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L'étau se resserre sur Saïd Bouteflika
Gravement enfoncé par les autres inculpés
Publié dans Le Soir d'Algérie le 08 - 12 - 2019

Ils étaient proches, liés par des intérêts mutuels qui se sont révélés être le nœud gordien de ces liens qui se sont tissés entre le monde politique et celui de l'argent, mais ont fini par se retrouver face à un tribunal. Saïd Bouteflika et Ali Haddad dans une même salle d'audience, une image loin de leurs rires fixés par les photographes, il y a moins d'une année.
Il est donc moins de quinze heures lorsque le juge, chargé du procès de l'automobile, lance une phrase qui crée un séisme dans la salle : «Je demande la présence de Saïd Bouteflika.» La même demande avait été introduite quelques instants auparavant par les avocats de la défense de plusieurs prévenus. Elle faisait suite aux déclarations faites dans la matinée par Ali Haddad au sujet du rôle joué par le frère conseiller de Bouteflika dans le financement de la campagne pour le cinquième mandat. Haddad ne s'est pas privé de livrer tous les détails de l'opération. Dans ses réponses au juge qui l'interrogeait, il ne parvient pas à nier le fait que Saïd Bouteflika l'ait désigné pour collecter les fonds nécessaires au déroulement de cette campagne. Sellal et Zaâlane, ses deux chefs de campagne, apparaissent à cet instant comme étant de simples commis de Haddad. Saïd Bouteflika est également désigné et cité nommément comme étant celui qui a fourni les instructions à Haddad et aux hommes d'affaires qui l'entouraient pour transférer cet argent vers des lieux inconnus sous prétexte que des évènements allaient se produire et que des vols pourraient survenir à tout moment. Et c'est Saïd Bouteflika, déclare encore l'ancien patron du FCE, qui a «invité» ce dernier à se charger de cette collecte en lui disant en termes crus : «D'autres ont déjà commencé le travail.» La terminologie utilisée par Ali Haddad laisse sans voix l'assistance et les avocats qui réclament immédiatement l'audition du concerné. Le juge approuve. Il est moins de quinze heures.
La séance est levée. Un long moment s'écoule avant l'arrivée de Saïd Bouteflika. «Il y a toute une procédure à respecter, de la paperasse à remplir, ce sera long avant qu'il ne sorte de sa prison», préviennent les avocats. Le prévenu arrive de sa prison d'El-Harrach vers 17h30. Il est présenté devant le juge, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le juge insiste, le prévenu persiste. Contactés, ses avocats nous ont fait savoir que Saïd Bouteflika comparaissait en qualité de témoin, et que la loi l'autorisait à garder le silence comme il l'avait fait lors du procès qui s'était déroulé à Blida. «Le juge peut cependant décider de l'inculper», poursuivent les avocats. Le fera-t-il ? Dans le milieu de la justice, on estimait hier que son inculpation était très possible : «Il y a eu, nous dit-on, des éléments et des propos le désignant personnellement, nommément, même s'il a refusé de répondre aux questions qui lui ont été adressées. Il se trouve désormais directement impliqué dans l'affaire du financement occulte de la campagne électorale pour le cinquième mandat, il peut donc être inculpé et même condamné pour ces faits.» La loi régissant le financement des campagnes prévoit des peines lourdes pouvant aller jusqu'à plus de dix années d'emprisonnement pour les contrevenants. Les avocats rappellent également que son refus de témoigner au tribunal de Blida n'avait en rien changé le cours du procès puisqu'il a été condamné à quinze ans de prison. Une certitude, cette nouvelle affaire resserre l'étau autour de Saïd Bouteflika.
Abla Cherif


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