradictoire, ce qui veut dire qu'il n'aura pas droit de faire opposition à la peine qui sera retenue à son encontre, il ne peut faire qu'appel».
Face à cette situation, le juge a procédé au constat de l'absence du prévenu et a pris note de son refus de se présenter avant de lui adresser une notification express demandant sa comparution, mais le concerné a maintenu sa décision. Le général Tartag occupait la fonction de coordinateur des services de sécurité au niveau de la présidence de la République au moment de son arrestation. La procédure en question a mobilisé durant un long moment le tribunal.
Deux autres points contenus dans la demande de report du procès ont été soulevés par le collectif de défense des prévenus. Le premier a été soulevé par l'avocat de Saïd Bouteflika et concerne les «conditions de détention» qui «ont abouti à une détérioration visible de son état de santé». Le frère conseiller de l'ancien président de la République est apparu très amaigri et le teint extrêmement pâle, nous dit-on. Comme le général Toufik, Saïd Bouteflika a refusé de s'alimenter durant une longue période, nous dit-on.
Le second point concerne l'affaire de Louisa Hanoune. L'un de ses avocats, Me Ghechir, a présenté au juge une requête détaillée dans laquelle il a relevé le fait que la Secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), jouissait de l'immunité parlementaire au moment des faits qui lui sont reprochés. Louisa Hanoune, a-t-il indiqué, était toujours députée «le 27 mars date où elle est accusée d'avoir assisté à la fameuse réunion, elle a démissionné le lendemain, le 28 mars. L'article 126 de la Constitution stipule que les activités politiques de cette dernière l'autorisaient à entreprendre des rencontres de ce genre». Le juge a pris note, sans commenter. Après une heure de pause, la séance reprend. La demande de report du procès et les plaidoiries contestant la compétence du tribunal militaire, en raison de la qualité de civils des prévenus semble avoir été rejetée.
Comme prévu, les avocats ont plaidé en faveur du transfert du dossier de leurs clients vers un tribunal civil, car, déclaraient-ils il y a quelques jours, les quatre mis en cause ne sont pas militaires. «Les généraux Toufik et Tartag étaient à la retraite au moment de leur arrestation», indiquait aussi la défense.
Un long après-midi s'ouvre alors pour les prévenus. Six heures s'écoulent sans que les avocats ne quittent la salle où se déroulent les auditions. Des informations persistantes indiquent aussi la présence de l'ancien président du Conseil constitutionnel, Tayeb Bélaïz, appelé comme témoin. Son audition par le tribunal militaire de Blida avait eu lieu en mai dernier, quelques jours après l'arrestation des détenus jugés ce lundi.
Il est 19h30. Le procès se poursuit dans une ville sous haute surveillance. La cour lève la séance quinze minutes plus tard. Les avocats nous apprennent que le tribunal a officiellement rejeté la demande de renvoi «qui était essentiellement basée sur les problèmes de santé dont souffrent le général Toufik et certains détenus». La défense demande alors que ces derniers soient examinés par des médecins. Le juge accepte et désigne trois médecins. Ils examinent les détenus et concluent à la capacité des détenus à faire face au procès. Saîd Bouteflika est le premier à être auditionné.
Saïd Bouteflika a quitté la salle
Le frère conseiller de l'ex-président de la République refuse cependant de répondre aux questions que lui pose le juge, car étant, dit-il, auditionné sur de nouveaux éléments, des dépositions, introduits il y quelques jours seulement dans le dossier. Il déclare ne pas en avoir eu connaissance, connaître ses droits et demande par conséquent à quitter la salle d'audience. Le juge accepte mais lui fait remarquer que son attitude ne changera en rien le déroulement du procès et que celui-ci sera quand même jugé. Saïd Bouteflika quitte la salle.
Le juge appelle le premier témoin. Il s'agit de Tayeb Bélaïz. L'ancien président du Conseil constitutionnel se voit poser une question essentielle ayant trait à une conversation téléphonique échangée avec Saïd Bouteflika. Il lui est demandé si le frère conseiller de l'ancien président de la République lui avait donné des directives pour refuser d'appliquer l'article 102. Tayeb Bélaïz répond qu'aucune instruction ne lui avait été donnée par Saïd Bouteflika et que ce dernier s'était limité à dire que le moment n'était pas venu pour prendre une telle décision. Tayeb Bélaïz affirme qu'il ne s'agissait en aucun cas d'un ordre et qu'il n'avait pas pris en considération ce qui lui avait été dit.
Tayeb Bélaïz fait partie d'une longue liste de témoins à être auditionné. Elle comporte les noms de Mohamed Boughazi, ancien conseiller à la présidence de la République, Mohamed Rougab, secrétaire particulier de Abdelaziz Bouteflika, Heba Okbi, ancien secrétaire général de la Présidence, ainsi que d'anciens militaires de la Présidence de la République. Selon les informations que nous avons pu obtenir, le prochain témoin à être auditionné, durant la journée d'aujourd'hui, est Mohamed Boughazi. Le tribunal écoutera cette fois le général Toufik. L'audition de Louisa Hanoune est, quand à elle, prévue pour mercredi.
A. C.


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